L’expérience de la falaise

De nos jours, pour être un peu spirituel, il faut savoir lâcher-prise. Cette expression, nous l’avons tous entendue à la télévision, lue dans une revue ou même dite au détour d’une conversation. Mais, que veut-on dire lorsqu’on parle de lâcher prise? C’est cette question que s’est posée Félix Tanguay dans son récent essai L’expérience de la falaise : une spiritualité du lâcher-prise (Novalis, 2020).

Un mot d’abord sur l’auteur. Historien de formation, celui-ci s’intéresse particulièrement à la linguistique et aux sciences des religions, plus spécifique au champ des religions comparées. Grand chercheur de sens, il connaît autant les spiritualités bouddhistes et taoïstes que l’abandon chez Charles de Foucauld et Madame Guyon. C’est donc sans surprise qu’il s’est intéressé à cette expression riche de sens qui est à la fois omniprésente dans la culture populaire et à contrecourant des valeurs véhiculées par notre société de consommation.

La première partie de l’ouvrage est consacrée à une étude historique de l’origine de l’expression « lâcher-prise ». Loin d’être ennuyant, ce détour par l’histoire nous permet de saisir toute sa complexité, héritière des différents milieux qui l’ont employée. Le lâcher-prise tel que nous le connaissons, s’il tire ses racines du monde protestant de la fin du 19e siècle, est aussi redevable au bouddhisme occidentalisé et aux psychologues du milieu du 20e siècle.

C’est cependant la seconde partie de l’ouvrage qui retient le plus l’attention. Dans celle-ci, l’auteur tente d’offrir aux lecteurs une « définition opérationnelle » du lâcher-prise, c’est-à-dire une compréhension réfléchie, spirituelle et signifiante de ce que peut comporter un engagement sur cette voie. Et ce qu’il propose est loin d’être un ramassis d’adages mal ficelés.

Car, le vrai lâcher-prise, ce n’est pas la pensée magique qui endort notre sens critique avec ses promesses irréalistes. Ce n’est pas non plus une posture qui ne nécessite qu’un engagement de façade. C’est une voie, parfois exigeante, parfois moins, qui amène l’individu à porter un regard franc sur lui-même et à faire confiance en la vie.

Mais quelle est donc cette expérience de la falaise qui donne son titre à cet ouvrage? Je laisse l’auteur l’expliquer avec ses propres mots :

La falaise dénote le côté radical de l’expérience : être devant un précipice, c’est être devant la mort, devant l’impasse, devant l’inconnu, devant la fin, qui est le début. Parfois, on perçoit le lâcher-prise comme étant le simple fait de « lâcher la prise qu’on a sur quelque chose ». Or, ce que la falaise permet de faire comprendre est que cette prise implique en fait… toute la personne, tout agrippée qu’elle est sur le bord d’un précipice béant : si on lâche, on lâche tout. Il y a là une radicalité mystique.

L’expérience de la falaise 300 dpi

L’expérience de la falaise offre donc une perspective rafraîchissante et pertinente sur une expression parfois galvaudée dans le langage populaire. Dans son ouvrage, Félix Tanguay nous offre une voie vers le bonheur qui n’a rien à envier aux sirènes tonitruantes de notre société de consommation. Bien au contraire, le lâcher-prise permet une honnêteté, une liberté et une confiance en soi qui ne peut qu’être inspirante de nos jours.

Image : letting go, Mtcv (2001)

15 Comments

  1. Bonjour monsieur!
    Tout simplement merci!
    Vous êtes un cadeau venu du ciel!
    Je m’explique, depuis quelques temps je
    m’efforce de ne plus avoir de pensées qui sont hors
    de mon contrôle!
    Hé vous arrivez avec ce lâcher -prise.
    Merci encore et merci Seigneur.
    Excellente journée!
    MargueriteRaymond

    • Bonjour!

      Je suis content d’apprendre que ce livre vous inspire. Le lâcher-prise est un thème qui gagne à être découvert et médité davantage.

      Bonne journée à vous aussi!

  2. Tout cela semble théorique et le livre devrait contenir une dizaine de faits vécus pour comprendre l’expérience et comparer l’apprentissage.

  3. Il y aurait peut être lieu de développer des pistes spirituelles comme l’expérience du jardin, rejeter la notion du temps, vivre l’amour autrement ou refaire sa garde-robe interpersonnelle.

  4. Il y aurait peut être lieu de développer des pistes spirituelles comme 100% jésus, par soi avec soi en soi, survivant spirituel et recette spirituelle.

  5. Il y aurait peut être lieu de développer des pistes spirituelles comme croyant avant le christ, le lien entre dieu et l’homme, décoder dieu et diable et la spiritualité sans la présence du christ.

  6. Il y aurait peut être de la place pour l’expérience de la prise en prise et d’être capable de sortir de sa zone de confort et d’aller d’entreprise en entreprise.

  7. Il devrait y avoir une messe spirituelle qui viendrait éclairer la vie des gens sous un autre angle.

  8. Il devrait y avoir un nouveau courant qui mélange expérience chrétienne avec spiritualité, lingustique et science des religions qui s’appliquerait autant aux hommes qu’aux femmes et autant aux enfants qu’aux adultes.

  9. L’approche n’est pas spirituelle, mais peut être que des défis sous forme de 365 jours sans viande, 7 jours sans téléphone ou une jounée bénévolat on arriverait à quelque chose de spirituel.

  10. Il devrait y avoir un calendrier spirituel qui permettrait d’aller chercher un complément dans la journée.

  11. En mélangeant horoscope, numérologie, homélie et expérience sociale on arriverait peut être à produire une spiritualité sociale.

  12. En mélangeant baptême, mariage, communion et homélie on pourrait peut être produire de la spiritualité seule ou en couple.

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