Crucifixion

L’une des façons les plus efficaces de nourrir son intelligence des textes bibliques consiste à… refermer sa Bible et ouvrir un livre d’arts sacrés. Certes, ceux-ci ne contiennent pas d’exégèse à proprement parler; mais ils sont une mine d’informations sur les manières dont les scènes bibliques ont été comprises, interprétées, proposées à la foi des fidèles.

 Et c’est d’autant plus le cas des scènes les plus chargées théologiquement, comme la crucifixion. D’ailleurs, celle-ci a donné lieu à un nombre effarant de représentations artistiques à travers les siècles. En fait, c’est peut-être l’événement bénéficiant du plus grand nombre d’interprétations iconographiques de l’histoire de l’humanité.

C’est ainsi que nous arrive l’ouvrage Crucifixion (Novalis, 2019), de François Boespflung, regroupant des centaines d’images de cette scène emblématique de la foi chrétienne sur plus de 550 pages. Il s’agit d’un « beau livre » – même si l’on peut hésiter à utiliser cette expression consacrée, en raison du sujet particulièrement sanguinolent.

Mais l’expression a un autre défaut : elle peut laisser penser que la sélection d’œuvres commentées fut effectuée selon des critères avant tout esthétiques, alors qu’il n’en est rien. Nous sommes ici en présence d’un authentique livre d’histoire, doublé d’un petit traité de staurologie – du grec stauros, « croix ».

L’ouvrage s’ouvre par une enquête sur le supplice de la croix en tant que tel. Entre la réalité et les perceptions des époques successives, quelles différences ?

Les chapitres suivants procèdent dans l’ordre chronologique. Nous débutons donc notre parcours par les premiers temps chrétiens, particulièrement silencieux en ce qui concerne la crucifixion. La plus grande partie de l’ouvrage s’intéresse évidemment aux siècles subséquents, au cours desquels la scène devient un passage obligé pour les peintres. À terme, le bouquin évoque la période contemporaine, durant laquelle la crucifixion s’émancipe de ses significations chrétiennes pour s’universaliser ou revêtir un sens subversif.

Dans l’ensemble, pour l’œil d’un amateur des textes bibliques, c’est une vraie fête : pourquoi avoir dépeint Marie de Nazareth de cette façon, avec cet accessoire ? Que signifie l’absence des larrons ? Qu’est-ce qui se cache derrière cette partialité envers le récit que l’on retrouve dans l’évangile selon saint Jean ?

Tant de questions qui en disent long, bien sûr, sur chaque artiste, chaque époque, chaque culture. Mais côtoyer autant de visions théologiques, exprimées de manière aussi puissante, tend inévitablement à influencer notre propre lecture de la scène, et donc à revenir au texte biblique avec un regard renouvelé.

Au final, on peut faire la fine bouche et regretter que bien peu d’œuvres canadiennes aient trouvé place dans cet ouvrage, ainsi que l’indéniable option préférentielle de l’auteur pour la peinture par rapport aux autres formes d’art. Il reste que Crucifixion s’impose comme une référence sur le sujet, tout en fournissant ample matière à méditation.

Image: Crucifixion, Romanus_too (2005)

3 Comments

  1. l’église devrait transformer une de ces églises en galeries d’arts ou en centre iconographique ouverte tous les jours.

  2. il faudrait mettre les auteurs, les prêtres et les experts catholiques ensembles pour écrire un nouveau testament moderne.

  3. la crucifixion est amplement documentée, mais on en sait très peu à propos de la résurrection.

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