L’humilité d’un silence: sur Benoit XVI, pour son anniversaire.

J’aime beaucoup le pape François. Je suis parfois, souvent même, époustouflé par ses écrits, soufflé par le vent de l’Esprit Saint qui me semble propulser la grand-voile de ses livres.

Le pape François va de l’avant. Avec une énergie inversement proportionnelle à son état de santé, il invite les membres de l’Église à marcher résolument dans la joie et la miséricorde de Dieu. Et les médias aiment cela. Portés par un concert de louanges universel, les propos du pape François sont souvent rapportés par les médias, même si très souvent aussi, ils sont déformés, laissant le pape parfois horripilé de la façon dont il est épinglé en star d’un christianisme révolutionnaire…

Devant un changement de ton visible, beaucoup font la comparaison avec l’Église du Passé. « Aujourd’hui, c’est mieux, le pape est ouvert au monde, il va à petits pas réformer l’Église. » Et cette louange implique bien sûr, que le passé, même récent de l’Église catholique, était refermé sur lui-même, trop peu évangélique, trop peu charitable et solidaire…

Et l’une des figures du passé qui porte implicitement ces jugements sur son dos, c’est bien sûr le pape émérite Benoit XVI. Et pourtant, celui qui pourrait bien rechigner et rouspéter contre l’image de père Fouettard qu’on lui associe, conserve le même sourire, la même tranquillité et sérénité qui ont marqué son pontificat et sa personne.

Alors que Benoit XVI pourrait commenter, nuancer le ton utilisé maintenant, il ne témoigne que par une indéfectible loyauté au ministère, à la fonction du pape que remplit François, et ne fait que répéter son soutien à chaque occasion où un micro se tend vers lui. Pas question pour lui de jouer à la « Belle-Mère! »

Et je me dis qu’en ce jour de son prochain anniversaire, le 16 avril, nous pourrions lui rendre hommage pour cela : pour un silence héroïque, surtout quand l’on sait combien parfois les personnes âgées aiment à se confier. Benoit XVI est dans un état de disparition volontaire et ne prend plus la parole, si ce n’est pour louanger le pape François dont on compare toujours avantageusement le ministère d’avec le sien.

Et je ne peux qu’être parfaitement d’accord avec cette réflexion et ce geste du pape François au début de son ministère. Recevant en cadeau une icône de Notre-Dame de l’humilité du métropolite Hilarion de Volokolamsk, du patriarcat de Moscou, il la remit lui-même aussitôt au pape émérite Benoit XVI, avec ces mots : « L’icône s’appelle Notre Dame d’Humilité, et je me permets de dire une chose, j’ai pensé à vous, si humble dans votre pontificat ». Et cela ne me paraît pas avoir changé après son pontificat.

Un très joyeux anniversaire au pape émérite Benoit XVI! Et nous le remercions de continuer de prier dans le silence pour l’Église et le pape François, comme il l’a promis dès le début du pontificat du nouveau pape. Vous êtes un témoignage pour moi d’une attitude vraiment chrétienne dans l’Église d’aujourd’hui.

Image : Mazur/www.thepapalvisit.org.uk

5 Comments

  1. Moi aussi je m’unis à vous pour lui souhaiter un Joyeux Anniversaire et longue vie !

  2. Faire l’éloge du silence, en particulier celui d’un seul, conduit nécessairement à s’interroger sur l’utilité de sa parole, de sa contribution aux débats, de sa force consensuelle.

    De base, reconnaissons que nous sommes tous radicalement égaux dans le regard de Dieu. Aussi, nos différences ne peuvent-être source de discriminations mais, au contraire, de richesses. Équivoques l’une par rapport à l’autre, les désaccords qui en émergent sont sources de progrès alors qu’alimentant le dialogue, ils contribuent à l’avancement des idées. Au sein de cet équation, l’autorité représente la constante, l’invariable dont la condition première est l’obéissance. Certes, elle se module au gré des conflits et répond aux forces souterraines qui la contraignent mais, ultimement, oblige au bercail du dogme. Ce pouvoir n’est pas autonome, il est habité. Du pecoris magister au magister populi, du troupeau à la plèbe, précède le regard de celui qui commande, dirige ou conseille selon la personnalité de chacun. Puis, en marge, il y a la hiérarchie qui interroge la pertinence du nombre. À combien de voix l’ecclesia peut-elle se réduire et rester représentative?

    Bifrons, l’Église lorgne à la fois un passé nostalgique et un futur qui fuit « to boldly go where no man has gone before ». Si l’immobilisme rassure, il sclérose la foi. Dans une de ses homélies, François déclarait: « Le problème n’est pas de se tromper de route, c’est de ne pas revenir en arrière quand on se rend compte que l’on s’est trompé ». Par contre, aussi lucide que soit cette parole, elle croise les mêmes limites que celle de son prédécesseur. Si elle se veut inclusive, elle n’est pas consensuelle. Car combien, dans les faits, se ferment au dialogue et refusent l’échange en s’enfonçant dans un dogmatisme dur et lourd? Combien sont ces freins qui limitent la plénitude de Vatican II? Ceux qui, aujourd’hui, font taire Benoit XVI seront remplacés demain par ceux qui ferons taire François. Pourtant, dans cette guerre fratricide que se livrent le nord et le sud, les jeunes et leurs aînés, les classiques et les modernes, perdure la notion d’autorité et plus prosaïquement celle du pouvoir. Au final, à quoi se résument les choses?

