Patrimoines d’exception – Église Saint-Pierre-Apôtre

Au-delà de leur architecture, certains lieux de culte présentent un intérêt – et parfois même une renommée – par les événements historiques qui les entourent. Par exemple, il est difficile de passer sous silence l’histoire de la basilique-cathédrale de Saint-Boniface alors que son apparence actuelle illustre très bien celle-ci. Cette semaine, je voudrais vous présenter l’église Saint-Pierre-Apôtre de Montréal, un bâtiment qui porte l’histoire d’un quartier, non pas dans son apparence extérieure, mais dans la mémoire qui l’habite.

Le premier fragment d’histoire qui nous intéresse concerne la vie religieuse à Montréal durant la seconde moitié du 19e siècle. Malgré la population de plus en plus nombreuse de la ville, les seigneurs de Montréal, les Sulpiciens, contrôlaient l’unique paroisse de la ville, Notre-Dame, ce qui contraignait les populations plus pauvres du Faubourg Québec à parcourir une longue distance afin d’assister aux offices et d’obtenir les sacrements. Afin de pourvoir à leurs besoins spirituels, Mgr Bourget fit appel aux Missionnaires Oblats de Marie-Immaculée qui établirent une première chapelle en bois sur la rue de la Visitation en 1848.

Très rapidement, celle-ci s’avéra trop petite pour remplir ses fonctions et l’actuelle église fut érigée entre 1851 et 1853. Cependant, le conflit entre Mgr Bourget et les Sulpiciens empêcha Saint-Pierre-Apôtre d’obtenir la stabilité paroissiale pendant de nombreuses années. En effet, lorsqu’on divisa la paroisse Notre-Dame, c’est l’église Sainte-Brigide-de-Kildare, construite deux coins de rue plus loin et opérée par les Sulpiciens, qui reçut la cure. Ce n’est donc qu’en 1901 que Saint-Pierre-Apôtre devint une paroisse, la plus petite de Montréal.

Le deuxième fragment d’histoire que je veux signaler concerne le bâtiment lui-même. En effet, son architecte est Victor Bourgeau, l’un des plus connus et plus importants bâtisseur d’églises du Québec. Saint-Pierre-Apôtre est la première église qu’il signa à titre d’architecte et elle fut son tremplin vers la notoriété. Reconnue comme l’une de ses plus belles réalisations, elle se distingue par son style néogothique anglais particulièrement pur et sa longue pérennité.

L’église, entièrement faite de pierres de taille, est construite sur un plan rectangulaire. Les éléments architecturaux qui rappellent le style gothique – les ouvertures de forme ogivales, les contreforts et les bas-côtés par exemple – sont omniprésents autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les éléments construits après la construction initiale – la flèche et la tour en 1874, la sacristie en 1922 – respectent même cet esprit, donnant une formidable harmonie à l’ensemble. Enfin, elle bénéficie d’un somptueux décor peint par l’artiste Guido Nincheri, un orgue Casavant ainsi que de nombreux vitraux.

Le troisième fragment d’histoire qu’il convient de souligner concerne l’ancrage important de Saint-Pierre-Apôtre dans sa communauté. Lorsqu’ils s’établirent dans le quartier, les Oblats ont bâti une série de bâtiments qui subsistent encore de nos jours et qui forment un ensemble classé depuis 1977. En plus de l’église et de la sacristie, on y retrouve le presbytère, la résidence des religieux, le terrain ainsi qu’une école. Cette dernière opère maintenant sous le nom de Centre Saint-Pierre, l’un des plus importants établissements d’enseignement populaire au Québec.

Il faut dire que le Faubourg Québec – un quartier tellement pauvre qu’on le surnommait le Faubourg à m’lasse – en a arraché avec les années. D’abord coupé en deux par l’élargissement du boulevard Dorchester (maintenant le boulevard René-Lévesque), il fut réduit de moitié par l’établissement de la maison de Radio-Canada. Un véritable drame pour la vie communautaire du quartier. Cependant, la persistance et la pérennité du pôle Saint-Pierre-Apôtre furent d’un grand secours pour maintenir la cohésion de la population locale.

Le dernier fragment d’histoire qu’il convient de souligner concerne justement cette population locale. Depuis de nombreuses années maintenant, le secteur où se situe l’église fait partie du quartier gai de Montréal. Les responsables de Saint-Pierre-Apôtre, fidèles à leur mission de soutien à la population locale dans toutes ses dimensions, animent des activités pour cette communauté et a même dédié l’une des chapelles de l’église aux victimes du sida. Un geste qui ne passe pas inaperçu.

En effet, l’église reste très fréquentée et active malgré la baisse générale de la pratique dans les paroisses québécoises. Et ses activités d’accueil et de charité inconditionnelle font voir toute la force d’une pastorale inclusive et engageante. C’est là une façon efficace de contrer l’individualisme si commun en milieu urbain et d’assurer une présence d’Église auprès des plus marginaux. Enfin, soulignons l’important effort consacré à faire connaître le patrimoine de cette église qui offre gratuitement un balado qui la décrit sous toutes ses coutures.

Ainsi, au-delà de ses caractéristiques architecturales exceptionnelles, l’église Saint-Pierre-Apôtre est un parfait exemple d’un lieu de culte marqué par son histoire, mais aussi bien inséré dans sa communauté. Il y a ici de quoi alimenter les réflexions sur l’avenir de nos églises, mais aussi sur notre façon de concrétiser leur mission aujourd’hui.

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ), Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : The Saint-Pierre-Apôtre church #5, Patrice Tadonki (2011)

1 Comment

  1. si l’église mise sur un catholicisme de quartier, cela ne sert à rien de garder des cathédrales plus grandes que nature.

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