La nuit de feu

Un roman a marqué la rentrée littéraire francophone cet automne : La nuit de feu, d’Éric-Emmanuel Schmitt viagra online france. Surtout au Québec, où l’écrivain français semble faire d’excellentes ventes. Au Salon du Livre de Montréal, fin novembre, même Ricardo n’a pas créé d’attroupement comparable à celui qui investissait le kiosque d’Albin Michel lorsque EES était présent.

Alors, il vaut le coup, ce roman ? Eh bien, ça dépend largement du rapport que chacun entretient avec l’œuvre de l’auteur du Visiteur, de La part de l’autre et de L’Évangile selon Pilate. Les plus exigeants du point de vue de l’écriture et de la construction romanesque vont encore et toujours grimacer : le travail sur la langue est aussi convenu qu’à l’habitude, et on voit venir le romancier à des lieux et des lieux à l’avance. EES a toujours eu de bonnes idées de récits; c’est l’exécution qui est un peu trop rapide, et qui donne un fini lustré pouvant tomber sur le coeur.

Tout de même, l’homme sait conter une histoire. On se glisse tout naturellement dans sa peau, jeune agrégé de philosophie de 28 ans fraîchement débarqué à Tamanrasset, sur les pas de Charles de Foucauld, en vue d’un documentaire sur le bienheureux dont on célébrera le centième anniversaire du « martyre » (c’est un point hautement disputé) en 2016. Il entreprend la traversée du Sahara, et fait une expérience spirituelle qui le révèle à lui-même en même temps qu’il y rencontre Dieu.

Je ne brûle aucun punch en écrivant cela. Il est clair dès le début que La nuit de feu est un récit de conversion. D’ailleurs, c’est ce que l’on peut reprocher à ce livre : il ne ménage guère de suspense, et les zones d’ombre, nécessaires pour créer des contrastes, sont un peu pâlottes;  au-dessus de chaque péripétie plane le grand sourire protecteur de notre ogre sympathique. Mais on peut opposer à cette réserve que tout bon roman n’est pas nécessaire constitué d’une intrigue prenante, et que par ailleurs, la profondeur de vue et l’aisance narrative d’EES compensent largement le manque de relief de son écriture.

En terminant, un extrait :

Quoique maniaque de l’hygiène, sans avoir touché aux robinets, j’enfilai une autre chemise, laquelle, exhalant un parfum de lavande, me prodigua l’illusion de la propreté; puis je m’écroulai sur le lit – un mince matelas en mousse jeté à même le sommier en ciment -, sans prêter attention aux parois barbouillées  de moustiques écrasés.

Je sombrai, impatient non pas de quitter ce monde, mais de le retrouver au plus vite.

À l’évidence, je n’avais pas débarqué dans un pays inconnu, j’avais atterri dans une promesse.

Image: Raymond Shobe, Fire in the San Jacinto Mountains near Idyllwild, (2008)

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