La guerre et la violence dans la Bible

Du 26 au 28 août prochains, le Montmartre de Québec accueillera le Festival de la Bible. Divers ateliers et conférences tourneront autour du thème de cette année : la violence et la Bible. Puisqu’on ne peut certes pas ignorer, à notre époque où le phénomène est bien connu, que des guerres et des actes terroristes sont perpétrés au nom d’un dieu ou d’un autre, les discussions s’annoncent intéressantes, et utiles pour comprendre notre monde.

En attendant le Festival, on peut se préparer en parcourant l’ouvrage La guerre et la violence dans la Bible, d’Anton van der Lingen (Cerf, 2016). Bien que mal écrit (certaines pages contiennent plusieurs erreurs de français assez navrantes), ce livre jette un éclairage très instructif sur les notions suivantes : la paix, la violence, la guerre, l’autre, l’étranger.

On constate d’abord à quel point ces notions sont complexes : non seulement ont-elles une extension sémantique assez importante, mais en plus, comme toute notion, elles ont passablement évolué au cours de l’histoire.

Cependant, c’est sans doute la thèse centrale de l’auteur qui mérite l’attention de notre intelligence, et de notre mémoire : bien qu’extrêmement diversifiés, la quasi-totalité des récits de guerre et de violence dans lesquels Dieu joue un rôle doivent être interprétés dans le cadre d’une théologie de la liberté. C’est-à-dire dans l’optique où l’intention de base des écrivains bibliques ayant fait l’ultime travail de réécriture des textes « historiques »  était d’inciter leurs coreligionnaires à faire confiance en Dieu. « Nous sommes en exil à Babylone, mais c’est parce que nous avions tourné le dos à Dieu, comme nos pères. Nous sommes en exil à Babylone, mais Dieu peut nous libérer de cet esclavage, comme il l’a fait maintes fois pour nos ancêtres. »

Autrement dit, quand l’auteur biblique fait intervenir Dieu dans l’histoire d’Israël, ce n’est jamais « contre » un peuple, mais pour montrer, d’une manière qui ne s’embarrasse pas du  « détail » du destin des « autres », que Dieu veille sur son peuple. Si, pour nous contemporains, certains extraits nous choquent, car ils dépeignent un Dieu injuste envers tous les peuples en-dehors du sien, c’est, d’une part, que notre sensibilité universaliste est mieux développée que celle des Juifs d’il y a 2500 ans et, d’autre part, que nous tombons dans le piège d’une lecture trop littérale de ces textes.

Bref, on est très loin d’une lecture fondamentaliste des Écritures saintes avec le livre de van der Lingen. L’auteur considère bien des passages comme des vestiges de prédications bien concrètes, avec les conséquences que cela entraîne pour l’interprétation.  Et même s’il conjure une artillerie exégétique se voulant extrêmement légère, il est malaisé de ne pas lui donner raison.

Image: Waiting for the Word, 4 Horsemen (2011)

5 Comments

  1. D’entrée de jeux, précisons que les guerres faites au nom de Dieu n’appartiennent pas à ce siècle mais à l’Histoire dans son ensemble. De Babylone à Rome en passant par La Mecque, les religions comme forme organisée de la foi ont conduit à des violences qui interpellent et questionnent. L’imaginaire des tortionnaires, la multiplicité des mises à mort ont trouvé moult justifications dans l’argumentaire des théologiens sans trouver de véritables racines dans les textes. Encore de nos jours, bien que dans une proportion moindre, il se trouve des croyants pour se permettre des violences verbales, psychologiques et même économiques pour contraindre l’expression singulière de la foi chez certains.

    Les guerres à connotations religieuses posent la question de l’altérité, celle de notre tolérance à l’autre, de notre plasticité à ses différences. Or, les dogmes obligent au silence, la rectitude nuit à la souplesse nécessaire à la rencontre de l’autre, les certitudes étouffent l’esprit critique. Ces guerres trouvent leurs origines en l’homme et non dans le divin. L’homme-bête, c’est à dire l’exégète qui ne croit qu’en ses interprétations, l’imam qui se tait par lâcheté, le rabbin qui cautionne des crimes humanitaires, les croyants confortables qui peinent au courage sont autant de déclinaisons de cette propension au rejet que porte tout naturellement les porteurs de vérités. Cette équation circulaire « J’aime Dieu, Dieu m’aime » exprime tout l’enferment de l’individu dans cette conviction d’être juste. Or, personne n’est seul devant Lui, notre présence est collective et porte le sceau de notre prochain.

