L’adieu aux frères maçons…

« (…)Le grand rabbin Abraham Karelitz se levait et se découvrait chaque fois qu’il voyait une personne atteinte de trisomie 21. — Pourquoi lui accordez-vous des honneurs que vous refusez aux grands de ce monde ? lui demandait-on. — Parce que, répondait-il, si Dieu ne lui a pas donné une capacité aussi grande d’étudier la Torah, c’est qu’elle est déjà plus parfaite et plus avancée que moi sur le chemin de la sainteté. »

Cette anecdote dit tout le mal que je peux penser de la gnose et de sa présentation moderne nouvel-âgeuse… Toutes ses spiritualités où, par l’effort humain, on doit parvenir à la « connaissance » suprême ou secrète, nous permettant d’accéder à un degré de conscience, d’évolution, faisant de nous des dieux, par nos propres forces. Dans ces « spiritualités » le Christ n’est qu’un exemple, un avatar de ce que nous devons faire et être pour parvenir à développer des « pouvoirs » semblables aux siens.

Toutes ses spiritualités snobinardes que jamais les handicapés mentaux mais généralement surdoués affectifs, ne pourront partager, me laissent de glace.

Je préfère la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs, celle qui demande de retrouver son cœur d’enfant.

C’est, semble-t-il, le cheminement qu’a fait l’ingénieur architecte informatique Christophe Flipo. Des hauts grades de la franc-maçonnerie, il s’est abaissé jusqu’au christianisme, cette religion méprisée par les Romains comme étant celle des esclaves.

Dans un petit livre, L’adieu aux frères, il témoigne de son cheminement de conversion : « le dieu de papier qu’est le grand architecte de l’univers ne faisait plus le poids face à la réalité de l’amour du Christ. » (p. 10)

Il affirme : « La maçonnerie est un enseignement très bien construit dont la lisibilité n’est pas immédiate. » Il se sentait « porté par l’orgueil de faire partie d’un groupe d’hommes élus, sur la route de se connaître soi-même. » « … l’exaltatio de l’homme vers son état adamique à travers une quête gnostique, alchimique, ou hermétique (plus marginalement égyptienne). » La franc-maçonnerie « flatte aussi l’ego. Non seulement par le sentiment d’appartenir à une élite, mais aussi par la forme de son enseignement qui met l’impétrant au centre du monde. Le candidat devient, lors de son initiation (et à chaque passage rituel), la personne la plus importante de toute la loge. » (p. 10,18, 22,29)

Une séance de contemplation du nombril avec cela ?

Mais, ajoute-t-il…

« La fraternité maçonnique n’est pas le sentiment d’amour, d’amitié, d’empathie ou de bienveillance qui peut relier deux êtres. Non il ne s’agit pas de cela. Pourquoi ? Parce que dès lors que vous sortez du contexte maçonnique, vous n’existez plus. Quand un frère est absent pour des raisons de santé, qui s’intéresse à lui ? Un frère peut-être s’en inquiétera, mais souvent personne ne prendra un peu de son temps pour l’absent ! Lorsque j’ai quitté la maçonnerie, après 21 ans, je n’ai plus eu aucune nouvelle de mes frères. Je n’existe plus pour eux. J’ai purement et simplement disparu de leur champ de vision. » (p.117) Pour l’auteur, la « fraternité maçonnique » n’est qu’un « sentiment d’appartenance à un groupe » (p.118). Plus d’appartenance, plus de « fraternité »…

Côtoyer pendant plus de 20 ans des « frères » pour ne plus exister le jour où l’on quitte la spiritualité commune…

D’autres déserteurs de la « fraternité » en ont également témoigné. Je pense à Maurice Caillet, un autre vénérable qui ouvrait des loges, du 18e degré, devenu personna non grata le jour où il quitta.

Non, pour rien au monde vous ne me ferez entrer dans cette « fraternité » canadienne de 250 000 personnes (selon le dictionnaire des groupes religieux, puf), qui cultive le secret, l’ésotérisme, et l’élection comme étant des vertus.

J’ai les couches de mon enfant nouveau-né pleines de c… à changer avec amour autant que possible dans ces circonstances, comme me l’a montré mon Dieu, qui lavait, lui, les pieds sales de ses apôtres.

« Le serviteur n’est pas plus grand que le maître… »

« Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges, s’il me manque l’amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante. Quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et de toute la connaissance, quand j’aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. (…) l’amour est le plus grand. » (Saint Paul, 1 Cor 13, 1-2, 13)

FLIPO, Christophe. L’adieu aux frères, Paris, éd. du Cerf, 2016, 129 p.

CAILLET, Maurice. « J’étais franc-maçon », Paris, éd. Salvator, 2009, 172 p.

VERNETTE, Jean, et Claire Moncelon. Dictionnaire des groupes religieux aujourd’hui, Paris, Presses universitaires de France, 2001, 360 p.

Image : JOEL, Grand Lodge of Free and Accepted Masons of Pennsylvania.

Philadelphia, Pennsylvania, (2010)

2 Comments

  1. De l’esprit de club je pense la même chose que vous mais sans colère. Les loges maçonniques ne sont pas les seuls vecteurs de la prétention en ce monde. Chercher à s’inclure consiste avant tout à exclure. La distinction se fait à ce prix. Appartenir au commun n’a jamais fait les grands titres mais a nourrit des Évangiles entiers. “Ne porte pas envie aux hommes méchants” Prov 24:1

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