Au-delà du réel

Je dois l’avouer, je suis très friand de lecture. Je lis tout ce qui me tombe sous la main et qui attise mon intérêt. Je m’intéresse plus souvent qu’autrement à des sujets aussi divers que l’histoire, l’ecclésiologie, la politique, le patrimoine, la géographie, le christianisme antique et l’éducation.

Mais mon péché mignon, c’est la fiction et pas n’importe laquelle! C’est celle qui se rattache à la science-fiction, à l’anticipation, au fantastique et à la fantasy, des genres parfois réunis sous le vocable de littératures de l’imaginaire. L’un des plus grands avantages de ces littératures est l’immense latitude que l’auteur a pour créer un monde qui convient sur mesure à son histoire. Si plusieurs gaspillent pour ainsi dire cette liberté en écrivant des récits qui ne visent que le divertissement, certains auteurs en prennent plutôt profit et cherchent à créer des œuvres qui ont une réelle valeur littéraire et qui posent d’importantes questions sur des sujets sociaux, éthiques et mêmes religieux.

Il y a quelques années, afin d’élargir ma culture sur le genre qui est dominé, comme beaucoup d’autres domaines, par les œuvres anglo-saxonnes, je me suis abonné à la revue québécoise Solaris qui publie des nouvelles d’auteurs francophones de partout dans le monde, mais principalement canadiens. Et pour tout vous dire, notre littérature de l’imaginaire n’a rien à envier à l’anglo-saxonne!

Bien évidemment, le genre de la nouvelle porte en lui-même, notamment par sa brièveté et son objectif souvent univoque, un potentiel très élevé de marquer l’esprit du lecteur. Les nouvelles qu’on lit dans Solaris sont exemplaires à cet égard, mais généralement, on peut aussi y trouver un souci de proposer une réflexion critique sur les enjeux de notre époque.

Prenons par exemple le récit intitulé Le Jour où les livres se mirent à s’écrire seuls de Frédéric Parrot, paru dans le numéro d’hiver 2017 de la revue. Cette courte nouvelle aborde un sujet qui est amené à prendre de plus en plus d’importance dans les années à venir, soit l’aspect éthique du développement d’intelligences artificielles. Le récit, écrit à la première personne, se situe dans un futur pas très lointain (quelques centaines d’années après notre époque) et raconte l’histoire du développement de la capacité de création pure chez les intelligences artificielles. Dès le départ, l’auteur montre les réticences des humains à laisser trop de liberté à ces intelligences qu’ils ont créées eux-mêmes, notamment afin d’éviter qu’elles ne se reproduisent d’elle-même.

Cependant, le plus grand enjeu dans leur relation avec ces intelligences artificielles ne sera pas la « reproduction », mais bien plutôt le désir créateur de ces dernières qui, rapidement, deviennent de véritables maîtres en création de produits culturels (romans, essais, films, jeux, etc.) qui touchent les humains au cœur de leurs émotions. La chute (que je ne dévoilerai pas) rappelle à sa façon le contexte totalitaire de 1984 de Georges Orwell, mais le ton humoristique de la nouvelle nous laisse cependant avec un étrange mélange d’émotions à la fois positives et négatives.

Vous le voyez bien, au-delà du simple divertissement, les littératures de l’imaginaire peuvent être un véhicule très efficace pour réfléchir à des sujets profonds ainsi qu’aux enjeux de notre époque. Cela peut sembler évident surtout pour l’anticipation et la science-fiction étant donné que ces genres sont généralement bien ancrés dans le monde réel ou, à tout le moins, dans ses lois physiques. Mais peuvent-ils aborder adéquatement des sujets religieux? Et qu’en est-il du fantastique ou de la fantasy? C’est ce que vous découvrirez dans un prochain épisode!

Image : Yannick Gagnon, HDR Chicoutimi pulperie (2015)

3 Comments

  1. Connaissez-vous Selma Lagerlöf ?  » Les liens invisibles  » ou  » Le cocher  » ? Ce sont des oeuvres à lire et qui nous font découvrir que les frontières entre les univers et les mondes sont plus transparentes qu’elles ne paraissent au premier coup d’oeil. Les relire nous conduit à des méditations sur le sacré de la Vie et le sens religieux perdu et à retrouver de celle-ci dans la nôtre.

    • Bonjour monsieur Forgues!

      Je la connais surtout de nom, notamment pour « Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède ». Mais je la rajoute très certainement à ma liste de lecture, vous m’intriguez avec votre description.

      Bonnes lectures!

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