Les papes se suivent

Marie doit se trouver sur tous les chemins de la vie quotidienne de l’Église. (Jean-Paul II, Redemptor Hominis)

Cette semaine (22 octobre), nous fêtons le pape saint Jean-Paul II, le Grand, comme l’appelait le journaliste Luc Chartrand dans le magazine l’Actualité.

Pour ma part, c’est ce dont je me souviendrai. D’un géant. D’un homme qui a combattu le communisme, le marxisme comme le matérialisme et le libéralisme, l’âgisme comme le terrorisme, toutes les idées chrétiennes devenues folles (dixit Chesterton) dans leurs extrémismes sous forme de philosophie idôlatrée. C’était le pape philosophe au discours difficile autant par le contenu que par la forme. On a parlé de l’athlète de Dieu, pour ma part, je retiens l’ascète.

Si je ne retiens qu’une seule phrase de Jean-Paul II, ce sera celle-ci : « Le chemin de l’amour selon le Christ est un chemin difficile, exigeant. Il nous faut être réalistes. Ceux qui ne vous parlent que de spontanéité, de facilité, vous trompent. La maîtrise progressive de notre vie, apprendre à être celui que Dieu veut, demande déjà un effort patient, une lutte sur nous-mêmes. Soyez des hommes et des femmes de conscience. »

Combien cette phrase m’a sauvé des mirages du nouvel-âge et de l’idole de la spontanéité, de l’épanouissement personnel comme but ultime de la vie ! Jean-Paul II me rappelle toujours, à la suite du Christ, que la vie est faite pour être donnée, et que seulement de cette façon, elle pourra être accomplie. « Celui qui perdra sa vie pour moi, la sauvera »

J’ai eu l’occasion de voir de mes yeux, à quelques reprises, ce saint qui attirait les enfants à lui de par sa pureté de cœur. C’est avec cette pureté, cette chasteté si bien intégrée qu’il écrira cette théologie du corps qui fait aujourd’hui école partout à travers le monde.

Jean-Paul II demeure pour moi l’un de ses saints inaccessibles de par la force, la vertu, la droiture inouïe de sa conscience, servie par une philosophie imprégnée de foi, une foi toujours interrogée par la raison et respirant de pair avec elle, formant le socle moral de celui qui fut « Pierre » pendant près de trente ans.

Il n’en demeure pas moins un modèle. Il en faut de tous les types pour répondre aux tempéraments de chacun. Et je le prie aujourd’hui de soutenir le pape François, le pasteur qui n’est pas un philosophe, mais un grand cœur faisant de son mieux pour que chacun fasse le saut vers le cœur du Christ.

Jean-Paul II, François, le même amour du Christ en deux tempéraments si différents, deux histoires provenant de deux continents, et, deux amoureux de la Vierge Marie reflétant l’une des plus grandes richesses de l’Église : celui d’une mère veillant sur ses enfants, donnée par le Christ lui-même sur la croix, au moment où il donnait sa vie, et ce qu’il avait de plus précieux.

À la devise Totus Tuus (Je suis tout à toi) de Jean-Paul II, répond l’« Acte de consécration » à Marie du pape François :

« Bienheureuse Vierge de Fátima, avec une gratitude renouvelée pour ta présence maternelle nous unissons notre voix à celle de toutes les générations qui te disent bienheureuse.

Nous célébrons en toi les grandes œuvres de Dieu, qui jamais ne se lasse de se pencher avec miséricorde sur l’humanité, affligée par le mal et blessée par le péché, pour la guérir et pour la sauver.

Accueille avec ta bienveillance de Mère l’acte de consécration que nous accomplissons aujourd’hui avec confiance, devant ton image qui nous est si chère.

Nous sommes assurés que chacun de nous est précieux à tes yeux et que rien ne t’est étranger de tout ce qui habite dans nos cœurs. Nous nous laissons embrasser par ton très doux regard et recevons la caresse réconfortante de ton sourire.

Protège notre vie entre tes bras: bénis et renforce tout désir de bien ; ravive et nourris la foi ; soutiens et illumine l’espérance ; suscite et anime la charité ; guide nous tous sur le chemin de la sainteté.

Enseigne-nous ton amour de prédilection pour les petits et les pauvres, pour les exclus et les personnes qui souffrent, pour les pécheurs et les égarés du cœur : rassemble tous les hommes sous ta protection et confie les tous à ton Fils bien-aimé, Notre Seigneur Jésus. Amen. »

Et pour Benoit XVI ( Voir un article sur l’humilité du pape Benoit XVI) et le concile Vatican II ? Le pape retraité témoigne : « Ma mémoire garde le souvenir indélébile du moment où, entendant ces paroles, Nous déclarons la Très Sainte Vierge Marie Mère de l’Église, spontanément les Pères se levèrent d’un bond de leur siège et applaudirent debout, rendant hommage à la Mère de Dieu, à notre Mère, à la Mère de l’Église ».

Trois géants, enfants de Marie, réciteurs de chapelets. En cela, nous pouvons les imiter!

Image : Jean-Pierre Dalbéra, L’hommage à Jean-Paul II (Vatican), (2011)

1 Comment

  1. À la parole d’un seul répond le silence de tous, c’est l’apanage des chefs. Toutefois l’Église est communautaire avant d’être hiérarchique et sans nier les qualités exceptionnelles de ces trois hommes, il ne faut pas que la geste papale oblitère les gestes quotidiens, immédiats de la multitude dont l’addition constitue la tessiture de la chrétienté. Le grand défit de l’hagiographie est d’excéder le personnage et de s’étendre à l’inconnu, l’importun, la piétaille. Vous qui citez avec beaucoup de justesse Jean-Paul II « Soyez des hommes et des femmes de conscience » nous rappelez que cette sainteté dans le regard de Dieu avant le regard des hommes est une sainteté qu’on n’atteint qu’au travers de l’autre, notre prochain étant l’unique mesure de ce que nous sommes. La conscience n’a de sens qu’en regard de mon prochain puisque tourné vers nous elle se résume à du contentement. S’extraire de la gangue du chrétien confortable et prendre le risque de l’autre expose la conscience à la sainteté, à son parcours qui s’étend sur une vie et peut-être au-delà. Ces papes nous ont appelé et nous appellent encore à une foi dépouillées, honnête, généreuse, entièrement consacrée à celui ou celle qu’Il met sur notre chemin vers Lui comme autant de balises qui jalonnent notre marche vers le Père. Certes, il nous arrivent de chuter mais nous sommes toujours deux à nous relever. Il nous faudrait un jour trouver du temps pour parler de tous ces gens qui se masse sur la Place St-Pierre, ces derniers fidèles qui se rassemblent en Église, et du mystère de ceux qui tendent la main aux plus pauvres dans l’inconscience profonde de Dieu. Car il y a des saints qui sont athée!

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