Une musique pas comme les autres

“Le journaliste lui avait demandé si les membres de son groupe étaient capables de lire la musique. Il avait répondu, Ouais, y’en a qui savent, mais ça les gêne pas le moins du monde quand y jouent.” Black cherry blues (James Lee Burke)

 

Quand j’étais jeune, jadis, une polémique sur les messages subliminaux dans la musique fit fureur. De nombreux “bands” furent accusés de mettre des messages inversés, que l’on ne pouvait comprendre qu’en écoutant la musique à l’envers, mais que le subconscient pourrait capter. Des parents dont les enfants se suicidèrent poursuivirent le groupe Judas Priest pour cette raison.

Led Zeppelin, The Beatles, Pink Floyd, Electric Light Orchestra, Queen, Styx, AC/DC, Judas Priest, The Eagles, The Rolling Stones, Jefferson Starship, Black Oak Arkansas, Rush, (Britney Spears et Eminem plus récemment) furent accusés d’utiliser cette technique.

Les preuves de l’efficacité des messages inversés n’ont jamais été concluantes. Difficile de prouver que le cerveau capte, comprend des paroles prononcées à l’envers, quand dans certaines de ces chansons, il est très difficile de les comprendre à l’endroit !

Efficace ou pas, la simple intention d’influencer subtilement les consommateurs, ou pire encore, de pouvoir agir sur leur volonté, me semblait inacceptable. Exit donc Led Zeppelin, The Beatles, Pink Floyd, The Rolling Stones. Nous ne conservions traditionnellement que la musique d’AC/DC, la chanson Hells Bells, avant les parties de hockey, question de ne pas conter fleurette aux joueurs adverses pendant les matchs.

J’ai bien souffert de cette méfiance envers la musique rock. Parce qu’à l’époque, on demeurait toujours avec un doute. Est-ce que des messages subliminaux sur l’album Speak to the devil d’Ozzy Osborne, pourrait m’amener, par exemple, à prendre une tasse de thé, ou pire, de verveine, tous les jours sur le coup de cinq heures ? L’idée seule donnait des sueurs froides, on ne sait jamais à quoi s’attendre avec ces tordus…

C’est ce qui explique probablement que ma culture musicale rock laisse à désirer. Mon adolescence m’a laissé avec cette méfiance, que j’ai conservée encore aujourd’hui quand je constate tous ces signes ésotériques que les initiés ou les chercheurs de complots peuvent percevoir chez les chanteurs contemporains. Cela m’énerve de les voir suivre cette mode de se faire prendre en photo avec un seul œil à découvert, l’oeil d’Horus, l’Antéchrist borgne,  ou de faire avec la main son symbole, trois doigts relevés accrochés au pouce et à l’index formant un « o ». Que ce soit pour indiquer qu’ils font partie de la « gang » ou simplement parce qu’ils prêtent véritablement allégeance à des forces obscures pour mousser leurs ventes, ces attitudes produisent mon boycott. Je ne vous ferai pas une liste des chanteuses et chanteurs se prêtant au jeu…

Pour éviter ces disciples de l’ésotérisme, j’ai trouvé une gamme de chanteurs respectant mes valeurs. Tout aussi excellent musicalement, je n’ai pas l’inquiétude d’être en train d’écouter quelqu’un qui aimerait me laver le cerveau, même s’il n’y parvient pas. Rassurez-vous, je ne prends toujours pas de thé sur le coup de cinq heures.

Je choisis souvent des chanteurs de rock, chrétiens eux-mêmes, et non pas nécessairement du rock chrétien. Je vous fais découvrir 3 chansons ?

La première est  « You Were More » du groupe « Tenth Avenue North »

Vous avez aimé ? Cliquez sur cette seconde chanson, “Healing Begins” du même groupe, un peu plus « chrétienne »…(Pour lire les paroles) (Si vous n’avez pas aimé la première chanson, passez tout de suite à la troisième.)

Bon, si vous n’avez pas encore eu de réactions allergiques, d’intolérance au « christianose », vous pouvez passer à la troisième.

Voici « Come and Save Us » de Jon Bauer. Une vraie chanson de rock chrétien. Vous allez me dire à votre tour qu’ils vont vous laver le cerveau ? Pour ma part, ce n’est pas possible, j’étais Jesus freak bien avant de les connaître. D’ailleurs, je trouve en définitive ces chanteurs pas mal tièdes sur le sujet…  Tenter l’expérience d’écouter et réécouter cette chanson, elle en vaut musicalement la peine, et le pire qu’il pourrait vous arriver après l’avoir entendu, est de vous agenouiller dans une place publique bien bondée, pour chanter les louanges du Seigneur. Allez, vous en avez vu d’autres !

