Une résurrection un peu pénible…

COLLABORATION SPÉCIALE: capsule biblique de Sébastien Doane, auteur de Zombies, licornes, cannibales… Les récits insolites de la Bible

Je viens de visionner le film La résurrection du Christ (Risen), de Kevin Reynolds. La prémisse de ce film est très intéressante : revisiter la mort/résurrection de Jésus à partir du point de vue d’un soldat romain à qui on demande de faire enquête pour trouver le corps manquant. Les spectateurs d’aujourd’hui pourraient facilement s’identifier à ce personnage puisque, comme lui, nous cherchons la vérité au sujet d’un événement auquel nous n’avons pas assisté. L’Évangile de Jean posait déjà la question comment croire sans voir?  Or, la mise en scène trop évidente de la résurrection fait que le spectateur peut décrocher à mi-chemin.

Une crucifixion authentique

La première partie du film est très bien faite. Elle présente la crucifixion à la lumière des recherches archéologiques actuelles : les pieds cloués sur le côté, la durée du supplice, la mort par asphyxie et la fosse commune adjacente pour disposer des cadavres. Par la suite, quelques éléments deviennent problématiques. D’abord, le scénario présente un Pilate obsédé par l’affaire Jésus, alors que Jésus n’était qu’un crucifié parmi d’autres. Les révoltes juives étaient nombreuses et les crucifixions aussi. Puis les disciples rencontrés par le soldat ne semblent pas toujours crédibles. J’ai même entendu une spectatrice demander si Barthélemy avait un retard mental…

Une résurrection problématique

Il est difficile de représenter la résurrection de Jésus au cinéma. Contrairement au texte biblique qui laisse un certain mystère (les disciples ne le reconnaissent jamais du premier coup), Risen montre un Jésus ressuscité qui donne l’impression que la résurrection n’est ni plus ni moins que la réanimation d’un cadavre enrichi de propriétés singulières. Les scènes bibliques sont choisies parmi un mélange des évangiles, avec une insistance sur la version johannique. La représentation de l’ascension de Jésus est faite avec kitsch et de mauvais effets spéciaux.

Par contre, quelques moments sont touchants. En particulier, lorsque le soldat gardant le tombeau raconte ce qu’il a vu sans pouvoir réconcilier son propre témoignage avec ce qu’il comprend de la réalité. Il y a aussi les scènes de franche camaraderie entre disciples.

Mais à tout prendre, au lieu de voir ce film, je vous recommande de lire L’Évangile selon Pilate d’Éric-Emmanuel Schmitt, qui part de la même prémisse avec beaucoup plus de nuances et de respect. Ou, encore mieux, de relire les derniers chapitres des quatre évangiles du Nouveau Testament : quatre textes très différents qui résistent à notre désir d’avoir un scénario simple et évident.

Image: Resurrection, fady habib (2006)

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