Les égarements d’Augustin

Saw this while walking around. It looks so wrong.

Les Confessions est sans doute l’ouvrage spirituel chrétien le plus connu aujourd’hui – après la Bible, évidemment. À une époque où chacun publie ses états d’âme sur les réseaux sociaux, pas étonnant que la première « autobiographie », si l’on prend le terme assez largement, continue d’attirer de nouveaux lecteurs.

Il y a une dizaine d’années, Frédéric Boyer en a proposé une traduction moderne et originale, sous le titre Les Aveux. C’était un peu l’équivalent augustinien de la traduction « Bayard » de la Bible, parue au début des années 2000 : idéale pour quiconque cherche à être happé par un souffle littéraire qui n’est pas interrompu par l’effort d’ingérer des tournures et des mots vieillis.

Pour la réédition de ce célèbre ouvrage dans la collection Comètes, une approche contraire fut privilégiée : la traduction de 1669, de la main de Robert Arnaud d’Andilly, fut choisie, car elle a l’avantage d’avoir fait autorité pendant des siècles et de revêtir le texte de l’évêque d’Hippone d’une étrangeté qui marque la distance entre l’écrivain antique et nos oreilles modernes.

Autre différence, majeure celle-là : seuls les livres deux et trois ont été regroupés, sous le titre Égarements (Novalis, 2019). Pourquoi ? Parce que ces deux livres font une unité de sens cohérente : Augustin y énumère ses errances de jeunesse, et y dessine le cadre théologique dans lequel il évalue ces dernières.

Il faut bien l’admettre : parmi les lecteurs assidus des Confessions, nous sommes plusieurs à retourner surtout à ces deux livres – ainsi qu’au livre dix, mais son propos est bien différent. Ce sont les plus croustillants, les plus jeunes, car ils parlent de désir, d’amour et de remord.

Ainsi, Égarements devient une nouvelle portée d’entrée, la plus invitante, la moins intimidante qui soit, pour aborder l’œuvre d’Augustin. Ou pour s’éveiller à l’intériorité : car suivre Augustin dans le récit et l’analyse de ses frasques, c’est apprendre à se regarder soi-même.

Image: Err…?, SteFou (2011)

Category: Livres
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2 Comments

  1. l’église devrait offrir une période de confessions catholiques pour attirer de nouveaux catholiques en quête d’introspection.

  2. il devrait y avoir un lien ou trouver un lien entre âme, esprit, confession, égarements, sainteté, connaissance, conscience.

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