L’esprit du soin

Sans conteste, les enjeux de santé sont parmi les plus prégnants dans notre société. Avec le vieillissement de la population et l’allongement de l’espérance de vie, de plus en plus de gens se mobilisent autour des questions pratiques et éthiques qui concernent les soins prodigués à tout un chacun. Mais, avec l’avènement d’une médecine techniciste et comptable, avons-nous perdu de vue le lien entre patient et soignant? C’est ce qu’explore Bertrand Galichon dans son récent essai L’esprit du soin (Novalis, 2019).

Cette question est portée par un médecin urgentiste qui travaille à Paris et qui rencontre donc, jour après jour, des personnes malades et démunies. Né dans une famille de Français d’Algérie, son regard sur le monde et les relations humaines est donc teinté par cette expérience d’être immigrant en son propre pays, ayant vécu l’expulsion de sa communauté vers la France métropolitaine au tournant des années 1970. Enfin, il se dit médecin et catholique, une identité qu’il revendique clairement à titre de président du Centre des médecins catholiques français.

Au premier regard, ce petit essai peut dérouter. Ponctuant son récit de témoignages tirés de son expérience d’urgentiste, l’auteur prend volontiers un ton lyrique qui, s’il montre bien sa grande érudition, peut laisser le lecteur perplexe. Du moins, jusqu’à ce qu’il réalise que les différentes parties du propos laissent entrevoir ce que veut déployer l’auteur, c’est-à-dire une philosophie du soin. Ou même, une sémantique du soin.

Le parcours menant à cette constatation s’articule en cinq chapitres qui explorent la dimension existentielle de l’acte de soigner. S’il se positionne dans le débat éthique entre le cure et le care, il le fait de façon nuancée, non sans s’être prononcé sur d’autres fausses oppositions comme celle entre le savoir et la connaissance. Chemin faisant, il développe aussi une pensée autour du soin et de la spiritualité, cette dernière étant perçue non pas comme l’aboutissement de la vie humaine – comme le suggèrerait Maslow et sa fameuse pyramide – mais plutôt comme sa genèse.

Dans son cinquième et dernier chapitre, Bertrand Galichon explicite ce qu’il appelle la théologie du « et », c’est-à-dire, de l’altérité. Sur ce sujet, ses maîtres à penser son Albert Camus, Emmanuel Lévinas et Dietrich Bonhoeffer. Ici, je crois qu’il vaut mieux laisser l’auteur parler :

Et si notre péché premier, originel, était notre volonté de supprimer ce petit « et » dans notre vie, vivre sans avoir besoin d’autre chose que de nous-mêmes dans l’illusion d’une liberté et d’une toute-puissance? Nous refusons que ce « et » soit le cœur de ce qui nous construit, nous met en mouvement, nous fait participer au bien commun.

En somme, L’esprit du soin est un essai apaisant, car il montre bien qu’au-delà de la technique, la médecine est d’abord et avant tout une discipline axée sur la relation. Oui, elle échappe de plus en plus au « commun des mortels ». Oui, l’ampleur de la tâche tend à faire de nous des objets à traiter. Mais le personnel soignant participe à la même humanité que nous tous, et c’est ce partage qui fonde l’essence même de la guérison.

Image : Caring, Andrea (2010)

8 Comments

  1. Bonjour monsieur!
    Merci pour votre article et garder l’humain en vie!
    Que l’Esprit du Seigneur soit toujours avec vous!
    Une lectrice heureuse de vous lire!
    Marguerite.

  2. le système de santé devrait inclure un volet soin catholique qui inclut le traitement du cœur, du corps et de l’esprit.

  3. l’église catholique devrait pousser vers une science religieuse du soin, science religieuse du mariage et une science religieuse de la paix.

  4. il devrait y avoir toute une culture religieuse humaine qui mise sur les soins, la santé, le partage, l’humanitaire et non pas exclusivement sur l’évangile ou les commandements.

  5. l’église catholique devrait ouvrir ces portes à la journée du soin, à la journée de la paix et la journée de la charité.

  6. outre la traditionnelle paix, charité et le partage, l’église catholique devrait trouver un moyen d’incorporer l’environnement, l’éducation et la famille dans les messes religieuses.

  7. il devrait y avoir une lecture du livre des soins, de la paix et de la charité pour donner des exemples de bienfaits et de témoignages qui sortent du cadre catholique.

  8. l’église catholique devrait peut être s’intéresser à toutes les questions de soins, de charité, de paix, d’éducation, de pèlerinage pour être capable de les distribuer, de les partages et de les mettre en oeuvre.

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