Prières pendant la maladie, d’Yves Guillemette

Parfois, on aimerait un peu moins de cohérence entre le fond et la forme. On préférerait que la vie soit un peu moins « concept ».

Au début du mois de février, Yves Guillemette, curé de Saint-Léon-de-Westmount et directeur du Centre biblique de l’archidiocèse de Montréal, devait présenter son ouvrage paru cet automne, Prières pendant la maladie (Novalis, 2014), à un parterre constitué en partie d’invités du Service d’accompagnement spirituel des personnes malades ou âgées à domicile (SASMAD), digne organisme ayant célébré ses 20 ans en 2014.

Le lancement n’a finalement pas eu lieu, l’auteur ayant subi un grave incident de santé. Comme s’il avait écrit son livre pour lui-même…

Et ce livre, de quoi est-il fait ? Essentiellement, c’est un catalogue de psaumes parmi les plus poignants. Chacun bénéficie d’une brève introduction et d’une ouverture néo-testamentaire. Bref, il ne faut pas y chercher de savantes analyses. C’est un livre dépouillé, s’adressant à des personnes qui se sentent, en un sens, tout aussi dépouillées.  Spoliées des agréables fioritures de la vie, en tout cas. Car quand on est gravement malade, l’existence cesse d’apparaître comme une œuvre rococo. Un corps, une âme, un tête-à-tête avec soi, peut-être avec Dieu aussi. Parfois une présence réconfortante (ou de la soupe Lipton). Et c’est tout.

Généralement, je n’apprécie guère qu’un livre fasse ainsi son grand malade, qu’il se présente sous un jour effeuillé. Mais force est de constater qu’avec les psaumes, l’essentiel est déjà là. L’angoisse, la confiance, l’impatience, la révolte, l’espérance s’y manifestent avec une franchise et une violence presque gênantes. Pourquoi en rajouter?

« Accablé, prostré, à bout de forces,

Tout le jour j’avance dans le noir.

La fièvre m’envahit jusqu’aux moelles,

Plus rien n’est sain dans ma chair.

Brisé, écrasé, à bout de forces,

Mon cœur gronde et rugit.

Seigneur, tout mon désir est devant toi

Et rien de ma plainte ne t’échappe. » (Ps 37 (38), 7-10)

Il y a des livres qui tirent leur pertinence de ce qu’ils inventent comme merveilles de pensée ou de langage. Il y en a d’autres qui le font en se contentant de servir de cadre joliment retapé à d’antiques peintures vives – ici plutôt des peintures tendues sur des peaux à vif –  que des personnes expérimentant le ressac de l’existence gagnent à contempler d’un œil nouveau. Parce qu’elles y découvrent des frères et sœurs, des complices, des âmes chantant et souffrant à l’unisson.

Merci de nous avoir doté d’un pareil cadre, Yves, et que la force te revienne, pour que tu puisses nous en bricoler de nouveaux.

1 Comment

Laisser un commentaire