Ora et labora: devise progressiste ?

J’ai la chance de recevoir régulièrement, sur mon bureau, les plus récents numéros des revues Christus, Études, Revue de théologie morale, Relations et autres périodiques religieux. Les feuilleter me prend un temps significatif, de sorte que j’ai dû laisser tomber ma lecture de quelques magazines séculiers québécois de grand intérêt, aussi bien de gauche (Liberté) que de droite (Argument). Pourtant, je n’ai pu me résigner à faire une croix sur Nouveau Projet, cette revue ouvertement progressiste que pilotent de main de maître Nicolas Langelier et ses comparses.

Le dernier numéro, celui d’automne-hiver 2015, aborde la thématique du travail dans le contexte socioculturel d’aujourd’hui. Programme ambitieux… Quinze articles présentent diverses « visions » du travail, ou plus exactement quinze rapports différents à celui-ci : l’entrepreneuriat sous d’autres cieux, la job merdique, la job perpétuelle en raison du téléphone intelligent, le syndicalisme, le travail au salaire minimum, travailler en philosophe, etc. C’est très hétéroclite et, honnêtement, les contributions sont de valeur fort inégale.

Par ailleurs, une belle surprise m’attendait : l’article « Un travail de moine, ou la sagesse du désert », signé Dom André Barbeau, abbé de la communauté cistercienne de Val Notre-Dame. Il est plutôt rare que la religion fasse irruption dans les revues progressistes, et c’est d’autant plus bienvenu que le billet est présenté avec élégance par la rédaction de Nouveau Projet :

« Pionniers plus que millénaires de l’entrepreneuriat social, de la recherche de l’équilibre entre la vie personnelle et professionnelle, des liens intergénérationnels et même de la méditation pleine conscience, les moines ont beaucoup à nous apprendre pour que nous puissions adoucir nos malaises actuels. Pas étonnant, dans ce contexte, que de plus en plus de laïcs s’y intéressent. Le père abbé de l’Abbaye Val Notre-Dame nous explique ici comment on aborde le travail, dans un univers où il est chargé du sens le plus profond. »

Autre réconfort : l’article s’illustre par sa grande qualité : sans surprise, Dom Barbeau explique avec précision les diverses implications de ce que signifie concrètement Ora et labora, devise à la base de la tradition monastique. Mais il le fait également dans un langage tout à fait compréhensible pour les moins initiés.

Bref, un article pertinent, témoignant avec brio d’un des héritages vivants les plus « hip » du christianisme, dans une revue qui vaut la peine d’être connue et adoptée.

Photo: crypto, Mosteiro de São Bento (2008)

1 Comment

  1. Une chose qui m’a plus ou moins étonné c’est que tu dois faire un choix des revues à lire parce qu’il y en a trop. Moi je dois faire un choix des livres et je suis entouré de jeunes qui ne trouvent rien à lire. Peut-être qu’on a passé à côté de la promotion des joies de la lecture à nos jeunes ?

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