Quelques prêtres des périphéries

Lors de la parution du premier numéro de la revue Le Verbe, je me suis fait un devoir de publier un billet vantant ses mérites. C’est, de fait, un petit miracle qu’une revue catholique de si grande qualité fasse son chemin dans les kiosques et chaumières du Québec.

Et même si des articles me font parfois lever les yeux au ciel (et pas dans un esprit d’action de grâce), ces derniers sont rares, et largement rachetés tant par l’humour que par l’esprit de franche camaraderie et  d’ouverture qui dominent l’ensemble. Puis donner l’occasion à de jeunes catholiques de se faire la plume sur une tribune d’une rigueur tout à fait respectable, ce n’est pas rien.

Un autre point en faveur du périodique : on sent un véritable effort pour aborder, ici et là, des questions de société. On ne confondra jamais Le Verbe avec Relations, certes, mais la dimension sociale d’une vie de foi chrétienne n’est laissée en plan dans aucun numéro.

Dans la dernière mouture (novembre-décembre-janvier), ça s’incarne, entre autres, par le dossier principal, intitulé « Prêtres en périphéries ». Je connais peu de sujet aussi susceptible de tomber dans le nombrilisme ecclésial que celui de la prêtrise; mais ici, on a eu le bon goût d’adopter un angle d’attaque assez ouvert, et très « pape François » : on s’est intéressé à des prêtres qui œuvrent loin des sacristies, les deux pieds dans le monde, côte à côte avec les plus déshérités.

Le dossier est bien introduit, bien qu’un passage m’agace légèrement. À propos de notre rapport au prêtre : « Il ne s’agit pas de le mettre sur un piédestal, comme on l’a fait à certaines époques. Il s’agit d’être reconnaissant pour ce service rendu, pour cette vie donnée ». Je comprends l’équilibre que l’on a voulu créer ici, mais il me semble que la seconde phrase réintroduit le piédestal redouté : les prêtres donnent-ils vraiment plus leur vie que les autres chrétiens ? Mon passage par le Grand Séminaire de Montréal m’empêche de le penser. Les gens que j’y ai fréquentés étaient sans doute mus par une certaine spiritualité du don; mais à regarder de plus près, pas vraiment davantage que bien d’autres chrétiens. Chacun choisit son état de vie parce que ce dernier lui convient le mieux, et non pas parce qu’il constitue un plus grand sacrifice. Et c’est tant mieux. Si notre mérite, aux yeux de Dieu, était lié à la grandeur du sacrifice que l’on faisait dans le choix de notre état de vie, chacun devrait se marier avec la personne qui le dégoûte le plus… Non, vraiment, en définitive, chacun finit par tenter de vivre de la manière qui le rend le plus heureux.

Mais à m’arrêter ainsi à une expression, qui vient jouer dans mes marottes, je cherche un peu les poux là où il n’y en a guère. Le dossier est bien rédigé et pertinent. On découvre la vie peu ordinaire de l’aumônier Stéphane Roy qui prend, en quelque sorte, la relève du père Jean; celle de l’abbé Arsenault travaillant au centre de thérapie pour délinquants sexuels de Percé; enfin celle de l’abbé Claude Paradis, qui arpente les rues de Montréal pour être présence d’Évangile auprès des personnes itinérantes. Tout cela agrémenté par un article sur Claude Burns, alias Father Pontifex, une autre figure presbytérale peu banale. Bref, Antoine Malenfant et toute l’équipe du Verbe ont accouché d’un autre numéro tout à fait digeste, voire savoureux – même pour les « humanistes de centre-gauche » (ou « hérétiques », selon l’interlocuteur) comme moi. Bravo !

Image: Spirit Juice Studios, Claude Burns (2015)

2 Comments

  1. Même en privé, le Père Jean ne tarit pas d’éloges pour son remplaçant, Stéphane Roy. Il y a donc une certaine relève. Bravo.

  2. Bien d’accord! La revue Le Verbe s’est beaucoup amélioré: vivante et intéressante. Merci de ton commentaire, que je partage.

Laisser un commentaire