La survivance du racisme

La condamnation du racisme, la protection des minorités, l’assistance aux réfugiés, la mobilisation de la solidarité internationale envers les plus nécessiteux, ne sont que des applications cohérentes du principe de la citoyenneté mondiale. (Jean-Paul II)

Hier, j’ai regardé un film qui m’a coupé le souffle, sur la vie de l’activiste d’Afrique du Sud, Steve Biko, Cry Freedom (Le cri de la liberté). Je suis toujours sous le choc. À la fin du film, on énumère toute une série de personnes noires certainement assassinées dans les prisons sud-africaines, dans les années 1980.

Lors de l’assassinat de Steve Biko, en prison, en 1977, par des policiers, le ministre de la Justice Jimmy Kruger affirma publiquement que cette mort le laissait froid. J’ai froid aussi et m’imprègne avec le temps d’un état d’injustice que je n’aurais jamais été capable de considérer comme réel et actuel alors que j’étais enfant.

Dans les années 1990, j’avais fait un petit voyage en Alabama et j’avais été étonné de constater que seuls des noirs étaient les serviteurs dans les hôtels et dans le ramassage des ordures à l’extérieur. Oh, ce n’est qu’une impression, mais le fait qu’il baissait la tête en silence quand j’essayais d’engager la conversation m’a laissé un terrible souvenir…

Dix années plus tard, années 2000, je retournais dans cet état pour visiter ma copine africaine, étudiante à l’Université d’Auburn. Là encore, je demeure estomaqué. Il y avait ces regards désapprobateurs sur nous, de jeunes qui n’acceptaient pas les fréquentations et les couples mixtes. J’ai pris beaucoup de temps à réaliser quelle était la raison de ces regards haineux, de ces personnes qui se retournaient sur notre passage. Lorsqu’on m’expliqua le pourquoi de ces attitudes, je tombais des nues, comme si je venais de faire un voyage dans le temps, ayant beaucoup de difficultés à accepter que j’avais bien vécu ce que je venais de vivre, au milieu de personnes qui m’étaient contemporaines… (Le droit de se marier pour les couples mixtes aux États-Unis ne sera reconnu qu’en 1967. Voir le film Loving actuellement à l’affiche.)

Je travaille présentement sur un manuscrit du professeur, directeur de recherche et conférencier Aroll Exama, Le Darwin qu’on nous a caché, qui m’a également ouvert les yeux sur les injustices toujours présentes que subissent les noirs en Amérique.

Je ne sais pas pourquoi j’ai tant de difficulté à réaliser que tout cela est bien avéré. Pourtant, quelques cours d’histoire m’ont appris que la Shoah et les génocides communistes ne sont pas des événements particuliers, d’une époque précise. Au contraire, il est plutôt difficile de trouver dans le dernier siècle, quelques années où des génocides ne se déroulaient pas tranquillement, avec parfois l’approbation d’une majorité d’une population.

Petit Nord américain blanc dans un pays qui n’a pas connu de guerre visible depuis près de deux cents ans, je ne suis toujours pas en mesure de prendre le pouls de la réalité. Mais parfois, grâce à un manuscrit, à un film, à des événements précis, je perçois un peu de ces sentiments qui peuvent secouer un peuple devant tant d’injustices, et créer des appellations de mouvements auxquels je ne peux pas toujours m’associer à cause de certaines de leurs revendications.

Mais leur cri, je le partage. Black Lives Matter, les vies des personnes noires importent.

Qu’un mouvement ait l’inspiration de se donner ce nom, que ce nom exprime le ressentiment actuel mijoté par des siècles d’injustices et d’indifférence à leur cause, m’interpelle.

Et si par la parution d’un livre-choc (Le Darwin qu’on nous a caché) le printemps prochain, comme cela est prévu, , les éditions Novalis contribuent à faire prendre conscience de cette souffrance, je serai heureux d’avoir pu y participer.

Image : RAÏSSA, Mains enchaînées (2007)

1 Comment

  1. Le racisme n’est pas un stigmate exclusif aux noirs. Il s’étend à l’autre dans sa différence par le biais des regards obtus, intolérants, souvent bêtes et méchants. Et ce racisme n’appartient pas qu’à la stupidité du nombre mais fait l’objet insidieux de réflexions, de calculs, d’enjeux souvent immédiats et parfois généraux, comme d’une simple place en entreprise ou d’un rang dans l’échelle des nations. De la simple attitude à la parole ouverte, le racisme s’insinue dans les choix de chacun, de leurs comportements, de leur indifférence. Ce regard identitaire que certains québécois frileux jettent sur les musulmans est une manifestation patente de racisme, alors qu’eux-mêmes s’identifie à l’envers de l’autre, à l’encontre de son prochain sous le seul prétexte de ce qu’ils sont, de l’avantage qu’ils présument avoir sur l’autre, d’une certaine supériorité qui mérite d’être imposée pour autoriser l’intégration. Dans ce débat, qui a les mains propres?

    Mais le racisme n’est que la manifestation du rejet, un rejet qui prend d’autres formes en société selon qu’il s’attarde aux plus démunis, aux handicapé(e)s, aux femmes, aux gais et tant d’autres. C’est toujours le même réflexe, celui qui ostracise, humilie, exclue, nie la dignité première de chaque être. En fait, nous parlons de discrimination, celle qui est multiforme, celle qui hurle le refus de connaître, la fermeture sur soi, la joie débridée de juger l’autre. Pourtant, à regarder la paille dans l’œil de son frère…

    Nous ne sommes tous que poussière, radicalement égaux dans le regard de Dieu. Certes, il y a des poussières plus orgueilleuses, plus prétentieuses, plus vaniteuses que d’autres mais elles ne seront jamais que poussières et, au retour à la terre, de cet orgueil, de ces prétentions et de ces vanités il ne restera rien que de mauvais souvenirs pour les autres. Sur la route qui mène au Père, il y a toutes ces rencontres qu’Il suscite en défi de ce que nous sommes, autant d’interpellations qui nous questionnent sur qui nous sommes véritablement. Un croyant accueil inconditionnellement. Les tartuffes font des conditions. Alors, qui sommes-nous vraiment?

Laisser un commentaire