Laudate si’: tout est lié !

COLLABORATION SPÉCIALE: Jacques Lison, conseiller éditorial de Prions en Église

La dernière encyclique pontificale a suscité beaucoup de réactions et de commentaires. Voici le résumé que j’en fais, bien incomplet évidemment, mais que j’espère fidèle.

L’idée fondamentale de Laudato Si’ est que tout est lié, interdépendant. Cette idée est basée sur l’observation des problèmes écologiques qui agitent notre maison commune. Elle vient aussi de la tradition judéo-chrétienne, bien comprise, et en particulier de la conception biblique de la création comme situation relationnelle de l’être humain avec Dieu, avec les créatures, avec ses semblables. Elle trouve une inspiration forte en saint François d’Assise dont le témoignage invite l’humanité à aimer devant Dieu la terre, toutes les créatures et en particulier le pauvre.

Cette idée fondamentale critique radicalement l’anthropocentrisme dévié et dominant aujourd’hui, qui situe l’être humain comme propriétaire et dominateur sans vergogne de la nature, voire de ses semblables. Elle critique tout autant ce qu’elle appelle le «biocentrisme», le courant d’écologie profonde qui prétend convertir l’humanité au culte de la terre, en relativisant la grandeur humaine. Entre ces deux extrêmes, elle opte pour l’«écologie intégrale». Celle-ci considère que «la crise écologique est l’éclosion ou une manifestation extérieure de la crise éthique, culturelle et spirituelle de la modernité» (no 119) Tout est lié!

Cette longue réflexion que le pape François qualifie lui-même d’«à la fois joyeuse et dramatique» (no 246) veut résolument conduire à une conversion qui unisse toute l’humanité (voir no 14). Une conversion qui ose affronter l’opposition des puissants et qui parvienne à secouer le manque d’intérêt (indifférence) des autres, dont bien des croyants. Il s’agit en particulier de renverser le «paradigme technocratique» qu’a inculqué l’anthropocentrisme à l’échelle planétaire, «l’idée d’une croissance infinie ou illimitée, qui a enthousiasmé beaucoup d’économistes, de financiers et de technologues [et qui présuppose] le mensonge de la disponibilité infinie des biens de la planète» (no 106). Il ne s’agit pas de mépriser la technique ni de retourner à l’âge des cavernes, mais seulement de rompre avec la mentalité de consommation pour retrouver notre situation relationnelle, de respecter le rythme lent de la nature, de changer radicalement notre style de vie. Il faut développer un consensus mondial et retrouver la grandeur du politique qui «se révèle quand, dans les moments difficiles, on œuvre pour les grands principes et en pensant au bien commun à long terme» (no 178), en l’occurrence à la génération de nos enfants.

Jacques Lison

Photo: Karen McQuilkin, Celtic Knot (2014)

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