Élections fédérales 2019: la dignité humaine

Avant d’écrire cet article, j’ai d’abord cherché une définition du mot dignité pour très vite me rendre compte qu’il n’y en avait aucune qui faisait vraiment l’unanimité. J’ai donc décidé de lire deux textes pour m’aider à approfondir cette notion pour le moins complexe.

Dans l’un d’eux intitulé De la dignité humaine, son auteur Thomas de Koninck cite cette parole du vieil Œdipe dans la tragédie de Sophocle : c’est donc quand je ne suis plus rien, que je deviens vraiment un homme.

Cette phrase m’a aussitôt fait penser à deux de mes amies mortes après avoir livré un combat sans merci au cancer qui les rongeait vivantes. Je dis bien vivantes, parce qu’elles le sont restées jusqu’au bout. Cette épreuve les a révélées à elles-mêmes, aux femmes qu’elles étaient vraiment l’une et l’autre. Toutes les deux sont mortes quelques jours seulement après avoir été admises à l’hôpital.

La manière dont nous traitons les personnes malades, pauvres et vulnérables en dit long sur les sociétés dans lesquelles nous vivons. L’écrivain britannique Michael Rosen définit ainsi la dignité: le cœur de la valeur transcendantale d’un individu, simplement parce qu’il est humain, indépendamment du fait de ce qu’il croit valoir ou de ce que d’autres pensent qu’il vaut. La dignité humaine, c’est peut-être bien ce qui ne peut nous être enlevé, ce qui nous reste au moment de la mort et même au-delà.

Dans un discours prononcé en 2013, l’archevêque de Westminster, Mgr Vincent Nichols nous replonge dans le contexte ayant mené à la formulation de la Déclaration universelle des droits de l’homme après la Deuxième Guerre mondiale. L’Église catholique avait alors participé activement aux discussions entourant cette formulation qui reconnaît la valeur intrinsèque de toute vie humaine.  

La doctrine sociale de l’Église se fonde d’ailleurs elle aussi sur ce même principe. Toute personne douée de raison, quelle qu’elle soit, croyante ou non, est en mesure de comprendre toute l’importance que revêt ce principe dans l’évolution des civilisations humaines.

Toutefois, pour les chrétiens et chrétiennes que nous sommes, Mgr Nichols lui donne une dimension évangélique qui éclaire notre foi et nous pousse sur la voie de l’engagement. Il affirme :

Dans la conception chrétienne, la vie humaine a une valeur intrinsèque, mais c’est aussi quelque chose que nous sommes appelés à atteindre, à réaliser et à chérir dans la vie des autres. Ici se trouve la tension entre, à la fois ce que nous sommes et ce que nous sommes appelés à devenir. Dans sa lettre aux Éphésiens, saint Paul écrit : «Moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous exhorte donc à vous conduire d’une manière digne de votre vocation» (Ep 4, 1). La dignité humaine porte en elle-même à la fois une valeur absolue et la promesse d’espoir d’un monde meilleur. Voilà pourquoi cette notion est si puissante.

Il y a dans cette affirmation de Mgr Nichols un appel à faire évoluer cette notion porteuse d’espérance. Comme chrétiens et chrétiennes, des occasions nous sont données de rendre témoignage à la dignité d’autrui par nos actions, même les plus humbles. L’élection du 21 octobre prochain en est une parmi d’autres. Quel parti politique est le plus susceptible de rendre témoignage à la dignité par son programme électoral? À chacun et chacune de nous de le découvrir.

Quand je repense à mes amies décédées, je me dis que la vie humaine est sacrée. Qui que nous soyons, quelle que soit notre condition, nous méritons d’aller au bout de nous-mêmes.

À nous de déterminer le parti qui permet le plus cela, individuellement et collectivement.

Image: Cuerpo, Marcos Guevara Rivera (2012)

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