Les cathos n’ont pas dit leur dernier mot

Les cathos n’ont pas dit leur dernier mot. Ce titre donne à penser que l’ouvrage qu’il coiffe est un manifeste de catholiques décomplexés qui veulent réaffirmer la pertinence de leur foi dans un contexte culturel qui, lui, l’ignore superbement. Or il n’en est rien : le récent essai de la journaliste Isabelle de Gaulmyn ressemble plutôt à un carnet de voyage dans les périphéries vivantes du catholicisme français d’aujourd’hui.

Le titre n’est donc pas programmatique, comme une thèse à démontrer ou une pseudo-vérité à enfoncer dans la gorge des mécréants. C’est plutôt la conclusion joyeuse (mais fragile) d’un parcours jalonné de rencontres avec des femmes et des hommes de foi qui se révèlent autant de raisons d’espérer contre toute espérance.

C’est d’autant moins un manifeste que l’ouvrage prend appui sur la stupéfaction de l’auteure après avoir visionné le documentaire d’Arte à propos des abus de prêtres sur des religieuses. Isabelle de Gaulmyn n’en était pourtant pas à ses premières révélations au sujet des abus dans l’Église : son livre Histoire d’un silence, paru en 2016, en témoigne éloquemment. Mais le documentaire rend compte d’un tel niveau de perversité érigée en système que l’auteure n’a dès lors plus qu’un mot pour qualifier la situation de l’Église : effondrement.

Dans ce contexte, pourquoi vouloir rester catholique ? Et même : comment continuer à croire ? Ces questions, qui seront tournées en dérision ou réfutées par les « purs », qui y n’y verront que le produit d’une foi faible; ces questions brûlantes, quiconque prend la pleine mesure de la souffrance causée par l’Église reconnaîtra qu’elles n’ont rien de scandaleux et qu’elles s’imposent au contraire comme une pâque pour l’esprit des catholiques d’aujourd’hui.

L’auteure part donc à la recherche de croyants qui vont l’aider à répondre à ces questions. Elle ne cherche pas de superhéros de la foi, mais des fidèles ordinaires, appartenant pour la plupart à ce qu’elle nomme la « France catholique d’en bas ».

Nous rencontrons donc,  à ses côtés, Frère Hugues, qui explique en quel sens sa foi le libère, et qui considère sa vocation monastique comme un travail en faveur de l’unité.

Puis nous croisons Anne Lécu, une dominicaine œuvrant comme médecin de prison, et qui « reste dans l’Église pour ceux qui n’y vont pas. » S’efforçant, avec la grâce de Dieu, de se tenir bien droite au milieu de la souffrance humaine, elle m’a donné l’impression d’un exemple vivant d’une spiritualité de la substitution qui n’a rien d’éthérée, qui débouche sur une action vigoureuse et lucide.

Ensuite, c’est au tour du diacre Gilles Rebêche, qui travaille auprès des plus poqués, et qui n’a pas peur d’avancer, quand l’auteure l’interroge sur le désespoir qui doit le gagner au contact de la misère et de la mort : « Il est plus facile de désespérer de l’Église ! Eux [les poqués], ils tiennent bon, alors qu’ils encaissent tellement ! »

Bien d’autres suivent ces trois-là, tous vivant plus ou moins leur foi comme « un désir de vie unifiée ». À terme, lorsque l’on referme les pages de cet ouvrage mêlant rencontres et réflexion personnelle, on a un panorama assez réjouissant du catholicisme français, qui exprime sa pleine puissance lorsqu’il crée des « lieux d’hospitalité inconditionnelle » (Danielle Hervieu-Léger).

Image: Discussing, Silva Ferretti (2011)

1 Comment

  1. C’est le type d’ouvrage qui m’interroge toujours : les gens qui tiennent et qui se tiennent. Mais je sais qu’il y a aussi un tout autre type ce Cathos et de Chrétiens qui tiennent et qui se tiennent aussi. Je me demande pourquoi ces derniers ne m’interpellent pas autant. Ils sont pourtant dangereux.

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