La Bible liturgique commentée

En 2013 nous arrivait une nouvelle traduction liturgique de la Bible. Il a fallu quelques années avant que les changements qui s’y trouvaient soient vraiment intégrés dans la pratique liturgique des communautés chrétiennes. On n’a qu’à penser au Notre Père, dont la version révisée n’a été adoptée que fin 2018 dans les célébrations eucharistiques et sacramentelles – du moins au Canada.

La publication, chez Mame, de la nouvelle traduction était en soi un événement : plus de 21 000 versets de l’Ancien Testament n’avaient pas encore été traduits selon les critères propres à une version liturgique (en gros : fidélité au texte original et à l’interprétation de la Tradition, puis qualités inhérentes à un texte destiné à être proclamé et chanté). Même si ces versets n’étaient jamais utilisés dans un cadre sacramentel, ils pouvaient l’être dans la Liturgie des heures et plus généralement la catéchèse.

Et voilà que Salvator vient de publier une édition commentée de cette traduction. À première vue, cela semble quelque peu paradoxal : une version liturgique n’a-t-elle pas justement pour but d’être comprise aisément, sans recourir à des commentaires et notes de bas de page ?

Certes, mais puisque la traduction d’un ouvrage aussi complexe que la Bible exige bien des choix difficiles, il n’est pas de trop d’avoir accès à l’esprit dans lequel le travail fut effectué. Et c’est ce que cette édition permet, expliquant entre autres pourquoi il a fallu renoncer à une traduction littérale au profit d’une formulation moins exacte mais finalement plus fidèle.

Par ailleurs, on y retrouve les habituelles notes d’éclaircissement des passages qui laissent à désirer en termes de clarté ou d’interprétation.

Évidemment, ces notes ne sont pas neutres. En les parcourant rapidement, j’ai été frappé par leur souci d’orienter le lecteur vers les interprétations les plus « autorisées » – ce qui ne devrait pas surprendre venant d’une Bible se voulant rigoureusement catholique au sens confessionnel du mot.

J’ai tout de même été un peu agacé par les libertés prises ici et là par les commentateurs, qui adoptent parfois un ton d’homéliste pour avancer leur hypothèse exégétique. Par exemple, dans une note sur la généalogie de Jésus que l’on retrouve au début de l’Évangile selon saint Matthieu :

Si quatre femmes sont ici mentionnées, c’est peut-être parce que toutes quatre ont vu leur enfant bénéficier, comme ce sera le cas de Jésus, de la droiture et de la bonté du père réel ou supposé. Ces enfants ont été reconnus loyalement comme leurs par Juda, Salmone, Booz et David.

L’interprétation est… « intéressante » – restons polis. Mais l’évoquer elle seule est passablement réducteur. Par ailleurs, je trouve étrange l’emploi de notes rédigées sur le mode du « peut-être » et du « sans doute » : ça ne fait pas très sérieux. Il y a d’autres façons de manifester que l’interprétation reste ouverte.

Néanmoins, tous ne partageront pas ma réserve, bien heureux d’y retrouver des notes aux accents pastoraux, rédigées dans un langage simple, et d’une fidélité scrupuleuse au Magistère de l’Église.

Image: Abstract, Matthias Ripp (2016)

5 Comments

  1. Bonjour Jonathan, tu nous laisses avec bien des questions….je ne doute pas que cette Bible aide le lecteur à lire, comprendre mieux les écritures.
    Ton questionnement est interessant, je ne crois pas qu’à mon âge, une autre bible doive s’ajouter sur ma tablette, je n’ai pas réussi à donner toutes celles que j’avais lors de mon déménagement….amour de la Parole? enfin, elles trouveront preneur ailleurs plus tard…mais tout change si vite…alors….vive les nouvelles parutions, même imparfaites….mais plus compréhensibles aux gens d’aujourd’hui. Merci et bonne fin de semaine 🙏🤗🎶🕊👋

    • Merci Claudette. En fait, je crois que c’est une édition utile, ne serait-ce que pour mettre entre les mains des gens cette traduction importante d’un point de vue liturgique et catéchétique. Bien des gens aiment avoir une version commentée, et c’est maintenant chose faite pour cette traduction, alors c’est une bonne chose. En ce qui concerne la nature et la qualité des commentaires, ça dépend du point de vue de chacun !

  2. Il devrait y avoir une seconde messe basée sur la lecture de la bible liturgique commentée qui viendrait donner une autre lecture que la parole du prêtre.

  3. Plutôt que de commenter ce qui a déjà été commenté, il faudrait poursuivre le travail de la bible ou poursuivre son évolution temporel.

  4. Témoignages de foi et d’espérance, charité en actes voilà la Bible dans son évolution temporelle. Citoyenne comme vous Citoyen, je pense que la Tradition ne doit pas se contenter d’être répétition mais continuité bien incarnée pour le temps présent. Toutes ces biographies qui se multiplient à l’heure actuelle peuvent témoigner des valeurs auxquelles nous adhérons et des liens que nous pouvons entretenir au quotidien avec le Christ Vivant.

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