Jésus: l’histoire d’une parole

Dans la foulée de la publication de l’ouvrage Bible : les récits fondateurs chez Bayard en 2016, l’écrivain et éditeur Frédéric Boyer, ainsi que l’illustrateur Serge Bloch, ont fait paraître en début octobre Jésus. L’histoire d’une parole (Novalis, 2020). Alors que le premier relatait, sous forme de roman graphique, 35 épisodes tirés de l’Ancien Testament, le second adopte la même approche, mais pour le Nouveau Testament.

Mentionnons d’emblée que ce livre n’a certainement pas la prétention de se substituer aux textes bibliques. Il exprime plutôt, avec poésie et parfois même avec humour, les fruits d’une certaine réception de ces écrits.

Présenté ainsi, le projet peut paraître affreusement subjectiviste. Comme éditeur, je reçois chaque mois des manuscrits de gens qui se flattent d’avoir cerné le vrai Jésus, ce qu’il a voulu vraiment dire, son enseignement authentique, etc. Le résultat est presque toujours affligeant.

En ce qui concerne Jésus. L’histoire d’une parole, il s’agit plutôt d’une œuvre d’art biblique, d’une homélie génialement suggestive et contemporaine. Et comme dans tout discours bien ficelé, l’ouvrage possède un fil rouge, un centre de gravité.

Dans le volume précédent, ce qui tenait ensemble les morceaux choisis de l’Ancien Testament pouvait se résumer ainsi : l’histoire du salut est un apprentissage de la liberté.

Le second livre gravite évidemment autour de Jésus. Mais il serait plus explicite de dire que c’est le récit de l’émergence inattendue d’une figure radicale de tendresse et de liberté, qui répond à une attente qui a déjà alors toute une histoire. Et de cette figure, de ce Jésus, s’en déploieront bien d’autres, des histoires : des myriades d’existences qui y ont puisé comme à une source.

Pour donner une idée de l’esprit du livre, de son désir de faire résonner les Écritures dans l’âme des gens d’aujourd’hui, voici un extrait de l’introduction :

L’existence, parfois, est comme une vieille maison

où rien n’y personne ne vient plus crier victoire.

On attend un message mais on ne voit pas

le messager qui court vers nous.

Ou alors il ne ressemble pas

à la bonne nouvelle qu’on espère.

C’est l’inattendu.

Ce que nous attendions sans l’attendre.

Je soupçonne que la lecture (ou la contemplation !) d’un tel ouvrage doit susciter des réactions différentes selon notre connaissance préalable des Écritures. Pour l’initié, il est fascinant de découvrir comment sont exprimées des scènes familières, comment sont refondus des motifs bien connus. Par exemple, il faut avoir quelque peu fréquenté la Bible, et donc connaître l’expression « souche de Jessé », pour pleinement goûter pourquoi les auteurs choisissent de décrire le messie attendu par Israël comme « la jeune pousse d’un arbre ».

Le néophyte est-il largué pour autant ? Non, car nul besoin de saisir toutes ces allusions à la lettre même de la Bible pour comprendre le sens des mots et des images. C’est parfois elliptique, comme toute poésie, mais un lecteur raisonnablement ferré ne devrait pas s’y perdre.

12 Comments

  1. les prophètes avaient déjà montré la voie de la parole, mais jésus a réussi à mettre en application à des fins humaines les miracles à accomplir dans la vie des pauvres et des opprimés et non pas juste parler pour parler ou conserver le pouvoir pour opprimer le monde.

  2. le verbe se fait chair, le verbe se fait action, mais plus difficile est le verbe se fait couleur, le verbe se fait chaîne et plus difficile encore le verbe se fait roue, le verbe se fait être et le verbe se fait autre.

  3. Sans nécessairement en faire la promotion, il devrait y avoir l’histoire de la parole du diable pour comprendre son fonctionnement, les coups à venir et l’autodéfense pour y faire face.

  4. outre le langage théorique des prophètes basé sur les temps anciens, il devrait y avoir un un autre jésus plus pratique ou plus présent dans la vie des gens ou plus de zéro à 100 ans.

  5. Personne n’a la force d’un jésus, mais peut être qu’un groupe de 12 ou 24 jésus serait capable de faire une différence dans la tourmente.

  6. sans focaliser sur les miracles, les artifices et les duels sanglants, la société aurait besoin d’un jésus qui est là pour montrer le chemin ou d’un pape qui est capable de changer les habitudes.

  7. l’église catholique focalise un peu trop sur jésus ce qui a pour effet de concentrer la parole sur jésus plutôt que l’histoire de la parole de dieu ou l’histoire de la parole pour un peuple.

  8. une fois que tout a été dit sur jésus des miliers de fois, le pape, le vatican ou un groupe de saints devraient prendre le relais pour poursuivre la lumière de dieu.

  9. Depuis Jésus, on dirait que la religion a très peu apporté à l’humanité, car une fois la croyance en dieu confirmée, les commandements suivis, il manque le reste de l’humanité ou le reste de dieu.

  10. Entre Dieu, Jésus et l’Église Catholique, il n’y a pas beaucoup de place pour faire une différence et il n’y a pas beaucoup d’options pour faire une différence.

  11. Dans les deux cas, les deux choisissent ce qui correspond à leur choix et dans les deux cas la bible s’arrête aux mots qu’il y a dans la bible.

  12. Entre la bible de dieu et du diable dans laquelle personne ne se reconnaît, une bible entre les deux serait un meilleur allié pour le commun des mortels comme boussole de la vie.

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