    Je n’appartiens pas à ceux qui tentent des gymnastiques intellectuelles pour conjuguer le Nouveau Testament au passé simple de l’Ancien. Le Christ tient un langage contraire aux préoccupations guerrières du peuple juif et la dichotomie entre le Dieu vengeur et le Dieu de miséricorde me laisse souvent perplexe. Vous remarquerez qu’il est rare qu’on invoque la parole de Jésus pour justifier l’intolérance. On se rattache toujours aux textes premiers. Ce « festival » à venir devrait s’arrêter à cette identité bifrons qui a tant nourrit la complaisance des vengeurs.

    Il demeure que tout ceci nous ramène encore et toujours à l’homme, son regard, sa duplicité, sa lâcheté. La guerre est à l’homme une disposition qui le fait loger dans la savane, sous son arbre, bien avant d’être au milieu des salons éclairé par l’esprit. Ce naturel sauvage qui peine à se domestiquer imprègne tout jusqu’à la foi. Indélébile, la mort et ses enjeux imprègnent nos rapports du moment que le pouvoir entre en jeux. Ai-je raison de croire que l’unique chemin qui mène à Lui et nous libère de nous est de s’abstraire au monde? Je ne dis pas s’isoler mais changer nos paradigmes fondamentaux pour se libérer de cette mise que joue sur nous les contraintes de la chaire.

    Ah! la guerre…

  2. Une coquille s’est glissé dans mon texte alors que pensant chair j’ai écris chaire, preuve qu’un simple « e » peut transformer un message. Au fait, je ne vous cache pas que je me sens bien seul sur ce blogue alors que, paradoxalement, je le devine faisant le plaisir de plusieurs. Comme il serait agréable de lire vos idées, vos désaccords, vos argumentaires et explorer de nouvelles avenues de réflexion…

  3. « Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, a dit Jésus, mais le glaive. Je suis venu pour séparer le fils de son père et la fille de sa mère et de sa belle-mère. On aura pour ennemis les gens de sa maison ». Quand on lit ces paroles à la lumière des Béatitudes évangéliques, comment ne pas les intrepréter dans un sens spirituel de libération de la personne et non d’incitation à la guerre au sein de la famille ? Chacun est appelé à se reconnaïtre enfant de Dieu en priorité, membre de sa grande famille, et non soumis aux traditions parfois négatives au sein des familles terrestres dans l’exercice du pouvoir, l’égoïsme, l’injustice. « La vérité vous rendra libres », détachés des composantes mortifères des cultures.qui ne s’inspirent pas du Maître de la création et de son Amour.

  4. Merci, monsieur Lalonde, de considérer mon commentaire et de solliciter des éclaircissements. Par composantes mortifères des cultures, j’entends ces représentations mentales de rivalité et ces pulsions de destruction que les sociétés transmettent respectivement à leurs membres de génération en génération, le plus souvent sous forme de valeurs à défendre même par la guerre. Par exemple, la France actuelle se met sur un pied de guerre (« aux armes, citoyens ! ») au nom de la Liberté des personnes, mais a du mal à concilier cette Liberté avec l’Égalité des citoyens et la Fraternité humaine, trois idéaux qui fondent sa République. La Bible fait remonter ces composantes mortifères à l’origine mythique de l’humanité (le péché originel, le meurtre d’Abel ). La métaphysique l’explique par la mort inévitable chez les êtres corporels et la psychologie y ajoute la peur de cette mort qui engendre la violence. C’est le règne de l’Amour proposé par l’Évangile qui permet de dénouer l’ écheveau des représentations et des pulsions humaines qui tendent à la fois vers la vie et vers la mort. Dans l’évangile du jour (Matt 13, 47-53), Jésus propose de discriminer entre l’ancien et le nouveau dans la Bible: « tout scribe devenu disciple du Royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »
    Notre défi en lisant la Bible à la lumière de l’Évangile de Jésus consiste à faire ressortir les composantes porteuses de vie et non les mortifères. Il a souvent répété:  » Si tu veux la vie éternelle, alors … »

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