Où ça, quand ça, la paye?

COLLABORATION SPÉCIALE: Valérie Roberge-Dion nous offre un extrait de son livre Entre ciel et mère. Spiritualité, vie de famille et autres acrobaties, à paraître en mars 2016.

J’ai un bébé-sangsue entre les pattes. Je viens de me faire couler un café. Quel plan de mère indigne pourrais-je imaginer pour réussir, cette fois, à le boire chaud ? Sortir un nouveau jouet, remplacer les piles dans la balançoire, mettre les berceuses préférées (oui, oui, je suis prête à supporter cette trame sonore) ? En buvant mon café en dix minutes, je devrais y arriver…

Au pire, il restera toujours le chocolat pour ce genre de circonstances. Après la naissance de ma fille, j’utilisais mes « chocolats de l’espoir » : un par jour, au pire moment de désarroi. Comme si on pouvait rendre le découragement un peu plus sympathique.

La vie est bien faite, tout de même, les bébés se mettent à sourire, un beau matin comme ça. C’est comme notre paye pour les premières semaines, qui comptent bien peu de gratifications. Tu donnes, tu donnes inlassablement (est-ce que le mot lassablement existe ? Il serait parfois plus adéquat…) On fait tout pour qu’ils soient heureux, nos petits amours si dépendants.

Honnêtement, je ne mesurais pas à quel point donner la vie signifierait donner ma vie. Mais vraiment. Il me revient en tête cet épisode de peur viscérale qui m’avait saisie, une nuit, pendant que j’allaitais Flavie dans sa chambre. Je paniquais toute seule en imaginant ce que je serais prête à faire si un individu malfaisant pénétrait dans la maison et s’en prenait à mon bébé. Il faudrait me passer sur le corps, je perdrais ma vie pour protéger la petite. C’était un instinct de lionne.

S’il y a un apprentissage majeur que je fais en étant maman, c’est celui du don de soi. Bien sûr, j’avais eu l’occasion de me donner à 100 % dans mon couple, mes relations, mon travail, mes projets. Seulement, j’étais un peu plus habituée à recevoir en retour. La notion de gratuité fait réellement son entrée dans ma vie par la grande porte des enfants. En ce moment, non seulement bébé Julien ne me dit pas merci pour les soins reçus, mais il en redemande toute la nuit… Même quand ils sont capables de verbaliser de la reconnaissance, les petits sont-ils vraiment conscients de tout ce qu’on sacrifie pour eux ? Euh, non.

Ce n’est pas intuitif, à notre époque, la notion de sacrifice. On se fait plutôt flatter dans le sens du poil, encourager à se faire toujours passer en premier. Avec tous les culs-de-sac que ça cause comme philosophie…

Ma mère dit qu’il ne faut pas se mettre à calculer, sinon on n’est pas sortis du bois. Un exemple : mes grands-parents se joignent de temps en temps au pow-wow familial qui se tient presque chaque semaine chez mes parents. Chaque fois, ils sont touchés et reconnaissants d’être invités, et ils remercient abondamment maman, leur belle-fille. Maman n’a de cesse de leur renvoyer la balle : « C’est moi qui dois vous remercier ! Vous m’avez donné Marcel, l’homme que j’aime et qui me comble tous les jours ! Je suis en dette ! »

Pour moi, la spiritualité, c’est pénétrer l’essentiel, ce qui compte, ce qui demeure. En ce sens, donner ma vie gratuitement à mes petits amours, ça me fait entrer dans cette démarche.

(…)

Image: Daniel Lobo, Café y Bebé (2008)

1 Comment

  1. Combien je vous comprends; j’ai eu 5 enfants et maintenant 12 petits enfants.. Vous décrivez avec humour et tendresse la réalité des mamans et parfois des grands mamans qui épaulent leurs filles ou fils dans le gardiennage des tout petits… Merci de prendre le temps d’écrire et de partager. Amicalement,
    Lise Gill, 65 ans, et grand maman à temps plein et aussi aubergiste… 🙂

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