Rupture sociale

Les effets collatéraux de la pandémie créent des « débordements » incroyables. Civisme et art de vivre semblent s’y perdre : des touristes répandent leurs déchets; des conducteurs s’autorisent à rouler sur des milieux fragiles; des gens font leur besoin n’importe où; des individus s’insultent gratuitement à propos du port du masque. Parmi ces débordements, des manifestations surgissent et dressent l’autre – l’étranger, le voisin – en menace. Or, si en situation de détresse, l’humain à tendance à se solidariser, ici, au lieu de renforcer les liens, cette crise divise. Vivre ensemble est devenu un irritant! Au cœur de cette agitation, quelque chose s’est rompu de manière démesurée dans le tissu social québécois.

Les temps de rupture annoncent de grands changements. Ils viennent rompre l’ordre établi de nos vies en suscitant du chaos jusqu’à ce que du nouveau s’installe. Le chaos, c’est ce que nous traversons en ce moment : une vie disloquée, chamboulée, marquée par l’incertitude. Des conditions auxquelles nous sommes peu habitués. Il ne s’agit pas d’un événement passager, mais de quelque chose qui s’installe dans la durée, ce qui a pour conséquence d’en accentuer les effets. C’est d’ailleurs par cette durée que la rupture fait autorité. Plus elle est longue, plus l’obligation d’un changement s’installe. Les choses ne peuvent plus être comme avant…

Au Québec, mars 2020 a marqué l’entrée dans cette nouvelle phase de vie. Comme en de nombreux endroits du monde, nous avons été bousculés par l’apparition de ce virus. Cependant, seule la durée de cette situation permet de commencer à juger de ce que cela signifie vraiment. Même si depuis longtemps, on nous répète qu’il y aura de gros changements à la suite de cet événement, nous n’étions pas encore en mesure d’en saisir toute l’ampleur, ni même l’orientation. Cette histoire, qui ne semblait être qu’un épisode à traverser, installe par sa durée un décalage en profondeur. Plus le temps passe et plus il devient évident qu’un retour en arrière ne sera pas possible. L’incertitude que laisse un tel constat donne lieu à des comportements étranges et imprévisibles, souvent impulsifs. Une « folie apocalyptique » s’empare de certains; pour d’autres, c’est comme une rage de vivre. Le confinement et les privations des derniers mois donnent lieu aux excès d’aujourd’hui. C’est ce que relatent les journaux depuis quelques semaines. Coincés dans ce temps suspendu, plusieurs oscillent entre résistance radicale et adaptation. C’est dans cette tension que se situe la rupture.

La rupture est un jeu de mises en relation qui construit du sens sur un « à venir » en décalage avec le temps d’avant et celui qui vient. Ce qui nous attend, dans l’après-pandémie, n’est pas encore arrivé et la durée de ce temps transitoire pose une distance toujours plus grande avec l’hier que nous aimerions bien retrouver.

Dans un article publié en 1971, Michel de Certeau aborde la rupture comme événement qui instaure du neuf, du fait qu’il génère de l’autrement. La rupture brise, tranche, sépare. Elle vient rompre le cours du temps. La force de ce qui en résulte est faite, dit de Certeau, non pas d’un retour au même, ni de ce que je veux ou ce que tu veux, mais d’autre chose : « C’est [la logique] du ni l’un ni l’autre — qui crée, proportionnée à une donnée et à son contraire juxtaposé, une troisième hypothèse, mais sans la déterminer »[1]. C’est donc dire qu’il y a la donnée « le temps d’avant la pandémie », juxtaposée à son contraire « le temps de la pandémie » et que ce ne sera ni l’un, ni l’autre qui déterminera le temps à venir, mais une troisième hypothèse. De celle-ci résultera un nouvel art de vivre.

