Routes patrimoniales

Le tourisme religieux est en hausse au Québec. C’est ce que démontrent plusieurs indicateurs, notamment les sondages d’intérêts et la fréquentation touristique de certains établissements clés, notamment l’oratoire Saint-Joseph, la basilique Notre-Dame de Montréal et la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré. Si l’on ajoute à cela la hausse constante de l’intérêt pour les chemins de pèlerinage, il semble raisonnable de dire que nous avons là une tendance lourde… et c’est pour le mieux !

Aux yeux de plusieurs visiteurs étrangers, les églises du Québec sont un peu comme les châteaux en France : alors qu’on s’y attend le moins, on en trouve toujours une au détour d’un virage, un bâtiment à la fois simple et familier, mais souvent splendide. Elles font partie de nos paysages autant ruraux qu’urbains. Nous sommes maintenant si habitués de leur présence qu’on en vient parfois à ne plus les voir. Cependant, leur quantité et leur qualité architecturale font du Québec un endroit unique en Amérique du Nord en matière de patrimoine religieux.

Les Guides de voyage Ulysse l’ont bien compris et ont commencé récemment à offrir des guides adaptés pour les touristes religieux qui veulent découvrir le Québec. Le premier, Sur les chemins spirituels et religieux du Québec (Ulysse, 2016), offre des circuits inspirants qui amènent les intéressés aux quatre coins de la province. Il porte une attention particulière aux sites originaux où se marient beauté des paysages naturels et lieux inspirants pour la foi.

Le second est fraîchement sorti au début du mois de mai et porte, commémoration oblige, plus spécialement sur Montréal. Intitulé Montréal — Un patrimoine religieux à découvrir (Ulysse, 2017), il s’intéresse évidemment aux nombreux sites historiques majeurs, mais une attention toute spéciale a été réservée pour un patrimoine moins connu, soit celui des églises modernes bâties au tournant des années 1950.

La qualité de cette entreprise est assurée notamment par l’implication du Conseil du patrimoine religieux du Québec, le principal organisme qui œuvre à la sauvegarde, la préservation et la mise en valeur du patrimoine religieux québécois. Son expertise dans la promotion et la transmission du patrimoine n’est plus à faire, puisqu’il tient à jour depuis 2003 le plus important inventaire des lieux de culte du Québec, accessible en ligne.

Si cet intérêt pour le tourisme religieux a l’immense avantage de contribuer à l’éducation au patrimoine religieux et à sa valeur, il occulte néanmoins des problèmes criants pour la préservation de ces églises, notamment la baisse de la pratique dominicale et le vieillissement des communautés paroissiales et religieuses. Car que vaut un bâtiment s’il n’abrite plus une communauté vivante ? Le devoir de mémoire nourrit notre intérêt pour le patrimoine religieux, mais il nourrit peu la foi qui permet de vivifier sa communauté.

Alors, est-ce qu’une part de l’avenir de notre patrimoine religieux passerait par sa marchandisation ? Peut-être pourrions-nous plutôt voir dans cet intérêt grandissant une manifestation du désir présent chez plusieurs de nos concitoyens pour une réappropriation d’un passé trop promptement évacué ? C’est en trouvant une solution moderne et signifiante à ces problématiques que nous pourrons passer de la simple préservation des lieux de culte à la transmission du patrimoine religieux.

Image : Dawn Evans, Winding Road (2017)

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