Une histoire des papes

Lors d’une de mes déambulations dans la bibliothèque du Grand Séminaire de Montréal, je me souviens d’avoir été surpris par une certaine section, d’une ampleur considérable : celle archivant les écrits du pape Jean-Paul II. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, elle faisait plusieurs rangées, et s’allongeait encore considérablement si on y ajoutait les livres consacrés à l’analyse de l’œuvre du saint polonais. En tout, des millions et des millions de pages.

Si la seule personne de Jean-Paul II a suscité des pans de mur de livres, on peut imaginer la taille de l’édifice qu’il faudrait pour contenir tous les bouquins rendant compte de l’ensemble des 266 papes de l’Histoire (sans compter les antipapes). Ainsi, raconter l’histoire de la papauté, cette institution bimillénaire ayant tant marqué les sociétés occidentales, est une entreprise colossale.

Le jésuite John O’Malley a tenté de relever le défi en moins de 370 pages bien tassées, dans un livre intitulé Une histoire des papes. De Pierre à François (Lessius [Éditions jésuites], 2016). La version française bénéficie évidemment d’un supplément par rapport à l’édition d’origine, publiée en 2010 chez Sheed & Ward, donc avant l’élection du pape François.

L’auteur ne se conte pas d’histoires : il annonce d’entrée de jeu qu’il va tourner les coins ronds, qu’il a dû faire des choix déchirants, etc. Bref, voilà une introduction à l’histoire de la papauté, essentiellement de quoi donner le goût d’aller plus loin.

Tout de même, richesse du sujet oblige, ce livre réussit à nous faire revivre plusieurs des grands moments de l’histoire de l’Église, et donc de l’histoire de l’Occident. On entre, par exemple, de plain-pied dans les relations complexes et changeantes entre le pape et l’empereur. L’auteur, que l’on sent aisément gagné à l’interprétation catholique de la primauté pétrinienne, n’épargne tout de même pas les papes les plus scabreux, débauchés et indignes, ce qui le préserve des écueils de l’apologétique et de la sacralisation de la fonction pontificale.

À terme, voilà une lecture passionnante et instructive, même pour ceux et celles se targuant de bien connaître leur histoire ecclésiastique. Car – il n’y a pas de honte à l’admettre -, il faudrait une tête grosse comme une bibliothèque pour ne pas confondre, de mémoire, l’un et l’autre des 23 papes Jean, et se souvenir parfaitement de tous les jalons des 2000 dernières années en terre catholique.

Image: paukrus, Charlemagne Pope Adrian (2009)

2 Comments

  1. La papauté appartient à l’homme, intime avec Dieu mais conviviale avec le diable. Tout n’est que soif de pouvoir.

    « L’esprit de cour est aussi puissamment contagieux. Sous-cours et basses-cours se mêlent et s’entremêlent en cercles associés, confidents ou obligés. Les complicités au gré des calculs et des ambitions se nouent, saintes alliances ou troubles allégeances, officielles ou clandestines, du politique au journaliste, du juge au policier, en passant par l’homme d’affaires, par petits clans ou en réseaux. Peu à peu ces complicités dégénèrent de simples manipulations en complots. » Dominique de Villepin.

    Et puis il y a ces exceptions, ces bulles d’air frais, qui font époque par leur rareté. Ne pensons qu’à François.

    Bref.

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