Ce vif de la vie qui jamais ne meurt

Je ne suis jamais moins sentimental que lorsque je suis attablé pour annoter un manuscrit. Certes, j’essaie de me laisser saisir par le souffle de l’auteur – comment bien « soigner » un texte sans lui laisser la chance de nous atteindre ? – mais, tout de même, je me transforme alors en grande partie en un œil scrutateur traquant les moindres incohérences ou obscurités.

Ainsi, je suis le premier surpris quand je me rends compte que j’ai, tout à coup, les yeux humides en travaillant. En fait, ce n’est arrivé qu’une seule fois, et c’est en plein milieu de ce « chantier » qu’était encore ce livre paru cette semaine, au titre superbe mais quelque peu ardu à prononcer : Ce vif de la vie qui jamais ne meurt.

Avant de m’expliquer, un mot sur les auteurs : après avoir survécu à un écrasement d’avion, Johanne de Montigny est devenue psychologue pour consacrer sa vie à aider les personnes endeuillées. Quant à Claude Cyr, il est pédiatre auprès d’enfants en phase terminale… Bref, deux êtres au profil singulier, et qui en cours de correspondance, témoignent de rencontres bouleversantes ayant contribué à illuminer la pratique de leur métier. Un métier vraiment vécu comme une vocation.

Le projet est né quand j’ai rencontré Mme de Montigny autour d’un bon repas le printemps dernier. Je la connaissais, en autres, pour ses témoignages à la suite du crash d’avion auquel elle a survécu, et j’étais certain qu’elle avait encore davantage à dire. Très vite, elle nous a mis sur la piste d’un projet de correspondance. Elle n’avait pas envie d’écrire en mode monologique, elle désirait plutôt échanger avec un autre professionnel de la santé vivant, comme elle, des expériences sur le fil de la mort, ou plutôt sur le fil de la vie. Et j’étais d’accord pour dire que ce projet avait le potentiel de faire un livre extraordinaire.

Je ne fus pas déçu. Les deux auteurs ont embarqué de plain-pied dans cette démarche parfois peu commode qu’est une correspondance. Ils se sont ajustés l’un à l’autre, sont entrés dans le ton juste, puis ont fait ce qu’ils savent tous deux si bien faire : raconter. Mme de Montigny ses rencontres avec des personnes en deuil; le docteur Cyr ses dialogues avec des enfants qui n’en avaient plus pour longtemps. C’est évidemment très intense, très grave, parfois. Mais cette gravité, et toute la souffrance et l’angoisse qui en forment les soubassements ne sont jamais le dernier mot de l’histoire. Les larmes se forment et veulent tomber lourdement, mais à l’ultime seconde, un sourire sauve la mise. D’accord, pas toujours; mais assez souvent pour que l’on puisse affirmer que cette tension entre les larmes et le sourire constitue l’une des forces vives de cet ouvrage.

Bref, un livre qui peut paraître atypique dans le catalogue récent de Novalis – car il n’y est jamais question de religion –, mais qui s’y insère bien, au final, car toute œuvre qui affronte les thèmes de la mort, du deuil, de la maladie, de la souffrance avec intelligence, ouverture de cœur et sensibilité, peut être qualifié de spirituel, au sens large mais authentique du terme.

Image: Lyne Vanier, Flash d’espoir

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