Patrimoines d’exception – Calvaire Sauriol

Dans un billet précédent, je vous avais présenté le calvaire de Yamaska, un monument exemplaire par son histoire et son état de conservation. À plusieurs égards, c’est un calvaire plutôt classique qui permet de bien exemplifier le phénomène. Cette fois-ci, j’aimerais vous présenter un autre de ces monuments qui se distingue pour des raisons différentes. Voici le calvaire Sauriol, qui se trouve dans le secteur Sainte-Dorothée de Laval.

Un mot d’abord sur la présence de croix de chemin et de calvaires sur l’île Jésus. Généralement, on associe ce type de manifestation de piété aux milieux ruraux. Au-delà du fait que cette île comporte encore de vastes zones agricoles — surtout dans l’est, il faut bien le dire —, il est intéressant de voir que, malgré l’urbanisation grandissante des municipalités qui forment maintenant la ville de Laval, plusieurs croix de chemin et calvaires ont subsisté jusqu’à nos jours. Ainsi, on en dénombre encore vingt-huit sur l’île, dont plusieurs trônent en milieu urbain.

C’est le cas du calvaire Sauriol qui se situe devant un parc municipal — qui porte son nom d’ailleurs —, dans une portion résidentielle du secteur Sainte-Dorothée. Auparavant, il siégeait sur un terrain privé qui appartenait à la famille Sauriol, qui le fit construire, mais un incendie a détruit cette maison en 1991 qui n’a pas été construite, et le terrain a été acquis par la ville peu après.

L’apparence de ce calvaire étonne dès le premier regard. En effet, alors que ces monuments sont généralement de grands crucifix, parfois surmontés d’une simple structure en bois, le calvaire Sauriol est coiffé par un important édicule en pierre aux allures de guérite. Une croix surmonte le toit et deux fenêtres sur les côtés permettent à la lumière du jour de pénétrer à l’intérieur. Le calvaire en tant que tel est assez simple, ne comportant qu’une statue de plâtre du Christ en croix surmonté d’un parchemin sur lequel sont indiquées les lettres « INRI » et plus petites statues de la Vierge, de saint Joseph et de deux anges.

Un tel édicule pour coiffer un calvaire est un cas unique au Québec. Il a été érigé par Raoul Sauriol, qui était tailleur de pierre, afin de remplacer une croix plus ancienne tombée auparavant. Selon des membres de sa famille, il accomplissait ainsi un vœu d’Action de grâce à Dieu pour un grand bienfait. Un panneau d’interprétation, installé en 1991 par la Société d’histoire et de généalogie de l’île Jésus, affirme que la cérémonie de bénédiction a attiré une foule considérable de fidèles des environs, y compris une chorale !

Ces éléments montrent bien toute l’importance que ces lieux avaient pour la spiritualité locale. Le panneau d’interprétation ajoute même que le voisinage y allait régulièrement pour réciter le chapelet, y faire des neuvaines ainsi que des dévotions du mois de Marie. Malgré sa conception privée, ce lieu de dévotion a pu bénéficier à une communauté beaucoup plus large.

Il est encourageant de voir que le calvaire Sauriol bénéficie d’un bon entretien et qu’il est mis en valeur. De nos jours, la porte est toujours ouverte, permettant aux visiteurs de le contempler, mais une vitre en verre trempé permet d’empêcher le vandalisme. Si vous souhaitez en savoir davantage, l’ensemble des croix de chemin et calvaires de la ville de Laval font l’objet d’un parcours spécifique dans l’application mobile Parcourir Laval. À vous de les découvrir !

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Image : Calvaire Sauriol avec la vitre, Benoît Caron (2017)

8 Comments

  1. Bonjour monsieur Maltais!
    Merci pour vos connaissances transmises
    d’une excellente limpidité!
    Ça m’émerveille et ce sans mauvaise modestie!
    Bonne journée ensoleillée 🙏🌞

    • Bonjour madame Raymond!

      Merci beaucoup pour vos gentils commentaires, c’est toujours apprécié de voir nos lectrices et lecteurs apprécier nos billets.

      Bonne journée à vous aussi!

  2. Très inspirant ces traditions de foi qui ont laissé des traces… pour nous interpeller et nous rappeler nos racines… Merci.

  3. l’église catholique devrait mettre en oeuvre des activités d’exception pour pouvoir profiter des patrimoines d’exception en fin de semaine.

  4. au lieu de voir la religion sous le signe de la souffrance, il devrait y avoir des patrimoines d’exception qui ouvrent la voie à la vie, à la vie spirituelle et à la vie de valeur.

  5. au lieu de voir la vie comme un calvaire, l’église catholique devrait regrouper des forces catholiques collective pour utiliser le matériel et les lieux à bons escient.

  6. entre dieu qui est tout puissant et l’homme remplit de faiblesses, il devrait y avoir un patrimoine pyramidale qui témoigne de tout la gradation chrétienne possible.

  7. les patrimoines d’exception et les plus belles cathédrales devraient servir de vatican de la rencontre, de la pensée et de la prière.

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