Élections fédérales 2019: l’itinérance

Un peu partout au Canada, des personnes se retrouvent dans la rue, sans abri. Les problèmes sociaux et économiques qui en résultent sont faciles à imaginer : pauvreté, instabilité psychologique, délinquance… Sans logement sûr et décent, comment les familles et individus peuvent-ils mener une vie sereine et enrichissante? C’est particulièrement vrai pour les enfants; leur chez-soi est un repère essentiel et en être privé peut entraîner des conséquences dramatiques.

La situation dans notre pays n’est certes pas pire que celle de bien d’autres endroits dans le monde. Cela dit, prenons-nous la peine de chercher des solutions pour régler le problème de l’itinérance ou tout au moins aider le plus de personnes possibles à sortir de la rue? Les mesures et programmes pour favoriser la construction chez nous d’immeubles à loyer modiques suffisent-ils? Les communautés rurales et urbaines comptent-elles suffisamment de logements pouvant accueillir des familles nombreuses?

L’itinérance n’est pas qu’un problème d’accessibilité au logement. Des gens, en effet, se retrouvent parfois à la rue, de façon temporaire ou définitive, à la suite d’une épreuve comme une rupture, la perte d’un emploi ou la maladie mentale. Elles ont perdu tout repère et sont souvent désorganisées au point de n’être même pas en mesure de chercher à se loger. Bien que nous croisions parfois des sans-abri, surtout en milieu urbain, cette forme d’itinérance est plutôt invisible et silencieuse. Elle ne fait pas les manchettes; les personnes qui vivent dans la rue apparaissent rarement sous les feux des projecteurs… Il en est rarement question durant les campagnes électorales. Chacune d’elle est néanmoins un être humain qui a droit au respect de sa dignité.

De tout temps, l’Église s’est préoccupée des personnes mises à l’écart de la société, vulnérables, sans foyer, en s’appuyant notamment sur ces paroles de Jésus : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli; j’étais nu, et vous m’avez habillé; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi! (Matthieu 25, 35-36)

En tant que chrétiens et chrétiennes, ces paroles de Jésus devraient nous habiter alors que nous appelés à opter pour un parti politique ou l’autre en vue de l’élection du 21 octobre prochain. Que disent les programmes des diverses formations concernant le droit au logement et le soutien aux personnes sans abri?

Voici quelques interpellations reflétant la doctrine sociale de l’Église qui offrent de quoi nourrir notre réflexion quant à la question de l’accessibilité au logement.

Le manque de logements est grave dans de nombreuses parties du monde, tant dans les zones rurales que dans les grandes villes, parce que souvent les budgets étatiques couvrent seulement une petite partie de la demande. Non seulement les pauvres, mais aussi une grande partie de la société rencontrent de sérieuses difficultés pour accéder à son propre logement. La possession d’un logement est très étroitement liée à la dignité des personnes et au développement des familles. C’est une question centrale de l’écologie humaine. (Pape François, Laudato Si’ no 152)

Il y a tant de familles sans logement, soit parce qu’elles n’en ont jamais eu, soit parce qu’elles l’ont perdu pour tant de motifs divers! Famille et logement vont de pair! C’est très difficile de conduire une famille de l’avant sans habiter dans un logement. [J’invite] toutes les personnes, les services sociaux, les autorités, à faire tout leur possible pour que toutes les familles puissent avoir une maison. (Pape François, déclaration du 22 décembre 2013; source: Le Point.fr)

Le Fils de Dieu est entré dans ce monde comme quelqu’un qui n’a pas de maison. Le Fils de Dieu est entré comme un sans-abri! Le Fils de Dieu a su ce que c’est que de commencer la vie sans un toit. […] Pourquoi sommes-nous sans foyer, pourquoi sommes-nous sans toit? Ce sont des questions que beaucoup parmi vous peuvent se poser chaque jour. […] Il n’y a aucun genre de justification sociale, morale, ni de n’importe quelle espèce, pour accepter le manque de logement. (Pape François, rencontre avec des sans-abri, paroisse Saint-Patrick, Washington, 24 septembre 2015; source: lapierredangle.eu)

La conformation au Christ et la contemplation de son Visage insufflent chez le chrétien un désir irrépressible d’anticiper dans ce monde, au sein des relations humaines, ce qui sera réalité dans le monde définitif, en œuvrant pour donner à manger, à boire, des vêtements, un logement, des soins, un accueil et une compagnie au Seigneur qui frappe à la porte (cf. Mt 25, 35-37). (Compendium de la doctrine sociale de l’Église catholique no 58)

Les exigences du bien commun dérivent des conditions sociales de chaque époque et sont étroitement liées au respect et à la promotion intégrale de la personne et de ses droits fondamentaux. Ces exigences concernent avant tout l’engagement pour la paix, l’organisation des pouvoirs de l’État, un ordre juridique solide, la sauvegarde de l’environnement, la prestation des services essentiels aux personnes, et dont certains sont en même temps des droits de l’homme: alimentation, logement, travail, éducation et accès à la culture, transport, santé. (Compendium de la doctrine sociale de l’Église catholique no 166)

Nous sommes témoins de l’accroissement d’un écart préoccupant entre une série de nouveaux “droits” promus dans les sociétés technologiquement avancées et des droits humains élémentaires qui ne sont pas encore respectés, surtout dans des situations de sous-développement: je pense, par exemple, au droit à la nourriture, à l’eau potable, au logement. (Compendium de la doctrine sociale de l’Église catholique no 365)

Image: Homeless, Rui Duarte (2011)

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