Prières pour les moments difficiles

Il existe un nombre effarant de livres de prières. La majorité d’entre eux regroupe les oraisons qui ont traversé les siècles en touchant les cœurs des croyants de manière ininterrompue. En raison du nombre, de la puissance et de l’autorité de ces « classiques », peu d’ouvrages s’aventurent à en proposer de nouvelles.

Pourtant, les croyants qui, à l’acmé de leur ferveur, prennent la plume et rédigent le fruit de leur inspiration ne manquent guère. En témoignent les manuscrits de recueils de prières qui se retrouvent assez fréquemment sur mon bureau d’éditeur.

Mais ils sont rarement publiés. Outre que le marché pour un tel type d’ouvrage est limité, les prières toutes fraîches qui me sont soumises souffrent presque systématiquement d’un manque (parfois très léger) d’équilibre : trop personnelles dans le ton, trop peu fluides d’un point de vue littéraire, d’une justesse théologique discutable, trop mièvres, etc. C’est tout un art que de composer des prières !

C’est pourtant un défi qu’a relevé avec brio Isabelle Chevignard sous la forme d’un beau petit livre intitulé Prières pour les moments difficiles (Novalis, 2020). L’ouvrage, délicatement illustré et à la couverture rigide, regroupe des prières originales répondant à des situations très diversifiées : entourer l’autre dans la maladie, lorsqu’un proche est à l’hôpital, pour un proche qui ne s’aime pas, lorsqu’on est en proie à la jalousie, etc.

La première réaction d’une collègue à qui je présentais le projet fut de s’exclamer : « Mon Dieu, mais qui peut bien se retrouver dans autant de pétrins à la fois ?! Votre lectorat-cible, ce sont les plus malchanceux des désespérés de la Terre ? »

La question était légitime, et de fait, je ne crois pas que la vie de quiconque puisse être affectée, en même temps, par toutes les circonstances malheureuses couvertes par le livre. Cependant, il est rare qu’une personne n’ait jamais été placée devant celles-ci au cours de son existence.

Bref, pas besoin de connaître, le jour même où l’on ouvre le livre de Chevignard, un couple qui se sépare, par exemple, pour en profiter. Car on en a tous connu, et nous en connaîtrons encore. C’est ainsi une occasion de revisiter nos attitudes passées et de nous disposer à mieux affronter l’avenir. Du moins, quand l’occasion se présentera, on saura où trouver un réconfort qui nous aide à trouver une posture juste !

Ainsi, voilà un livre qui ne se dévore pas comme un roman-feuilleton, mais qui peut nous accompagner de longues années, car il couvre une vaste palette de situations humaines courantes, et sa pertinence s’en trouve donc indémodable.

Image: pray, Fio (2014)

3 Comments

  1. Toute ma vie, j’ai gardé un petit livre de Lucien Jerphagnon intitulé « Prières pour les jours intenables » (1957). Il m’a aidé à une foi et une spiritualité incarnées et, surtout, solidaire. Car si, comme le souligne Jonathan Guilbault dans sa présentation, nous ne vivons ni vivrons pas toutes les situations à partir et à propos desquelles les prières ont été rédigées et sont priées, nous pouvons (et devons?) tous et toutes apprendre à prier en communion avec les personnes et les groupes qui vivent ces situations. C’est ce qu’on apprend en fréquentant les psaumes. Alors longue vie à ce nouvel ouvrage et bravo à Novalis de prendre le risque éditorial de le publier.

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  3. l’église catholique devrait inclure un lecteur de prières lors de la célébration de la messe.

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