Alice au pays de l’Évangile

COLLABORATION SPÉCIALE de Jean Grou, rédacteur en chef de Prions en Église.

Diane Dufresne, dans sa Chanson pour Elvis (paroles de Luc Plamondon, musique de François Cousineau) chantait : « Aujourd’hui, y en a des plus jeunes, y en a des ben plus fou qu’toé : Mick Jagger, Elton John et pis David Bowie. Y en a même un qui s’appelle Alice; y s’en fait pus des mâles comme toé, Elvis.»

Le Alice en question, c’était Alice Cooper.

Alice Cooper n’a certes pas révolutionné la musique rock, mais l’a marquée d’une empreinte indélébile. C’est lui, en effet, qui a introduit dans les spectacles des mises en scène dignes des plus grandes productions de Broadway, inspirées du gothique et des films d’horreur.  Il recourait à des instruments de torture, des serpents, des poupées ensanglantées et autres objets plus charmants les uns que les autres. Des groupes de pression et des politiciens ont tenté, sans succès, de le faire interdire en spectacle et sur les ondes de la radio, car il représentait, disait-on, une menace pour « notre belle jeunesse ».

Né Vincent Damon Furnier en 1948, à Détroit (États-Unis), Alice Cooper vient d’une famille très religieuse. Il accompagne son père dans ses missions d’évangélisation chez les Apaches. Son nom de scène est en fait celui du groupe qu’il avait formé en 1967 avec quatre autres musiciens et qui connaîtra un premier succès avec la chanson I’m Eighteen en 1971, suivi d’un autre avec l’album Billion Dollar Babies, en 1973. En 1975, la formation se dissout, mais Vincent Damon Furnier adopte le nom du groupe, Alice Cooper, dont l’origine demeure un peu mystérieuse. Une légende veut qu’il ait été révélé à ses membres au cours d’une séance de Ouija… mais le plus probable est que le nom fut tout simplement inventé spontanément.

Après sa séparation d’avec le groupe, Alice Cooper, comme artiste solo, connaîtra un premier succès avec Welcome to My Nightmare. Puis les succès s’enchaînent, tout comme les entrevues et les apparitions dans des émissions télévisées. Il fait maintenant partie à coup sûr de ces vieux routiers increvables du rock, dont le légendaire Mick Jagger. Il aurait d’ailleurs déclaré que puisque Jagger est son aîné de six ans, il entend demeurer actif au moins six années encore une fois que le chanteur des Rolling Stones aura tiré sa révérence, question de battre son record de longévité. Ayant moi-même vu le vieux Mick à Québec cet été sur les plaines d’Abraham, je conseille à M. Cooper de continuer à se tenir en forme!

Vincent Damon Furnier est renommé pour être dans la vie de tous les jours un homme affable, d’une grande gentillesse, intelligent, en totale opposition avec son personnage sur scène. Un redoutable golfeur, aussi. Par ailleurs, il se dit profondément croyant, se qualifiant lui-même de born-again Christian, phénomène répandu aux États-Unis. Alice Cooper associe son retour à la foi à sa victoire sur sa dépendance à l’alcool. À ses yeux, si Dieu a pu créer tout l’univers, pourquoi ne pourrait-il pas libérer quelqu’un de son alcoolisme?

Il ne dissimule d’ailleurs aucunement ses convictions. Dans une entrevue accordée à Christina Paterson du journal The Independant (13 octobre 2012), il affirme même croire que tout ce que dit la Bible est vrai, au sens littéral. Il est, par conséquent, créationniste; pour lui, le monde a été créé en six jours. Il fréquente régulièrement l’église. Au moment de sa «conversion», il a même pensé abandonner son personnage d’Alice Cooper, mais le pasteur de sa communauté l’en a, heureusement, dissuadé.

Lorsqu’il se confie sur sa spiritualité et sa vision de la vie, Alice Cooper se fait plutôt sombre. Il considère que le monde est sous l’emprise du mal, qu’il appartient carrément à Satan («The world belongs to Satan») et qu’il faut constamment lutter pour y échapper. Étrange pour un artiste aux multiples mises en scènes diaboliques, avec, notamment, décapitations de poupées et simulation de pendaison ! Mais, se défend-il, les paroles de ses chansons n’encouragent aucunement à la violence, elles lancent au contraire des appels à choisir le bien plutôt que le mal.

Malgré ce qu’on pourrait qualifier de naïveté dans ses croyances, Vincent Damon Furnier n’en demeure pas moins critique quant à certains phénomènes dans le domaine de la religion. Ainsi, il dénonce les pasteurs évangéliques qui deviennent de véritables vedettes médiatiques. Parce que trop souvent, dit-il, ils finissent par se trouver mêlés à des scandales sexuels ou financiers. Il considère aussi comme exagérées et invraisemblables les guérisons en série que prétendent accomplir certains de ces pasteurs : cette exploitation de la crédulité des gens le rebute. Par contre, il ne remet pas en question (du moins, je n’ai rien trouvé en ce sens) le fondement même de ce qu’il dénonce : les prédications-spectacles où l’orateur, en transe, «vole le show» à Dieu.

Alice Cooper n’est pas un cas unique : bien d’autres artistes de la scène rock et pop aux États-Unis affichent leur foi. Mais son cas m’a sincèrement intrigué, compte tenu de son image soigneusement entretenue de vilain terrifiant. Ma recherche sur sa carrière et sa quête spirituelle m’en a révélé la richesse et les limites. Et elle m’a aussi donné l’occasion de me souvenir que dans un passé lointain, j’ai joué une de ses pièces, Eighteen, au sein d’un groupe appelé Lapsus. Mais rassurez-vous, nous n’avons jamais décapité de poupée durant un spectacle!

Jean Grou

Photo: Vesa Härkönen, Alice Cooper @Barona Areena (2009)

1 Comment

  1. Bonjour

    Pour avoir vu le spectacle d’Alice et pour l’avoir rencontré en personne, je peux vous rassurer, ne vous inquiétez pas de sa forme physique. Il est aussi en forme que Mick Jagger, sinon plus!

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