Élections fédérales 2019: la pauvreté

La pauvreté n’est pas un sujet sexy. La plupart d’entre nous sommes d’accord pour dire que dans une société moderne, des efforts doivent être faits, au niveau collectif, afin que la pauvreté devienne marginale, voire disparaisse. Mais on vote rarement pour un candidat ou un parti parce qu’il propose des avenues novatrices en cette matière.

C’est encore plus vrai quand on fait partie de la classe moyenne canadienne, de loin la plus populeuse, et donc la plus courtisée par les partis. « Je veux bien qu’on aide les pauvres, mais bon voilà c’est dit, parlons maintenant des vraies affaires. »

Les chefs eux-mêmes ne s’attardent guère sur le sujet une fois qu’ils ont affirmé haut et fort, la main sur le cœur, qu’ils sont bouleversés par la pauvreté et bien décidés à y mettre fin – sans trop précisément comment.

Il est donc difficile de prendre la pauvreté comme critère de discernement en vue du vote. Cela exige d’être non seulement conscient des causes structurelles de la misère, mais également d’évaluer quels programmes sociaux sont susceptibles de contribuer réellement à la résolution du problème.

Parmi les causes structurelles de la pauvreté, en voici quelques-unes qui m’apparaissent importantes : la précarité de l’emploi, la hausse du prix des logements, la hausse du prix de l’alimentation, la dégradation de l’éducation, le délitement du lien social, l’abolition de programmes sociaux.

Où se situe chaque parti sur chacun de ses aspects socioéconomiques ?

Par ailleurs, la pauvreté de nos concitoyens est une chose, la pauvreté de nos frères et soeurs de régions moins favorisées du globe en est une autre, tout aussi importante. Le Canada a la réputation d’être généreux en matière d’aide internationale, certes, mais des progrès sont assurément possibles, mais sous quelles formes, selon quelles modalités ?

Pour poursuivre la réflexion, voici des extraits des trois « Messages du Saint-Père pour la Journée Mondiale des pauvres » :

Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. (2017)

Dans ce monde immense de la pauvreté, reconnaître les limites, la faiblesse, et l’insuffisance de nos moyens, invite à une collaboration réciproque qui nous permet ainsi d’être davantage efficaces.  C’est la foi et l’impératif de la charité qui nous animent, mais nous savons reconnaître d’autres formes d’aide et de solidarité qui partagent en partie les mêmes objectifs, pourvu que nous ne mettions pas de côté ce qui nous est propre : conduire chacun à Dieu et à la sainteté. Le dialogue entre des expériences différentes ainsi que la collaboration que nous offrons avec humilité, hors de toute prétention, est la réponse ajustée et pleinement évangélique que nous pouvons donner. (2018)

Même aujourd’hui, nous devons énumérer de nombreuses formes de nouveaux esclavages auxquelles sont soumis des millions d’hommes, de femmes, de jeunes et d’enfants. Chaque jour, nous rencontrons des familles contraintes de quitter leurs terres pour chercher des moyens de subsistance ailleurs ; des orphelins qui ont perdu leurs parents ou qui en ont été séparés violemment pour être exploités brutalement ; des jeunes à la recherche d’une réussite professionnelle, qui se voient refuser l’accès au travail en raison de politiques économiques aveugles ; des victimes de nombreuses formes de violence, de la prostitution à la drogue, et humiliées au plus intime. De plus, comment oublier les millions d’immigrés victimes de tant d’intérêts cachés, souvent instrumentalisés à des fins politiques, à qui la solidarité et l’égalité sont refusées ? Et tant de personnes sans abri et marginalisées qui errent dans les rues de nos villes ? (2019)

Image: Poor, Julian K. (2009)

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