La Genèse: exploitation ou développement durable ?

COLLABORATION SPÉCIALE: capsule biblique de Sébastien Doane, auteur de Zombies, licornes, cannibales… Les récits insolites de la Bible

Question : « Dominez la terre, soumettez les animaux. » Est-ce que la Bible invite les humains à polluer et exploiter les ressources de la terre?  (Vincent)

Réponse : Cette question reprend le texte de la création du livre de la Genèse. Est-ce qu’il incite à l’exploitation ou au développement durable? Tout dépend de la traduction et de l’interprétation de deux verbes hébreux : kabash (dominer) et radah (soumettre).

« Dieu les bénit (Adam et Ève) en leur disant : Soyez féconds et prolifiques remplissez la terre et dominez-la ; soumettez les poissons dans la mer, des oiseaux dans le ciel et de tous les animaux qui se meuvent sur la terre. » (Gn 1,28)

Ce texte décrit la mission que le Créateur donne aux premiers humains : avoir des enfants, dominer la terre et être maître des animaux. Est-ce que Dieu justifie l’exploitation de la terre par les humains comme le sous-entend la question de Vincent?

Dominer la terre

Le verbe kabash (dominer) est employé 14 fois dans la Bible. On le retrouve dans un contexte de violence ou de lutte comme lors de la conquête de la terre promise (Jos 18,1). Dans ce contexte, ce mot ne signifie pas la destruction, mais plutôt le fait d’enlever les obstacles pour que le peuple puisse vivre paisiblement sur cette terre. De la même façon, son usage dans le récit de création n’implique pas la destruction, mais demande aux humains de faire de cette création un endroit paisible pour l’humanité. Le verbe kabash (dominer) décrit aussi la responsabilité du roi envers les nations qu’il domine (2 S 8,11). Or la fonction du roi décrite dans la Bible demande une attitude de service et de respect des autres.

Soumettre les animaux

Le verbe radah (soumettre) apparaît 22 fois dans la Bible. Dans notre cas, il fait référence à la relation entre les humains et les animaux, mais les autres fois, il est employé pour décrire les relations entre humains. La plupart du temps, c’est le roi qui est désigné comme maître par ce verbe (1 R 5,4 ou Ps 72,8). Le roi ne devait pas exploiter les autres et abuser de son autorité. Je crois qu’il faudrait trouver un autre mot pour mieux traduire radah que les mots français « soumettre », « commander » ou « être le maître de ». En anglais, certains biblistes vont traduire ce passage par le mot « steward » (intendant, gardien) qui se dit d’une personne responsable d’un service. Ainsi traduit, on met l’accent sur la responsabilité que Dieu donne aux humains de s’occuper de la terre et des animaux, et non sur un pouvoir d’exploiter. Nous sommes donc appelés à devenir des gardiens de la création.

Les premiers chapitres de la Genèse montrent bien comment l’humain a pris au sérieux la mission de Dieu de dominer la terre et les animaux. Rapidement, ils se déplacent, prennent possession de la terre et développent ces ressources. Déjà, les enfants d’Adam et Ève cultivaient le sol (Caïn) et élevaient des animaux (Abel). Ce développement ne se fera pas sans problèmes. Si bien que quelques chapitres plus loin, Dieu doit tout effacer avec le déluge.

Quelle sorte de maître sommes-nous?

Dans notre relation à la terre et aux animaux, est-ce qu’on se comporte comme des dictateurs égocentriques où seul compte le profit? Ou, pouvons-nous devenir des intendants responsables de la création que Dieu nous donne? Chacun doit répondre par ses actes à cette question.

Lorsqu’il crée, Dieu vit que cela était très bon. Pourtant, aujourd’hui, lorsque l’on constate la pollution causée par les humains, plusieurs pourraient dire que l’état du monde est de moins en moins bon.

Le récit de la Genèse affirme que nous sommes à l’image de Dieu. C’est donc à nous de poursuivre son action créatrice pour que le monde soit beau et bon. Notre mission est de s’occuper du développement durable de la terre et non d’en être les exploiteurs. Nous devons devenir les gardiens de la création.

Image: VicPhotos, The wheel of oil sands (2007)

Première parution du texte: Interbible, 2008

Laisser un commentaire