Dans un tel contexte, l’affrontement n’est donc pas la solution. Il importe peu de savoir qui a tort ou qui a raison : l’autre n’est pas le problème. La difficulté émane d’un virus et de ma capacité à vivre avec. Nos préoccupations doivent donc se tourner vers ce tiers, le virus, et interroger le vivre ensemble qui nous attend à la lumière des nouveaux paramètres qu’il pose. Dès l’instant où le virus est introduit dans l’équation comme réalité vivante, c’est-à-dire comme facteur de changement relationnel, il est alors possible d’envisager d’autres hypothèses de vie. En nous y appliquant, nous allons lentement retomber sur nos pieds et trouver cette troisième voie. Celle qui conduit à renouveler notre manière de vivre ensemble.

La rupture sociale que nous vivons actuellement résulte d’un impondérable et invite à un temps de passage, comme un temps pascal. Nos vies ont été déplacées par cet événement. L’absence de ce qui était, et ne reviendra jamais, provoque chacun d’entre nous au cheminement. Il ne reste plus qu’à se mettre en marche, faire le chemin dans ce qu’il appelle de transformation personnelle.

Image : Division, Philip Masturzo. (2014)


[1] Michel De Certeau. 1971. « La rupture instauratrice ou le christianisme dans la culture contemporaine ». Esprit, 404 (6) : 1211.

20 Comments

  1. L’église catholique devrait en profiter pour proposer une sorte de sacrement de solidarité, un sacrement de santé et un sacrement de sécurité humanitaire pour aider ceux qui sont sur le terrain.

  2. la crise humanitaire est beaucoup plus large que la crise sanitaire qui n’intéresse que le secteur de la santé, d’où l’importance de l’église catholique d’utiliser sa force de frappe mondiale pour aider le plus de gens possibles.

  3. basé sur dieu pour être appliqué à la société, il devrait y avoir un protocole de protection, un protocole de partage, un protocole de paix et un protocole patriarche pour sécuriser la société.

  4. l’église catholique devrait fournir un centre de données spirituelles qui viendrait compléter la parole de dieu.

  5. Outre la bible qui relate la vie du christ, il devrait y avoir une bible humanitaire qui relate l’histoire de l’humanité sous forme spirituelle.

  6. Il devrait y avoir une sorte de spiritualité sociale qui viendrait intéresser les gens plutôt que le endoctriner.

  7. pour affronter la crise sanitaire, la crise économique, la crise existentielle et les divorces, il devrait y avoir une spiritualité sociale spécialement adaptée à la vie des gens.

  8. au lieu de toujours repartir à zéro, il devrait avoir une série de suite ou de chemins pour se diriger vers le seigneur.

  9. Le diable se cache dans les détails, le diviser pour régner, les apparences et les faux-semblants, par conséquent il faut revenir à la solidarité, l’intelligence, le partage, la paix, la réflexion, la majorité et l’expérience.

  10. il devrait y avoir un sacrement de la croix pour récompenser ceux et celles qui ont réussi à se rapprocher du seigneur.

  11. Il devrait y avoir un sacrement social pour protéger la société des ennemis et des crises.

  12. il devrait y avoir un sacrement des bienfaits qui récompensent ceux et celles qui font des actions par partage, justice, compassion, dévouement, miséricorde, bénévolat et qui témoignent de l’amour du seigneur.

  13. il devrait y avoir un sacrement du deuil pour être capable de traverser des épreuves avec spiritualité plutôt que par la logique ou la patience.

  14. Pour insuffler de la lumière, de l’énergie ou du souffle dans le corps, il devrait y avoir un sacrement du corps.

  15. Il devrait y avoir un sacrement des saints pour permettre aux gens de s’identifier à certains saints et de demander des faveurs auprès du christ en cas de besoin.

  16. Pour essayer d’améliorer la condition humaine, il devrait y avoir le sacrement de la pensée, le sacrement de la parole et le sacrement de la solidarité sociale.

  17. Il devrait y avoir le sacrement du soi pour être capable d’aller chercher le meilleur de nous-mêmes en tout temps.

  18. il devrait y avoir un sacrement de la santé sociale, morale et spirituelle.

  19. il devrait y avoir un sacrement de la nature pour renforcer les liens entre adam, ève, la terre, la nature et le climat.

  20. Une personne du Carnet du Parvis pourrait expliquer et/ou vulgariser le terme «  » sacrement «  » »!

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