Petit Noël

Toutes les stations de radio font jouer la chanson Marie-Noël, interprétée par Robert Charlebois, un classique qui revient chaque année et qu’on ne se lasse pas d’entendre. Encore une fois, les paroles de Claude Gauthier nous rappellent ces « petits Noëls, de mes Noëls d’enfaaaaant ».

« Petit Noël », cette manière de dire typiquement québécoise me fait sourire! Le Québec aime qualifier ce qu’il aime de petit : des petites vacances, une petite soirée entre amis, un petit souper en amoureux. Ces événements seront l’occasion d’une bonne petite bouteille de vin, d’une jolie petite robe ou d’un petit veston tout neuf. Elle lui fera un petit sourire et lui se sentira petit dans ses souliers. Il y a tellement de « petit » chez les Québécois, qu’on se croirait chez les Lilliputiens!

À l’aube de ce « petit Noël », réduit à presque rien, je vous propose d’écouter tous ces « petits » pour entendre ce qu’ils ont à dire. Derrière eux s’entend, non pas une pauvreté, mais une culture de l’appréciation.

Entendons-nous, si certains y voient quelque chose de méprisant par la petitesse de ce langage et se réfère à la pensée populaire qui dit que nous sommes « nés pour un petit pain », le « petit » des Québécois et Québécoises renvoie rarement à la misère! Ce qui est dit « petit » souligne au contraire la qualité de l’instant, de la relation, du geste. Ainsi, se faire un « petit apéro » ou veiller près d’un « petit feu », n’a rien de minimaliste, mais relève plutôt de l’instant précieux. Ces « petits moments » n’entrent pas dans l’ordre du mesurable. Ils prennent l’allure d’une bouchée savoureuse que l’on déguste avec lenteur. Avec ces « petits », nul besoin de se goinfrer : ce qui importe, c’est d’apprécier! Plus que le nombre, ils valorisent le goût, la force de la relation.

Au cours des dernières décennies, les Noëls de la modernité ont lentement glissé vers l’air du mesurable; là où l’humain s’additionne, se soustrait, se multiplie et, malheureusement, se divise bien souvent. On le sait bien, la démesure n’est pas garante de la qualité. Au mieux, elle en met plein la vue, au pire, elle donne la nausée. Le « petit Noël » de Charlebois interpelle ailleurs, dans un autrement. Il nous rappelle à cette culture de l’appréciation que, dans l’agitation du « toujours trop », nous avons tendance à oublier.

« Tes petits grand yeux vert et ta bouche rouge
Faisaient tourner à l’envers mon traîneau, mon soleil d’hiver »

Loin de vouloir entraîner dans une nostalgie des Noëls passés, cette réflexion veut interpeler sur la saveur de la vie et du vivre-ensemble qui la compose. À quoi reconnaissons-nous la satisfaction de nos vies?

Si on s’y arrête, l’excès cause davantage de maux que la frugalité. Ce qui est bon est rare, alors que l’excès rend banal. Le proverbe le dit bien : « Qui trop embrasse mal étreint! » À trop vouloir en faire, ou à vouloir tout faire, on ne fait que survoler, papillonner. Or, qu’est-ce qui donne de la valeur à l’événement Noël? La date? Le nombre de personnes visitées? L’ampleur des festivités? … ou la qualité des rencontres et du temps passé ensemble?

Cette année, nous n’aurons pas le choix de freiner nos élans et de regarder ce qui se cache derrière tous ces Noëls fastueux. La pandémie impose de revisiter notre manière d’être ensemble. Pas de célébrations. Pas de rassemblements. Pas de partys de famille. Les liens qui nous unissent doivent trouver à s’exprimer autrement. N’oublions pas que c’est l’absence que fait éprouver la valeur de la présence. Les gens qui vivent la solitude au quotidien le savent bien. Ainsi, comment se faire présence dans l’absence? Comment être solidaire dans la distance? À quoi tient ce qui nous unit? Pour affirmer la persistance de tous ces liens, nous devrons faire preuve de patience et de créativité. Nous devrons réapprendre les plaisirs de l’attente, laisser grandir le désir.

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. »

L’événement Noël peut encore interpeller par la grandeur du tout petit qu’il fait naître. Hors du brouhaha de la foule, dans une étable, loin de tous et de tout, il est le signe le plus fragile qui soit. À force de patience et de temps, il parvient à renverser l’ordre du mesurable et rétablir le règne de l’appréciable : celui de l’amour impuissant qui s’offre avec démesure. Cet amour, fruit d’une parole dont la persistance résonne encore dans la chair de celui ou celle qui l’a reçue, se donne comme un refrain insistant. Par le souvenir, il fait la force de ces précieux petits moments, en famille, entre amis, et donne l’espérance dont demain à besoin dans le silence et la patience de ce petit Noël qui arrive maintenant.

« Plus décembre revient, plus la neige neige
Sur mes Noëls rouges et verts, mes huit ans, mes amours d’hiver. »

Image : Small localised snow storm…, Dave-A Photos (2015)

10 Comments

  1. Bonjour monsieur!
    Merci pour votre texte et je vous envoie mes meilleurs vœux de bonheur!
    Grand ou petit bonheur nous les avons chacun notre tour et en temps opportun.
    Sainte Nuit et sainte Année.
    Avec plaisir je vous ai lu!
    MargueriteRaymond

  2. La dimension commerciale de la fête de Noêl prenait peut être trop d’importance par rapport à la valeur de base qui compose Noêl.

  3. Un bien beau petit texte menant vers une bien belle grande réflexion. Merci. Joyeuses fêtes!!!

  4. Quel magnifique texte rempli de sens et de grande humanité! Je veut me concentrer sur les petits bonheurs de la vie qui font qu’elle nous remplit et nous poussent à la gratitude et au partage avec nos semblables ! Merci Jésus d’être venu sur terre pour donner un sens à ma vie…

    • Je suis absolument d’accord avec Julie,,. Je crois que les valeurs fondamentales n »ont plus Aucune signification. Dieu Jésus sont toujours là

  5. avec tout ce qui se passe, même dieu sous son plus beau jour ou le diable sous son plus mauvais jour ont l’air de bébé d’école à temps plein.

  6. cela serait bon de rendre disponible les homélies et les éditoraux au grand public, car cela fait vraiment travailler la conscience collective.

  7. au lieu de se contenter d’aller à la messe une fois par année, la religion devrait faire l’effort de se servir des églises pour avoir 365 jours de noêl.

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