Abécédaire de l’écologie joyeuse

La crise écologique, profonde et préoccupante, génère quantité d’appels au changement, tant au niveau des personnes qu’au niveau des collectivités. Le spectre d’un effondrement des écosystèmes qui nous permettent de bien vivre sur la planète est brandi sur toutes les tribunes, et non sans raison : c’est parfois la peur qui pousse le mieux à l’action.

Mais parfois, aussi, la peur paralyse, tout comme l’immensité des tâches, et donc des sacrifices, qu’il nous faut entreprendre pour éviter le pire dans un siècle ou deux – l’évaluation diffère selon les collapsologues interrogés. D’où l’intérêt d’un discours environnementaliste qui se voudrait non pas jovialiste – c’est impossible dans les circonstances -, mais focalisé sur le versant positif d’une transformation de nos liens avec la nature. Car il y a bel et bien de la joie à entrer dans une relation neuve et sensée avec la planète.

C’est dans cette optique qu’Éric de Kermel nous offre son Abécédaire de l’écologie joyeuse (Novalis, 2020). Ce qui fonde son option en faveur de la joie : « [Au cours de l’Histoire], nous avons su refaire naître la lumière où tout n’était que destruction et cendres. »

Autrement dit : l’humanité est certes capable du pire, mais elle est aussi capable de miracles de créativité lorsqu’elle s’y met. Et la créativité est joyeuse.

L’auteur insiste donc sur les solutions plutôt que sur les causes du problème, sans pour autant évacuer complètement ces dernières. Il recourt souvent à la littérature, à l’art et à la philosophie pour illustrer son propos. Un exemple, extrait de l’entrée « Biodiversité » :

La grande majorité de la population ne vit pas au contact de la biodiversité. Elle ne perçoit donc pas de façon sensible cette disparition. Quand les chiffres ne parlent pas, il faut trouver d’autres formes d’expression. C’est cette expérience sensible que propose le musicien Bernie Krause dans l’exposition « L’orchestre des animaux », en permettant d’écouter comment ont évolué certains paysages sonores en quelques dizaines d’années. Cette écoute comparée des sons de la nature entre hier et aujourd’hui est édifiante. En Amazonie comme dans nos forêts,  là où hier était un concert confus de chants et bruits les plus divers, seuls de rares sons épars ont résisté aux dizaines d’années qui viennent de s’écouler.

Une façon originale de poser le problème. Mais, comme mentionné, de Kermel n’oublie jamais d’évoquer des solutions, ou du moins des exemples d’initiatives qui ont porté du fruit :

L’un des plus beaux films qu’il m’ait été donné de voir en matière d’écologie est Le sel de la terre de Wim Wenders (2014). Il raconte comment, en une génération, la ferme dans laquelle le photographe Sebastiao Salgado avait grandi, transformée en désert sous l’effet d’une déforestation massive, est redevenue un milieu naturel verdoyant recolonisé par tous types d’espèces sous le seul effet de la plantation d’arbres dans ce territoire.

Après la lettre Z, l’auteur termine son abécédaire en proposant des livres et des films qui alimentent une approche joyeuse de l’écologie.

Une lecture essentielle pour tous ceux et celles qui peinent à dépasser le stade de l’anxiété quant aux défis qui nous attendent.

Image: Joy, Ozan Hatipoglu (2009)

5 Comments

  1. l’humain n’acceptera pas de changer, sauf si cela passe par l’économie et qu’il y a un appât du gain.

  2. avec la terre qui continue de tourner et l’eau qui continue de couler, ce sont plus les hommes qui ont des leçons à apprendre de la nature vieille de plusieurs millénaires.

  3. Comme le veut la tradition chrétienne, il devrait y avoir les dix commandements en environnement.

  4. il devrait y avoir une prière à la terre qui viendrait rappeller que le ciel et la terre sont remplis d’esprit sain.

  5. Outre Noël et la sainte pâques, il devrait y avoir d’autres fêtes religieuses à commémorer.

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