Démons et dépression de raton

“Si l’œil pouvait voir les démons qui peuplent l’univers, l’existence serait impossible. » (Le Talmud)

Un livre difficile. L’auteure y raconte les attaques atroces de démons à travers les âges. Quand on lit les récits antiques, parfois, on rigole tranquillement, mais au fur et à mesure que les témoignages se rapprochent, on se dit qu’ils deviennent un peu trop contemporains… Déjà que l’on est étonné d’entendre le témoignage de François d’Assise sur ses 12 rounds nocturnes, ce qui expliquerait que le cinéaste Zeffirelli ait choisi de le représenter souvent béat, sonné probablement… on devient inquiet quand l’on constate que le démoniaque aspirant champion, malgré plus de défaites que de victoires, revient toujours à la charge à travers les siècles, s’en prenant bien sûr au Padre Pio (+1968), mais aussi à notre Frère André comme le rappellent parfois les pères de Sainte-Croix. L’auteure, Jacqueline Kelen affirme que Le diable préfère les saints, titre de son ouvrage, considérant les autres comme de la grenaille ou comme étant déjà sa propriété.

Pas de chance, je lis cela exactement le jour de ma bonne action annuelle. Certains disent que ma moyenne annuelle ne m’aurait jamais valu ma photo comme scout du mois. Peuh, il y a de mauvaises langues partout… Inquiet de mes progrès récents, je décidai de m’empiffrer un peu plus qu’à l’habitude cette soirée-là, pour être gourmand, et cela ne manqua pas, je fus malade toute la nuit. J’ai manqué de prudence en associant le ragoût de boulettes à l’assiette de tortellini, à moins que ce ne soit la pizza qui ne pouvait s’accommoder de la truite farcie à l’orange, ils n’indiquent pas toujours sur les recettes les dangers qui nous guettent lorsque tel aliment est avalé avec tel autre… Mais ce dont je suis sûr, c’est qu’une petite douzaine de crêpes en dessert ne peut faire de mal à personne. En tout cas, je n’étais pas complètement rassuré, me demandant s’il n’y avait pas une faille dans mon raisonnement…

Mais on m’y reprendra à lire ce livre rempli d’anecdotes parfois instructives, comme les descriptions de démons correspondant aux répliques sur les cathédrales ou aux peintures de Jérôme Bosch (v. 1450-1516), révélation qui aurait produit la déception chez le comédien Gilles Latulippe de ne plus considérer ces artistes comme des peintres visionnaires ayant vu sa belle-mère en cauchemar des siècles avant son apparition. Cet ouvrage traite également des façons de vaincre le démon. Pour ma part, ne jamais le rencontrer me paraît d’abord la première tactique. Impressionnable comme je suis, je finirais par faire une indigestion… Mais je vous recommande ce livre comme cadeau de Noël, si vous avez un mafieux dans la famille, pour qu’il s’ouvre à certaines réalités et prenne conscience qu’une place à la droite du parrain ne garantit certainement pas d’être placé à la droite du Père une fois passée l’arme à gauche…

Également, je le crois très vendeur pour les pharmaciens qui le placeront pour consultation au milieu de leur rangée de somnifères. Un épuisement des stocks de demi-pilules suffisant à assommer un bœuf est à prévoir.

Enfin, pour ma part, je préfère revenir au livre dont je vous avais parlé, sur les chasseurs de démons. Je préfère être du côté des chasseurs que des chassés.

Bien que l’ouvrage tente de rassurer, avec plus ou moins de succès, sur les façons de combattre et de vaincre l’Ennemi, uniquement par la foi, je me suis inspiré aussi de mon combat contre MON raton laveur. Toutes les nuits, il passe à travers les barreaux de la terrasse et viens fouiller dans mes poubelles. C’est l’odeur du poisson que ma femme cuisine divinement qui l’attire. Quand il constate que je ne lui laisse toujours que les arêtes et peut-être un petit bout de la tête, c’est toujours la même chose, il sort de la poubelle et, grognant contre le sale égoïste, c’est moi, à grands coups de pattes, il la renverse et éparpille tout son contenu, comme si lui, si ma femme avait préparé pour lui le fabuleux poisson, m’aurait laissé quelque chose, tiens, je ne suis pas naïf ! Fatigué de ses sautes d’humeur, j’ai placé solidement mes poubelles au milieu de bassines d’eau bien remplies. Et le matin, j’eus la sérénité de constater que mes poubelles étaient bien intactes, et que des pistes de raton mouillé faisaient le tour de mes bassines d’eau au contenu éparpillé ! Alors pour le démon, vous avez deviné, comme ma femme et mes enfants sont absents quelques jours, j’ai placé des chaudières d’eau bénite entourant mon lit et en ai rempli le pistolet à eau de mon fils, placé sous mon oreiller. Mais parfois, quand la mémoire me fait défaut le matin, le réveil est aussi dur que la nuit de mon raton…

KELEN, Jacqueline. Le diable préfère les saints, Paris, Cerf, 2016, 209 p.