    Elles se résument à l’humain, à l’omnipotence des impératifs de la chair sur les impératifs de l’esprit. Que dois-je comprendre du camail, du saturno, du camauro de Benoit XVI, des artifices du pouvoir, des références au passé. Que dois-je penser d’un homme dont la rigueur intellectuelle se dissout dans la vanité et l’orgueil? Celui qui est nu sous la douche est-il le même qui marche dans les jardins de Castel Gandolfo? Pourquoi les 16e du nom semblent-ils toujours perdre la tête? Et que penser du cardinal Ouellet qui portait une petite cape dorée lors des offices, suivit d’une flopée d’angelots venu des beaux quartiers et qui, aujourd’hui, vit humblement au cœur de Rome dans un appartement de 4000 pieds carrés!? La chair ou l’esprit?

    Savourer le silence de l’un ne suffit pas à répondre au dérives des autres. Mais bon, restons magnanime. Joyeux anniversaire Benoit XVI!

  3. M. Lalonde, merci pour vos commentaires, toujours très intéressants. Ici, je me permettrais une remarque. L’habillement des papes et le fait qu’ils habitent dans un musée grandiose ne demeureront pour moi toujours qu’une apparence. Jean-Paul II, comme Benoit XVI, lorsqu’ils avaient terminé leur journée de pape et remis leur uniforme au vestiaire, dormait dans une petite chambre avec une table et une chaise je crois. De même pour François. Attribuer une grande importance au musée Vaticanesque que tout le monde peut visiter avec joie, n’est-ce pas justement ne pas regarder directement au cœur des personnes? Pour moi, que le pape porte l’uniforme, la mitre historique ou soit vêtu de blanc, qu’importe? Je ne voudrais pour rien au monde porter ses responsabilités ou sa charge de travail…

    Je me rappelle que le saint curé d’Ars voulait toujours ce qu’il y a de plus beau pour Dieu, alors qu’il ne mangeait toujours, lui, que de vieilles patates, tout comme Marie-Madeleine « gaspillait » un précieux parfum sur les pieds du Seigneur. On ne sait pas toujours pourquoi quelqu’un met les plus beaux habits qu’il puisse trouver dans la garde-robe… L’intention n’est peut-être pas celle que l’on croit.

  4. M. Laffitte, nos distances sont sources de réflexions et je vous en remercie. Ayez l’assurance que dans mon esprit l’apparence n’invalide pas l’œuvre. Toutefois elle peut en grever la cohérence. Un choix vestimentaire, une résistance dogmatique (il y a ici tautologie), des anachronismes malheureux ou privilégier l’apparat au détriment de la modestie révèlent souvent un décalage entre Église et message évangélique. Vivre par l’exemple la parole du Christ, surtout pour un pape, consiste à assumer son égalité radicale avec les fidèles, c’est à dire nourrir une collégialité dans la réflexion et renoncer à toute velléités de grandeur.

    Si nous convenons qu’au fil du temps les prétentions à la monarchie universelle de l’Église se sont déplacées du politique au moral (bien que la tiare figure toujours dans les armoiries du Saint-Siège), il demeure qu’elle conserve des attitudes, des réflexes qui appartiennent davantage à une mentalité de cour qu’à l’esprit communautaire. Feindre y demeure une règle qui, soumise à la pensée critique, expose des comportements qui font de plus en plus scandale. À ce propos, et je crois que vous serez d’accord avec moi M. Laffitte, le Christ portait ni soierie, ni mules de cuir fin et n’exigeait pas qu’on baise sa bague pour s’approcher de lui. Il n’y a pas de théâtre de la foi et tous ces décors de l’esprit, ces façades de l’âme sont autant de tartufferies présentées à la face des croyants. Le dire est sain, le dire est saint et tant pis pour les susceptibilités de ceux qui se disent grands.

    Certes, François s’évertue à dissocier les notions d’autorité et de pouvoir, un programme qui interpelle les privilèges hiérarchiques au sein de l’Église et met en relief les excès de ses prédécesseurs. Lorsqu’il a décrété le jubilé de la miséricorde, il devait avoir à l’esprit Matthieu 8, 13: « C’est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » Comment acculturer (certains diraient convertir) tous ces pharisiens qui peuplent la Curie romaine, comment ramener au creuset cette Église désormais si loin des premiers catacombes? Se dépouiller de son orgueil est le premier pas que tout chrétien doit franchir pour marcher vers Lui. S’abstraire au profit de son prochain contribue davantage à l’œuvre générale que ces protocoles alambiqués qu’imposent les officines vaticanes. Cette rupture avec la base dissout les solidarités et polarisent les conflits. Pauvre François!

    Pour clore, M. Laffitte, je vous dirais que les apparences ne sont pas trompeuses puisqu’elles révèlent bien les limites morales qui grèvent la cohérence de l’institution. D’où viendra la purification?

Laisser un commentaire