Élections fédérales 2019: les peuples autochtones

Présents sur l’ensemble du territoire canadien et représentant environ 4 % de la population du pays, les peuples autochtones font parfois figure de laissés pour compte du Canada. Par le passé, et malheureusement encore de nos jours, ils ont été trop souvent relégués au rang de citoyens de deuxième zone. Les jeunes, dépossédés de leur langue et de leur culture, peinent à trouver leur place dans une société qui ne fait que les tolérer.

Heureusement, les temps changent et de plus en plus de Canadiens et Canadiennes considèrent la réconciliation avec les peuples autochtones comme étant prioritaire. Mais quels en sont les enjeux ? Plus d’un gouvernement s’est penché sur la question et des pistes de solution ont été avancées à divers moments dans notre histoire, récente comme ancienne.

Signalons d’abord que le statut des peuples autochtones du Canada est défini dans la très ancienne Loi sur les Indiens qui a été adoptée en 1876. Vous avez bien lu, 1876. Au-delà du nom trompeur et rétrograde de cette pièce législative, son caractère vétuste n’est plus à démontrer. Pourtant, sa sanctuarisation dans la loi constitutionnelle de 1982 entrave toute redéfinition des relations entre le gouvernement canadien et les peuples autochtones.

Mentionnons ensuite la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Adoptée à la majorité en 2007 malgré l’opposition de quatre pays — dont le Canada —, elle affirme le droit de ces populations à l’autodétermination ainsi qu’à la libre disposition des ressources naturelles situées sur leurs terres. Il va sans dire que notre gouvernement a encore du chemin à parcourir sur cette question.

Je fais aussi référence ici à la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Créée en 2008, cette large enquête nationale cherchait à mettre en lumière le traitement subi par les personnes autochtones qui ont été arrachées à leur milieu de naissance pour être confiées au système de pensionnats indiens. Il a été démontré que ces écoles, administrées par les Églises chrétiennes, mais financées par l’État, avaient pour objectif avoué d’assimiler les enfants autochtones à la culture canadienne d’origine européenne.

À la fin de son mandat en 2015, la Commission avait organisé sept événements de réconciliation nationaux et produit plusieurs rapports dont le dernier d’entre eux comportait 94 recommandations. Si les peuples autochtones ont obtenu des excuses officielles de la part du gouvernement canadien, la mise en place des recommandations se fait à un rythme plutôt lent et il est à craindre que certaines d’entre elles tombent dans l’oubli.

L’Église canadienne s’est, pour sa part, engagée pleinement dans ce processus de réconciliation, soit par la voix de la Conférence des évêques catholiques du Canada ou de celle de la Conférence religieuse canadienne. Les jésuites canadiens ont d’ailleurs organisé à l’été 2017 un pèlerinage de réconciliation en canoë qui avait eu un certain retentissement. Cet engagement pour la réconciliation, nourri à la fois par les enseignements de l’Église catholique et par ceux de la Déclaration des Nations unies, ne doit pas rester lettre morte.

Enfin, soulignons le dépôt récent — le 30 septembre dernier — du rapport final de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec : écoute, réconciliation et progrès. Loin de dédouaner les gouvernements provinciaux, cette Commission a mis en lumière les injustices systémiques auxquelles font malheureusement encore face les populations autochtones du pays qui peinent parfois à obtenir des services de première nécessité, ou qui font l’objet de discrimination par des acteurs importants de la société civile tels que certains membres des corps policiers.

Devant ces constats, il semble évident que le prochain gouvernement fédéral aura fort à faire pour réparer les erreurs du passé et améliorer les conditions de vie de nos concitoyens et concitoyennes autochtones. Il ne tient qu’à nous de réclamer des politiques favorables à une plus grande justice pour eux et à l’établissement d’un pacte social qui ne laissera pas de côté les premiers habitants du Canada.

Image : Innu Nikamu, anng48 (2014)

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