La Bible en roman graphique

En regard de leur capacité à relayer le souffle poétique qui traverse la Bible, toutes les traductions ne sont pas égales. Dépendamment de l’approche privilégiée, scientifique, littéraire, hébraïsante, etc., chacune réussit bien, ou moins bien, à sauvegarder l’une des caractéristiques les plus fondamentales de ce « livre des livres » : son pouvoir d’interpellation. De fait, personne ne sort indemne de la lecture de la Bible. Scandalisé, étonné, bouleversé, fâché, transformé, oui; mais pas indemne, ou indifférent.

Et c’est particulièrement le cas quand une traduction prend le parti de préserver, par-delà d’autres critères, le « frisson » qui parcourt l’écriture pluriséculaire de la Bible.

Dans le cas du tout nouvel ouvrage Bible – Les récits fondateurs (Bayard, 2016), on ne parle plus d’une traduction au sens strict, mais d’une adaptation en roman graphique, si l’on peut dire. Trente-cinq récits tirés de l’Ancien Testament, de la Genèse au Livre de Daniel, sont illustrés par Serge Bloch et narrés par l’essayiste, romancier et éditeur Frédéric Boyer.

Les dessins : un trait vif, qui puise à bien des références, à bien des influences, d’hier et d’aujourd’hui. Et malgré ce mélange un peu curieux, une mystérieuse sobriété découle de ce style unique, car les dessins réverbèrent parfaitement le chant du texte.

Et parlons-en, de ce texte. Sous chaque dessin, le plus souvent une seule phrase, limpide, à la fois dense et simple comme une évidence. Boyer revisite les récits bibliques avec un esprit de synthèse vertigineux.

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Bien sûr, on entendra ici et là, à propos de cet admirable ouvrage : « Mais ce n’est pas vraiment la Bible ! » Oui, il manque des récits; oui, les choix opérés par Bloch et Boyer, qui suivent un fil rouge d’une indéniable solidité, laissent dans l’ombre des éléments d’histoire et d’écriture indispensables pour l’interprétation des textes. Évidemment !

Mais ce livre de plus de 500 pages, qui utilisent presque 100 fois moins de mots que l’Ancien Testament, remplit à merveille son mandat de faire découvrir et redécouvrir à peu de frais (c’est-à-dire : avec un vif plaisir) à quel point la Bible est d’une brûlante actualité.  Pour soi, mais aussi pour chaque communauté humaine, car à travers le destin d’Israël, tant la crise des migrants que celle engendrée par les changements climatiques, et plusieurs autres, baignent soudainement dans une lumière nouvelle et révélatrice.

Bref, un ouvrage qui souligne l’universalité de la Bible, et son pouvoir de relancer indéfiniment les lectures qui en sont faites. Le dernier mot revient à Robert Migliorini qui, dans les pages de La Croix (29 septembre 2016), a fait une recension fort inspirée du livre de Bloch et Boyer :

« [Au lecteur] de puiser à cette source de mots et d’images qui se présente comme étant au seuil du spirituel, ce territoire qui appartient à chacun. »

PS : Le livre n’est pas tout ! En lien avec ce dernier, une série de capsules fut produite. Nul autre qu’André Dussollier assure la narration. Plus de détails sur le site officiel.

Images provenant du travail de Serge Bloch dans Bible – Les récits fondateurs

3 Comments

  1. L’effort est louable, le résultat de qualité mais, malheureusement, disponible qu’aux mieux nantis. Prix: $50.00

    Je sais, je fais pisse-vinaigre mais dans une société mercantile qui s’appauvrit de toutes les manières, l’accès à ce genre d’ouvrage devient primordiale.

  2. De fait, c’est dommage, mais inévitable étant donné les investissements faits. Un ouvrage à acheter pour la famille, ou à louer à la bibliothèque.

  3. Hum…La bibliothèque est une solution qui laisse songeur lorsque l’on sait que la crasse qui recouvre les rampes du métro se compose à 80% d’urine (selon les études). Mais bon, des études similaires laissent entendre que l’on peut aussi attraper des punaises de lits dans les salles de concerts. Mais il n’y a pas de choix sans risques. Si un jour vous lisez « Les miasmes et la jonquilles », vous verrez combien on a fait peu de progrès, toute proportion gardée, en matière d’hygiène publique. J’exagère un peu, il est vrai, mais combien les lieux de savoirs sont à la fois vecteurs de connaissances et de contagions. Il y a les vaccins, me direz-vous. Certes, mais rien ne prévient le dégoût de ce qui recouvre toutes ces pages tournées et retournées par des milliers de mains baladeuses. Disons que je laisse les bibliothèques aux aventuriers.

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