Angel Olsen, mystique ?

Cet article fait suite à une entrevue donnée sur les ondes de Radio VM que vous pouvez écouter ICI (48e minute)

J’ai déjà exprimé sur ce blogue mon affection pour la chanteuse américaine Angel Olsen. L’album MY WOMAN a trôné tout au haut de mon palmarès 2016, coiffant jusqu’à l’ultime opus de Leonard Cohen, ce qui n’est pas peu dire.

Le 4 octobre prochain, Olsen nous offrira son cinquième album, All Mirrors, qu’elle défendra sur scène à Montréal le 18 novembre.

L’album promet de se distinguer des précédents, ne serait-ce que par sa facture plus orchestrale.

Plus raffiné donc, moins brut, mais pas nécessairement moins viscéral. Au contraire, si l’on en croit les deux premiers extraits, les arrangements de cordes ajoutent du drame et de l’intensité aux chansons d’Olsen, qui n’en manquaient pourtant pas.

En témoigne la chanson éponyme, un superbe morceau sur le vertige qui nous prend quand on découvre l’inconstance fondamentale du soi. La perte de repères qui se manifeste quand se dissout l’illusion d’un « je » cohérent et sans faille.

Dans un premier temps, elle prend acte de cette illusion, « she stop pretending », elle arrête de prétendre qu’elle est en plein contrôle de qui elle est.

Autrement dit, elle regarde avec lucidité les différentes versions d’elle-même qui existent, et dont la plupart ne sont que le reflet du regard des autres.

Ce constat l’amène à rechercher le point d’équilibre en elle-même, et c’est là qu’elle fait signe vers un noyau dur, ce qu’on peut appeler son « moi authentique ». Je dis bien qu’elle fait signe, car elle ne peut pas l’atteindre directement. Elle ne peut pas y accéder en pleine lumière. À noter qu’elle utilise un pronom neutre, « it », pour le nommer, comme si c’était une bête intérieure, une force innommable.

Et avec beaucoup d’humour, au fond, elle chante à répétition : « At least at times it knew me ».

Traduction libre : Au moins parfois la bête me connaît bien, je me reconnais dans ce qu’elle fait.

Avec « All Mirrors », on est donc, à mon avis, au cœur d’une quête spirituelle qui prend en considération la nature complexe, labyrinthique de notre moi. Et je dis labyrinthique à dessein, car le vidéoclip, avec ses escaliers, ses métamorphoses, son esthétique, me rappelle le film Labyrinthe, avec David Bowie, un film pour enfants mais qui traite lui aussi des illusions, des effets de miroirs en lien avec notre identité.

Où cette quête mène-t-elle, ultimement ? Étrangement, la réponse est donnée avant même que le refrain soit entonné pour la première fois, sous la forme d’un mystérieux « You », un mystérieux « Tu » devant laquelle elle aspire à se tenir – ce qui sonnerait la fin de sa quête chaotique d’elle-même.

Angel Olsen ayant reçu une éducation fortement teintée par le christianisme, il est extrêmement tentant de voir dans ce mystérieux « tu » le Dieu chrétien. Mais peu importe son intention, le texte en lui-même est assez suggestif :

See you standin’, a million moments landin’

On your smile, buried alive, I could have

Died to stay there, never have to leave there

Tous les moments qui forment son histoire, et qui témoignent de manière contradictoire de qui elle est, sont comme cristallisés, assumés et résumés dans le sourire de Dieu. Dans ce sourire, elle se voit « buried alive », enterrée vivante, et c’est une idée qui semble la rendre heureuse.

Enterrée vivante dans le sourire de Dieu: c’est une image qui rappelle, je trouve, les images audacieuses et paradoxales des plus grands mystiques chrétiens.

Image: Angel Olsen live, Alessandro Ceci (2017)

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