Dieu dans le regard de la iGénération

Ce genre d’ouvrage fait rarement du bruit, mais pour qui prend la peine de s’y plonger, la remontée hors du livre s’effectue inévitablement avec des expressions et des concepts dont on sait qu’ils résonneront longtemps dans l’esprit. Je parle du type de monographie qu’est Un christianisme infiniment précieux, collectif qui vient de paraître conjointement chez Lumen Vitae et Novalis (dir: Henri Derroitte, Jean-Paul Laurent et Gilles Routhier).

Le bouquin se présente comme un recueil de « mélanges de théologie pratique offerts au père André Fossion ». De fait, la figure du jésuite belge, chef de file de la catéchèse contemporaine, est au cœur du livre. Cependant, les façons de rendre hommage au père Fossion varient considérablement : certains articles évoquent directement ses travaux; d’autres se contentent d’imiter, parfois un peu vaguement, sa « manière ».

Un ouvrage disparate, donc, mais qui renferme quelques perles acheter du viagra original. Par ailleurs, des intellectuels d’ici y ont participé, et signent les contributions parmi les plus intéressantes : Gilles Routhier, Paul-André Giguère et Sophie Tremblay.

Cette dernière, dans un article intitulé « Dieu pour les enfants du troisième millénaire? », scrute, entre autres, les résistances, les obstacles que rencontrent les jeunes de la « iGénération » sur le chemin de la foi chrétienne. Voici un résumé de ces obstacles :

1- Un Dieu irréel : baignant dans un monde où tout fonctionne et s’explique sans recours à la transcendance, les jeunes ne l’ont pas facile quand il s’agit de se faire une idée de Dieu, d’aller à sa rencontre. Celui-ci paraît d’autant plus abstrait, sinon irréel, que le langage même de la foi s’est fait plus intérieur, plus spirituel à mesure que la religion structurait de moins en moins la vie sociale.

2- Un Dieu imaginaire : puisque dans notre culture rationaliste, quitter la petite enfance, c’est, entre autres, renoncer à prendre pour réel les personnages imaginaires, la tentation de liquider Dieu le Père de la même façon que le Père Noël est importante.

3- Un Dieu embarrassant : pour les jeunes en phase de socialisation avec leurs pairs, croire en Dieu est plus susceptible d’attirer les moqueries que les éloges. Bref, puisque Dieu n’est pas populaire dans les écoles et sur la place publique, le fréquenter à la vue de tous exige un certain courage et une rare intégrité.

4- Un Dieu inutile : puisque dans nos sociétés pluralistes, les jeunes ont maints exemples de personnes qui vivent sans Dieu et qui sont pourtant heureuses et vertueuses, ils se posent tout naturellement la question suivante : « Si croire en Dieu ne change rien et ne rend pas la vie meilleure, alors à quoi bon ? » Bref, on est ici à l’exact opposé du problème du « Dieu béquille ».

5- Un Dieu nuisible : dans l’actualité, que ce soit dans les reportages sur des prêtres pédophiles ou dans les comptes rendus sur les violences faites au nom de Dieu, ce dernier est associé à des calamités. En d’autres mots, il a davantage la réputation de quelqu’un dont on devrait se débarrasser pour le bien de l’humanité que celle du sauveur de celle-ci.

Sophie Tremblay souligne que ces images de Dieu doivent être prises en considération, sans quoi les efforts catéchétiques resteront vains. Dans la suite de son article, elle donne des pistes pour jeter un regard évangélique sur les obstacles qu’elle nomme, et donc pour les transformer en rampe de lancement d’une catéchèse plus ajustée à la réalité des jeunes. J’en parlerai dans mon prochain billet.

Image: Merlijn Hoeck, Protect your kid ! ? (2007)

4 Comments

  1. Bonjour, Jonathan,
    J’ai bien aimé la recension de l’article de Sophie Tremblay dans ton blogue. Je le transmets à nos catéchètes.
    Merci de tes blogues toujours intéressants.
    Récemment je rencontrais une amie religieuse CND, qui possède une maîtrise en théologie sur la théologie de la libération (USh) ancienne missionnaire en Amérique centrale, proche de Sr Lorraine Caza, Elle voudrait développer un projet sur l’actualité de la spiritualité de Marguerite Bourgeoys, leur fondatrice, marquée par l’École française et qui a inventé ici un style de présence missionnaire au coeur de la cité, avec une présence active aux amérindiennes comme aux jeunes françaises ou canadiennes. Comme plusieurs de sa communauté, Sr Francine Fournier souhaite élaborer une façon de transmettre aujourd’hui l’héritage spirituel de Mère Bourgeoys. Aurais-tu objection à ce que je la mette en contact avec toi?

    Richard Wallot, ptre,
    Île-Perrot
    514-453-0548

  2. Un Dieu Vérité pour ceux et celles qui recherchent la Verite PCQ veut, veut pas, il y a une Verite mais qu’elle est-elle exactement ? Si on voulait vraiment connaître la Verite parce qu’elle est Verite tout simplement ! Mieux vaut vivre dans la lumière que dans l’obscurité ! N’est-ce pas ?…

  3. Merci pour ce texte. Je me permets de préciser que les 5 caractéristiques de Dieu qu’aborde ma collègue et amie Sophie sont en fait des caractéristiques développées pa André Fossion lui-même et qu’il était fort judicieux que Sophie reprenne. Ceci dit pour rendre justice à ce magnifique théologien de la catéchèse qu’est Fossion, qui inspire avec raison tant de penseurs et de praticiens à sa suite.

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