Est-ce que toutes les formes de musique, de sonorité, peuvent supporter un message d’espérance ? C’est tout à fait discutable, mais c’est un autre sujet. Le rock a ses propriétés, plus éphémères et s’adressant plus aux tripes que la musique classique, mais elle a ses qualités aussi. On ne peut pas tous les jours être dans un mode « Mozart », lui qui détestait la musique produisant des émotions sans utiliser l’intermédiaire de l’intelligence…

Bon, vous m’excuserez, je dois me trouver du tabac pour prendre une prise, quelque chose me dit que cela accompagnerait bien juste une petite camomille tiens, en écoutant de vieux disques d’Ozzy Osborne, cinq heures va bientôt sonner…

Image : Mauro Sartori, Tea (2011)

4 Comments

  1. Il y a quelque chose de terriblement réducteur à opposer musique classique et musique rock, d’autant qu’est survenu de nombreux cas de fusion entre baroque/classique et rock au cours des années 60 et 70. Entendons-nous pour reconnaître que la musique appartient à la fois au temps et à l’espace. Au temps,avant tout, parce que la musique est le résultat d’une longue sédimentation de genres, que rien n’émerge du vide parce que tout est précédé de quelque chose, Les plus vieilles partitions remontent à l’antiquité, se développent au moyen-âge avec l’apparition du chant chorale, se raffinent sous la Renaissance de laquelle émerge Monteverdi et le premier opéra. Au XVIIe siècle se multiplie les formes musicales et se déploient sous le baroque et se transforment à nouveau grâce à Mozart et Haydn qui, à leur tour, ouvrent les portes à ce qui deviendra la musique classique au XIXe. Rappelez-vous que Beethoven eut pour maître Salieri. La musique est une histoire sans fin qui, par-delà les siècles, a toujours contribué à amplifier la foi, augmenté la joie et conduit jusqu’aux pleures.

    Mais la musique appartient aussi à l’espace. Opposer musique classique et musique rock, c’est prétendre que la musique ne peut être qu’occidentale. Il faut assister à un concert de Constantinople pour découvrir des harmonies qui appartiennent à la Perse ou à l’Afrique, entendre le CD de l’OSM consacré à des berceuses japonaises, s’offrir l’écoute de ce corpus gigantesque qu’est la musique moyen-orientale. Sans émotions il n’y aurait pas de musiques car il n’y auraient pas d’auditeurs intéressés. Une musique cérébrale ça n’existe pas. Inutile de brandir Bach en contre opinion. Je vous défie d’écouter la Passion selon St-Matthieu sans rien éprouver (surtout le dernier mouvement!).

    Je me répète, la connaissance doit toujours précéder la critique, le contraire conduisant aux préjugés.

  2. Bonjour M. Lalonde. Un petit commentaire sur le vôtre” J’ai parlé de Mozart plutôt que de Bach. Et je n’ai pas dit qu’il y avait des musiques cérébrales sans émotion, mais que la musique classique s’adresse à l’intelligence, l’intelligence du coeur si vous voulez, pour parvenir à créer l’émotion chez l’auditeur, alors que le rock s’adresse plutôt aux tripes. On n’est plus dans le même registre et s’il est vrai que les compositeurs de chansons rock voient simplement une évolution dans le temps entre la musique classique et le rock, ce n’est certainement pas le cas des compositeurs classiques contemporains, ou plus anciens, qui y voit une rupture et pratiquement, une incompatibilité. Comme je le disais plutôt, la gamme des émotions produites par la musique rock est extrêmement restreinte, alors que la gamme produite par la musique classique semble infinie, toujours renouvelée. Je ne méprise pas le rock, j’aime beaucoup en écouter, plus même que la musique classique, mais je ne lui demande pas ce qu’il ne peut donner…

  3. Bonjour M. Lalonde. J’ajouterais que mes considérations sont de l’ordre de la généralité et que l’on peut bien sûr trouver des morceaux rock, plus rares, s’adressant à l'”intelligence émotionnelle” et inversement aussi pour la musique classique.

  4. Bonjour M. Laffitte,

    ce sont des distinctions sibyllines que vous me servez là. S’il y a tant de choses que je n’ai pas perçu, c’est peut-être que votre texte est à réécrire. Je vous remercie tout de même de m’avoir répondu.

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