Qui est le disciple que Jésus aimait?

C’est bien connu, la Bible est un recueil d’écrits aux interprétations innombrables. Car, si elle est la Parole de Dieu, elle a été rédigée par des écrivains inspirés, issus d’un milieu et d’une époque bien spécifiques. Les études bibliques, en nous encourageant à retourner constamment au texte même, nous amènent à développer une relation intime avec les Écritures… et suscitent des débats qui peuvent laisser pantois les non-initiés ! C’est un peu dans cet état d’esprit que je me suis plongé dans une étude pointue d’une portion de l’Évangile selon Saint Jean relativement connue, soit Qui est « le disciple que Jésus aimait » ? (Cerf, 2019) de Joseph Lê Minh Thông.

Quel est l’enjeu derrière cette question ? D’abord, il faut savoir que la Tradition — avec un grand « T » — identifie ce personnage comme étant l’apôtre Jean, fils de Zébédée. Encore plus, c’est ce même Jean qui aurait écrit les trois épîtres néotestamentaires ainsi que le livre de l’Apocalypse. C’est donc un personnage prolifique d’un point de vue littéraire, mais aussi détenteur d’une véritable autorité puisqu’on lui attribue la paternité d’un courant complet du christianisme primitif, connu sous le nom d’école johannique.

Au-delà de ces considérations, l’enjeu tourne aussi autour de la figure même du disciple que Jésus aimait. Figure du disciple idéal, il éclipse même les apôtres — y compris Simon-Pierre — par sa fidélité, son discernement et sa proximité avec le Christ. Malgré tous ces atouts, il demeure anonyme aux yeux de l’Écriture et n’apparait, sans surprise, que dans l’Évangile selon Saint Jean.

Malgré la pauvreté des sources, l’auteur s’intéresse à cette question en déployant toute l’érudition d’un bibliste habitué aux différents outils de la critique littéraire. Vietnamien d’origine, Joseph Lê Minh Thông est membre de l’Ordre des frères prêcheurs — plus connus sous le nom de Dominicains — et professeur à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem.

Sa plume, à la fois claire et incisive, nous permet de ne pas nous perdre dans les écueils qui entourent cette question épineuse. De façon très méthodique, il explore toutes les pistes qui permettraient d’authentifier l’identité de ce personnage comme étant bel et bien l’apôtre Jean. Il semble même prendre un malin plaisir à souligner les raccourcis intellectuels et les angles morts de ses prédécesseurs sur cette question !

Quelle est sa conclusion ? En toute cohérence avec l’approche qu’il emploie dans son essai, l’auteur est prudent dans ses affirmations, mais il parvient néanmoins à établir un portrait crédible et signifiant de ce personnage. À vous de le découvrir en lisant Qui est « le disciple que Jésus aimait » ?, qui est un ouvrage remarquable pour s’initier à la critique textuelle de la Bible !

Image : Le Jour ni l’Heure 8187, Renaud Camus (2012)

6 Comments

  1. Pour Raymond Bourgault sj , (1917-1994) bibliste, le disciple bien aimé serait Lazare, hypothèse admise depuis cent ans parmi les spécialistes. Dans sa thèse sur le chapitre 21 de saint Jean, il désignait Pierre comme le disciple bien aimant. Il exposait cela clairement à ses groupes bibliques dans la décennie 70 déjà.

  2. jésus était plus là pour se faire aimer ou aider l’autre à s’aimer.

  3. on peut penser que jésus aimait bien les marginaux, les extravertis et les fils d’agriculteurs.

  4. les deux plus proches et les deux plus fidèles sont les deux meilleurs amis de jésus.

  5. Difficile de concilier l’amour inconditionnel que professait le Christ et ce besoin très humain de désigner le meilleur, le préféré. Sur le chemin de Damas, Paul fut-il le bien-aimé de Dieu? Élu ou acteur choisi? Dans le reniement ou la trahison, Pierre et Judas restent inscris en égalité au cœur de notre nature profonde. Lequel est l’élu ou l’acteur choisi? Le Père aimait-il Judas ou l’avait-il condamné de toute éternité? Au fond, nous ne cessons de poser à nous mêmes et aux apôtres cette question qui avait tant fâché le Christ: Qui est le plus grand?

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