Bruno Chenu: L’Église au coeur

J’ignore à quel point Bruno Chenu, rédacteur en chef du volet religieux à La Croix de 1988 à 1997, a laissé un souvenir vivant en France, mais je soupçonne fort qu’au Québec, son nom ne résonne plus que dans la mémoire de rares initiés. L’ecclésiologue assomptionniste est décédé du cancer depuis plus de 15 ans, et il me semble qu’aujourd’hui, ses ouvrages dorment à côté d’autres qui sont, eux, considérés comme des incontournables de la théologie catholique récente.

Il est vrai qu’une partie importante de l’apport de Chenu se trouve dans ses articles et dans ses implications œcuméniques; tout de même, l’oubli relatif dans lequel est plongée son œuvre me paraît injuste, et c’est pourquoi j’accueille avec enthousiasme la nouvelle édition de deux de ses livres dans la collection Comètes.

L’Église au cœur. Disciples et prophètes, d’abord, son premier ouvrage qui date de 1982. On est alors en pleine Guerre froide, encore imprégné de l’élan de Vatican II,  mais aussi bien installé dans le pontificat de Jean-Paul II.

Il est frappant, d’abord, de constater à quel point Chenu y est lucide quant aux défis auxquels est confrontée l’Église si elle veut être fidèle à sa nature et à sa mission, et qui nous apparaissent clairement aujourd’hui, en pleine crise des abus sexuels. Le cléricalisme y est dénoncé, et plus largement l’hypercentralisation romaine :

À quoi nous invite une perspective de catholicité ? À passer peut-être du singulier hiérarchique au pluriel croyant. Car il nous faut la pluralité des expériences chrétiennes et des expressions théologiques pour viser moins mal l’objet de la foi, le Dieu trois fois saint.

On croirait lire le pape François. Et n’en déplaise aux détracteurs de la réforme décentralisatrice de ce dernier, Chenu avance sa conclusion au terme d’une analyse rigoureuse qui ferme la porte aux accusations souvent entendues de « protestantisation de l’Église catholique ». Au contraire, honorer la foi de chaque Église locale est une condition de catholicité.

En fait, tout au long de son ouvrage sur l’Église, Chenu se met à l’écoute de l’humanité telle qu’elle est, cette « race de transhumants »  invitée à prendre la Voie qu’est le Christ pour marcher sous l’impulsion de l’Esprit vers un horizon qui est le Père.

Par ailleurs, dans L’Église au cœur, surtout dans les premières pages, on retrouve Chenu à son meilleur en tant que rédacteur : le texte foisonne de formules suggestives, concises et claires, dans laquelle l’art du journaliste, sinon du poète, se met au service du théologien. Ainsi de ces deux passages, que je vous laisse en guise de conclusion :

Sur le chemin d’Emmaüs des masses humaines, la présence de Jésus est discrète, souvent anonyme. Éclaireur de l’avenir, il nous épelle l’alphabet de Dieu à travers les exploitations et les libérations humaines. Et, en nous apprenant Dieu, il nous apprend aussi notre humanité. Car pour lui, seul l’Amour en forme de don total peut répondre du nom de Dieu et du nom de l’homme.

*

L’Église de Jésus Christ pérégrine dans une histoire qui se fait au jour le jour, vers un but qui l’aimante tout entière mais qui éprouve son espérance et son amour. Elle est cette communauté abrahamique qui chemine « par la foi, non par la vue » (2 Co 5, 7) vers un pays qu’elle ne connaît pas. Elle ne peut jamais planter que des tentes, dresser que des signaux, car demain il faudra poursuivre l’itinérance.

Image: El Dom De Milan, Sergio Boscaino (2016)

28 Comments

  1. Le titre de cette chronique m’a touché droit au coeur. Je crois aussi que cet ouvrage, paru il y a déjà 37 ans, a peu vieilli et qu’il trouve une résonance tout à fait particulière dans le contexte actuel. Chenu était un ecclésiologue peu adapté à l’ère de Jean-Paul II… Je suis ravi que Bayard donne un nouveau souffle à ses oeuvres dans une édition relancée. Et, à titre tout à fait personnel, c’est un souvenir très fort pour moi qui ai eu le privilège de le côtoyer tous les jours pendant plus de deux ans à l’époque de la publication de ces oeuvres rééditées maintenant.

  2. Ici, c’est Rémi Parent qui tenait ce discours haut et fort. Évidemment, Rome s’est mêlé.

  3. on dirait que l’église a retourné le message de dieu à son avantage via l’hyper centralisation romaine.

  4. les actions de l’évangiles selon jésus christ permettraient de tracer la voie et le chemin vers dieu.

  5. après la présence de jésus christ, l’église a arrêté sa recherche de dieu et des innombrables créatures célestes.

  6. l’église se doit d’avoir une équipe évangélique pour poursuivre la parole présente dans les églises.

  7. plutôt que de voir dieu comme une créature céleste et l’humain comme une créature terrestre, une combinaison des deux permettrait de voir la vie sous un autre angle.

  8. pour bâtir un nouveau monde, il faudrait plusieurs voyagent vers rome, israel et jérusalem.

  9. il faudrait bâtir une culture chrétienne avec une nourriture adaptée, des connaissances empiriques et des théologues pédagogues.

  10. avec les milliards de données échangées à la seconde, l’église se doit d’emboîter le pas dans la diffusion d’informations.

  11. il faudrait trouver un moyen de canaliser les forces de la vierge marie, de jésus et des différents saints pour arriver à produire un résultat probant.

  12. plutôt que de réciter des prières apprises par cœur, chaque église devrait avoir sa propre prière, son propre univers et son propre aménagement paysager.

  13. il faudrait fusionner messe, mariage, sacrement et homélie pour offrir un événement spirituellement.

  14. l’église devrait offrir une lecture de la littérature évangélique durant la messe.

  15. il devrait y avoir des témoignages de ceux et celles qui par la foi ont réussi à se dédier à dieu.

  16. il faudrait commencer à penser à une église avec un dieu des saints et un dieu des morts.

  17. plutôt que de porter une parole lourde, l’église devrait offrir des méditations minutes à penser.

  18. l’église devrait concevoir une représentation métaphysique de l’existence de dieu.

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