Image : AUTHARITE, DSC04606 (2014)

3 Comments

  1. Ce texte a quelque chose d’agreste, il sent bon l’herbe mouillée et porte des croyances qu’on croyait oubliées. Les démons? La matérialité du mal infligée dans un combat épique survenant généralement de nuit, à l’heure des rêves, des problèmes digestifs, des phantasmes mystiques, appartient aux fables de la foi. Non pas que le mal soit inexistant de ce monde mais je subodore son incarnation dans les actions humaines bien avant les manifestations désordonnées d’un panthéon démoniaque. C’est aussi incongru que l’apparition de ce raton dans votre résumé. Disons que sur le plan de l’histoire des idées, ce folklore montre le dérives auxquelles s’expose le croyant décidé à positionner sa sainteté. Car il n’est jamais que le seul témoin de ses combats, le seul à les narrer, le seul à les gagner.

    Restons sérieux.

  2. Bonjour M. Lalonde,

    Une petite nuance pour votre commentaire. Dans la plupart des combats des saints avec le démon, il y eut des témoins auditifs. Que ce soit pour le frère André, le Padre Pio, etc. Plusieurs ont entendu les bruits de combats. Pour Marthe Robin (+1981), paralysée, on la retrouvait au sol. À moins de considérer tous ces saints comme des fabulateurs ayant trompé ces témoins, il nous faut écouter leurs témoignages, témoignages auxquels nous devons ajouter ceux des exorcistes, bien entendu.

    Restons réalistes.

  3. Bonjour M. Laffitte,

    les exorcistes sont assurément le talon d’Achille de mon argumentaire. Un jour, le Seigneur a mis sur ma route une religieuse qui m’a narrer des séances d’exorcismes survenues en Haïti durant son missionnariat. La description qu’elle m’en a fait continue de me faire frémir à trente ans de distance. Le mal existe, nous en sommes témoins tous les jours. Il n’y a qu’à lire « J’ai serré la main du diable » du générale D’Alaire pour s’en convaincre. Inversement, le débat fait rage en France entres les tenants de l’approche psychanalytique et métaphysique à l’égard de l’exorcisme. On s’interpelle sur les qualités respectives au discernements. Les premiers rejettent la possession alors que les seconds la reconnaissent d’emblée.

    Mais la possession n’est pas le propre des saints. Des cas d’exorcismes sont recensés dès la plus haute antiquité. Le Christ a exorcisé des gens ordinaires qui n’étaient pas réputés dans les évangiles pour être des croyants d’exception. Le Moyen-âge jusqu’à la Renaissance se réchauffera aux braises des bûchers ayant réduit en cendres des possédés de tous acabits. Le diable préfèrent les saints? Mais leur nombre est infinitésimal comparativement à tous ceux tombés sous la coupe du diable. Alors, pourquoi taire la piétaille et accorder tant d’importance aux saints? Tout simplement parce que l’histoire de c’est derniers est documentée, ce dont ne profite pas le plus grand nombre, une limite historiographique que la Nouvelle histoire a tenté de contrecarrer en abordant les silences de l’histoire par l’angle de sciences connexes. Soudainement, l’histoire des peuples s’est imposé sur l’histoire des rois, l’histoire des vaincus sur celle des vainqueurs. Bref.

    En science une rumeur, un ouï-dire, un témoignage de seconde et même troisième main ne valent pas un témoin oculaire qui corrobore l’histoire d’un seul. C’est une sagesse élémentaire que l’on retrouve en religion jusqu’aux fondements de notre système juridique. J’habite depuis maintenant une semaine une maison de retraités. Je découvre un monde que je ne soupçonnais pas. Eh! bien sachez qu’un paralytique peut se retrouver au sol sans qu’il y ai eut combat et que la solitude peut produire bien des mots et des maux souvent inattendus, parfois bouleversants. Ici le théologien doit céder le pas au psychanalyste, encore une fois.

    Je me permets de paraphraser votre dernière phrase, restons réalistes.

Laisser un commentaire