Découvrir Kayla Mueller

Je reviens à peine des Journées François de Sales, à Lourdes, dont l’édition 2020 était consacrée à l’enjeu de la juste distance, ou de la juste proximité, dans la pratique journalistique. Un sujet fascinant, certes, dans un contexte où la défiance envers les médias traditionnels va croissant; mais le moment le plus marquant fut sans doute la remise du Prix Jacques Hamel.

On se souvient de Jacques Hamel, ce prêtre français assassiné en pleine messe par des terroristes islamistes. Le Prix qui porte son nom, décerné par la Fédération des Médias catholiques, cherche à « récompenser un travail journalistique de qualité au service du dialogue interreligieux et de la paix en général ».

Le Prix, cette année, fut remis à Pierre Jovanovic, pour son article paru dans La Vie le 7 novembre dernier. Son sujet ? Une certaine Kayla Jean Mueller.

Il faut être féru d’actualités internationales pour que ce nom évoque quoi que ce soit. C’était le nom de code de l’opération américaine ayant mené à la mort du chef de l’État islamique, Al-Baghdady, dans la nuit du 26 au 27 octobre dernier, en Syrie.

Après le bombardement, Pierre Jovanovic a voulu en savoir plus sur la femme derrière le nom de code. Il a découvert une jeune travailleuse humanitaire morte à 26 ans dans les geôles de l’État islamique. Plus encore, ses rencontres avec les proches de Kayla Mueller, dont sa famille et la pasteure de sa congrégation protestante, ont permis de mettre en lumière une femme de foi d’une grande maturité spirituelle.

L’article rédigé par Jovanovic inspire et donne froid dans le dos simultanément. On y apprend le viol de Kayla par Al-Baghdady lui-même, et l’épouvantable angoisse de ses parents, peu soutenus par Médecins sans Frontières et le gouvernement américain, qui refusaient toute négociation avec les djihadistes.

Mais c’est la personnalité rayonnante de Kayla qui finit par émerger. Cette Kayla qui écrit à ses parents, du fond de sa captivité, en 2014 (par le biais d’un otage libéré) :

Je me souviens que maman m’a toujours dit qu’en définitive, la seule personne à qui nous pouvons nous adresser, c’est Dieu. J’en suis arrivée à un stade où, dans tous les sens du terme, je me suis abandonnée à notre Créateur, car il n’y a littéralement personne d’autre… »

« Grâce à Dieu, grâce à vos prières, je me suis laissée bercer tendrement. J’ai vu la lumière dans les ténèbres, et j’ai appris que même en prison, on peut être libre. »

Bref, du grand reportage à son meilleur, capable de révéler une « martyre du bien » des cendres d’un bombardement.

Image: kayla pure of heart, Wes Dickinson (2015)

4 Comments

  1. l’église catholique devrait tenir une cérémonie catholique pour commémorer ces personnes qui font une différence en environnement, en justice ou en communauté.

  2. À moins que je me trompe, Jonathan confond le journaliste Pierre Jovanovic (auteur, entre autres, de Enquête sur les anges gardiens) et je journaliste Pierre Jova @PierreJova, auteur de « Les chrétiens face aux migrants ». C’est lui l’auteur de l’article sur Kayla Mueller, qui lui a valu le Prix Jacques-Hamel, et non Jovanovic.

    • Bonjour Jacques. Pierre Jova est le diminutif, ou plutôt le nom de journaliste, de Pierre Jovanovic, J’imagine qu’il utilise Jova pour se distinguer de son homonyme.

  3. Présentes à ces Journées Saint François de Sales en janvier 2020, Gaétane Larose et moi avons rencontré Pierre Jovaniovic qui a donné un témoignage émouvant de tout son travail qui a su émouvoir tous les participants. Des martyres il y en a encore de nos jours!

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