Salon du Livre: épreuve morale et émerveillement

J’en fais volontiers l’aveu : d’aussi loin que je me souvienne, le Salon du Livre de Montréal fut une épreuve morale pour moi. D’abord comme lecteur : être noyé dans ce magma de nouveautés, ou de classiques, ou de livres que je m’étais juré d’acheter et de lire pendant la dernière année… Affronter son immense retard, et prendre la pleine mesure de l’impossibilité «d’être à jour» en littérature, voilà une belle épreuve d’humilité pour n’importe quel intellectuel, et à plus forte raison pour les intellos patentés comme moi.

Quand je devenu éditeur, un autre malaise, double celui-là,  s’est ajouté, et j’en ai fait l’expérience avec force hier encore : je suis stupéfait par le nombre de cochonneries racoleuses, exploitant le malheur ou la crédulité des gens, qui se publient, d’une part; et par la qualité exceptionnelle de certains ouvrages – je ne me sens même pas proche de savoir comment on s’y prend pour créer de si beaux objets – d’autre part.

Les ouvrages emblématiques de la première catégorie : les fumisteries du Nouvel Âge (non loin : la plupart des bouquins moins ésotériques mais qui tablent un peu trop facilement sur «le bonheur d’être moi»). J’ai feuilleté un manuel pour progresser comme « sorcière », et même si je n’ai aucune sympathie particulière pour la tradition wicca, j’estime que celle-ci ne mérite pas d’être représentée par un mélange de pentagrammes, de techniques de danses en forêt et de recettes tirées d’émissions pour enfants. Sans compter le livre, justement décrié, de Ginette Reno sur son Jésus astrologique, et les innombrables rayons sur les anges, assez fréquentés du reste. On a beau être apôtre du livre et respectueux des opinions et croyances d’autrui, le Salon du Livre est là pour nous rappeler que non, tous les livres ne sont pas des armes pour combattre l’ignorance, bien au contraire.

Heureusement, les ouvrages dont la magnificence me donne des complexes, sauvent la mise. En conférence inaugurale, le prix Marcel-Couture fut remis, hier soir, aux Curieuses histoires des plantes au Canada, publiées au Septentrion. Nul besoin d’être un herboriste en herbe (‘scusez-là !) pour apprécier la qualité d’édition de ce livre. Parmi les finalistes, j’aime beaucoup Révolutions de Nicolas Dickner et Dominique Fortier (Alto, en édition limitée) et Élixirs de Marie-Ève Bourassa (VLB éditeur).

Mais la splendeur déborde largement le cadre de ce prix. Les éditeurs de poésie, par exemple, produisent parfois de vrais petit bijoux. Et puis deviser tranquillement de Baudelaire et de Philippe More avec un poète en chair et en voix, c’est une expérience peu banale. (Par ailleurs, mon poète en voix m’ayant fait acheter trois recueils, je suis guéri de l’idée qu’un poète n’est guère un bon commerçant.)

Bref, le Salon du Livre a beau être une épreuve morale, ça vaut tout de même le détour. Pour un éditeur ou un auteur, c’est surtout vrai quand les lecteurs s’arrêtent pour jaser un peu de nos livres. Hier, un homme s’est arrêté devant moi et m’a demandé si j’étais Charles Taylor… Ça ne s’invente pas !

Avant de vous communiquer l’horaire de nos auteurs en dédicace (stand 564), voici les premiers mots du discours d’inauguration de la présidente d’honneur du Salon, Gilda Routy, éditrice de Bayard Canada et de Bayard Jeunesse, qui avait évidemment dans l’esprit les attentats de Paris :

Les mots, les dessins ont un pouvoir immense contre la barbarie. Ils disent la révolte, la liberté, la pensée, la joie, les larmes, le bonheur, la vie, le plaisir, l’amour, la différence.

Nous créateurs de livres, nous diffuseurs de livres, nous médiateurs du livre, nous lecteurs, nous avons entre les mains une arme, qui peut paraître dérisoire à certains, ceux qui ne connaissent pas le poids des mots. Cette arme est d’une très grande portée pour mener la guerre contre l’obscurantisme et l’intolérance.

Mesdames, messieurs, chers amis, bienvenue à cette 38e édition du Salon du Livre de Montréal.

 Pour celles et ceux qui viendraient au Salon pour la première fois, ou pour les vieux routiers, permettez moi de citer ce que Monique Proulx, une de nos grande écrivaine et invitée d’honneur cette année, lorsqu’elle décrit l’expérience qui nous attend pendant ces 6 jours : « Le SLM est une expérience unique et post moderne qui fait pâlir d’insignifiant  le virtuel, qui déclassé sans pitié les blogs [ouch !], textos, tweets et autres prises rudimentaires qui prétendraient s’accaparer l’avenir. »

Jeudi, 19 novembre
19h: Sébastien Doane, Zombies, licornes, cannibales. Les récits insolites de la Bible
Vendredi, 20 novembre
11h: André Patry, En toute liberté
18h: Sébastien Doane, Zombies, licornes, cannibales. Les récits insolites de la Bible
19h: André Patry, En toute liberté
Samedi, 21 novembre
11h: André Patry, En toute liberté
12h: Anne Garon, Comme une flûte de roseau. Sur les traces de frère François-Marie
13h: Michel Proulx, À la recherche du bonheur
14h: Dominique Boisvert, Québec, tu négliges un trésor!
Dimanche, 22 novembre
13h: Dominique Boisvert, Québec, tu négliges un trésor!
14h: Michel Proulx, À la recherche du bonheur
15h: Daniel Cadrin, Dieu appelle toujours
16h: André Patry, En toute liberté

1 Comment

  1. Pour bien comprendre le lectorat en général, les livres supposément ésotériques qui veulent nous aider à comprendre notre moi intérieur et savoir pourquoi rien ne marche pour nous et les livres de recettes de cuisine figurent parmi les meilleures ventes années après années. Si tu est capable de comprendre cela , tu me l’expliqueras.

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