Les grands-parents

L’idée que personne n’est parfait est une opinion des plus répandues chez les gens qui n’ont pas de petits-enfants.
(Doug Larson)

Mon grand-père paternel prenait des courses avec moi, qu’il me laissait gagner bien sûr… Il nous racontait des contes de loups et de chèvres dans la montagne, que n’aurait pas reniés Alphonse Daudet même. D’ailleurs, comme mon grand-père né dans les pyrénées tenait ces contes de ces parents, transmis par la tradition orale, je me demande bien qui a copié qui…

Ma grand-mère maternelle nous apprenait à jouer aux dés, ainsi que de multiples jeux de cartes. Elle habitait dans une ancienne école de rang et sa maison était vraiment perdue au bout d’un rang presque inhabité, entouré partiellement d’une forêt couvrant la frontière canado-américaine… Elle y cachait un peu partout des palettes de chocolat que nous adorions chercher dans les vieilles armoires, sous un lit, dans le banc du piano mécanique,  cachées sous les planches étroites de bois d’une autre époque. C’était pour nous, vraiment, la maison pleine de merveilles à manger du conte d’Hansel et Gretel… Elle nous servait des « chips » apportés par un livreur de croustilles, dans des écuelles en bois ; elle nous versait des boissons gazeuses dans je ne sais quel verre d’un métal qui gardait les boissons très froides. Elle nous préparait un steak haché dont je n’ai jamais retrouvé le goût nulle part ailleurs. Je me demande si c’était une saveur de beurre ou de gras fondus…

De même, ma grand-mère paternelle nous servait un steak haché en minuscules grains qui avait son goût unique.

Je n’ai connu mon grand-père maternel que par les photos et les témoignages de ma mère et de la famille.

Aussi différents que soient mes grands-parents, ils avaient un point en commun. Ils aimaient leurs petits-enfants et se préoccupaient de leur bonheur. Mais ils cachaient bien ce qu’eux même pouvaient vivre. La vie intérieure, les joies et les peines, nous devions les deviner, les supposer. Nous n’avions accès qu’à leurs souvenirs.

J’avais beau me casser la tête à chercher pourquoi mon grand-père chantait et semblait si heureux, pourquoi la tristesse sur le visage de ma grand-mère, rien ne sortait de leurs bouches…

C’est pour cela que le livre de Joëlle Chabert est très précieux pour moi. Les témoignages de personnes âgées qu’il comporte m’ouvrent une fenêtre sur ce que peut être la vie quand on a dépassé les 70 ans… Que ce soit les souffrances physiques ou morales, les simples joies et la sérénité d’un repos accepté, c’est un monde qui se déploie et ce livre me permet de constater… que nous avons tous le même âge, mais pas en même temps ! Leurs souffrances et leurs joies pourraient être les miennes et elles le seront, elles me sont ici partagées, avec les trucs trouvés pour bien vivre ces dernières années, grâce à l’écoute de l’auteur qui a su retranscrire ces témoignages en conservant la saveur de chacun. Et avec ses conseils aussi de personne entrant dans cet âge de la retraite, des suggestions pour mettre de la vie dans la vie, jusqu’au bout !

Je me dis que pour les plus âgés, ce livre permettra de trouver une consolation en retrouvant des situations que chacun peut vivre, ainsi que des idées pour mieux vivre ces années de passage…

Si ce ne sont pas tous les conseils que chacun trouvera justes ou adaptés à ce qu’il vit, la multiplicité des situations exposées rejoindra certainement les expériences vécues par nombres de personnes âgées et leur apportera ce réconfort de se sentir compris le viagra sans ordonnance.

Compris par leurs pairs et… par les plus jeunes qui liront ce livre !

CHABERT, Joëlle. Vieillir la paix au coeur, Montréal, Novalis, coll. « Défis d’ajourd’hui », 2016, 176 p.

Image : Jane and Ben Danielsen, Kaleyn and grand-dad (2009)

 

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