Quelle Église, sur Internet ?

Il y a quelques mois, j’avais le plaisir de mettre la touche éditoriale finale à l’ouvrage de François Gloutnay, Mon Église sur Facebook. Le livre, paru depuis, cherche à outiller tant les communautés que les particuliers à s’initier au plus populaire des réseaux sociaux, et à en faire un usage optimal.

Avant de nous lancer dans un tel projet de publication, nous n’avions pas effectué, préalablement, d’enquête sociologique ou « internautique ». Le témoignage de François, qui a donné plusieurs formations sur les réseaux sociaux dans les milieux ecclésiaux, suffisait à nous convaincre qu’un guide pourrait rendre de bons services.

Mais voici qu’un article, paru dans le numéro d’Études de mai 2015, nous donne quelques réponses quant à ce que ressemble la présence de l’Église sur la Toile. Intitulé « Église et Internet. Une sociologie des sites web paroissiaux et diocésains », l’article est signé Renaud Laby, et même s’il concerne la réalité française, je crois qu’il décrit bien l’univers virtuel francophone de l’Église québécoise. Voici, en rafale, les grands points de l’article.

  • Mise en contexte : puisque l’Internet « favorise la cohabitation de toutes les paroles sur un pied d’égalité », les sites « intégristes » ou sans lien avec la hiérarchie côtoient les sites reflétant une parole « autorisée ». L’Église catholique étant sensible à une forme de contrôle de sa « marque », notamment en vue d’un effort d’évangélisation quelque peu cohérent, elle s’est organisée [en France plus qu’au Québec à mon avis] pour créer un réseau de sites officiellement partenaires.
  • Les sites officiellement catholiques sont moins développés, moins modernes que le site moyen. Selon Site-analyser, ils obtiennent un résultat de 54%, comparativement à une moyenne de 61,7% pour les autres sites. Beaucoup des responsables des sites cathos sont conscients de leurs limites, et déplorent le manque de financement de la part des curés et des évêques.
  • Bien que la plupart de ces sites aient la prétention de servir la nouvelle évangélisation, « l’Église (y) promeut davantage ses structures et son actualité qu’elle n’annonce le message du Christ ».
  • C’est confirmé par le fait que les internautes fréquentant les sites cathos sont très largement déjà cathos et pratiquants. Mais la carte de l’identité se joue différemment en ville qu’à la campagne : « L’analyse des statistiques a permis, en effet, d’isoler deux profils types : celui d’un internaute plutôt urbain qui fréquente les sites sans régularité observée, pour s’informer sur la vie et le fonctionnement de la communauté – sa relation est plus distendue, opportuniste; et celui d’un internaute plutôt rural, plus isolé, qui est relié au site par un lien dans ses favoris et par la newsletter qui l’encourage à le consulter au moins une fois par semaine (…) il se révèle plus assidu à consulter l’actualité de la communauté chrétienne et plus fortement attaché à la figure de l’évêque et à la parole du magistère. »
  • Les jeunes sont plus intéressés que les plus âgés aux textes donnant des repères identitaires, comme les textes du magistère.
  • Plus les internautes fréquentant ces sites se positionnent du côté de l’identité, moins ils sont ouverts aux questions de société. Conséquemment, les sites cathos font peu de renvois aux sites des autres religions et discutent peu d’œcuménisme, par exemple.
  • Conclusion : « Le web reproduit donc les marqueurs du groupe social des catholiques. Internet n’apparaît pas comme un monde à part mais comme un prolongement du réel (…) Aussi, pour l’Église, les défis de l’évangélisation en ligne pourraient bien être les mêmes qu’hors ligne. »

Des résultats et une conclusion qui ne surprennent pas trop, étant donné que l’auteur s’est concentré sur les sites « officiels ». Ce serait peut-être un peu différent si les blogues des francs-tireurs et autres étaient pris en considération. Les Carnets du parvis, par exemple, est le blogue d’une maison d’édition catholique, mais il n’aurait pas fait partie de l’enquête de M. Laby. Tout de même, il est toujours intéressant de noter, d’une part, que la nouvelle évangélisation est toujours davantage un souhait qu’une réalité en Occident, et, d’autre part, qu’être présent sur Internet… ne suffit pas à être ouvert sur le monde !

Photo: Marcie Casas, Computer Keyboard (2011)

3 Comments

  1. Aujourd’hui l’église catholique est en compétition avec toutes les autres religions pour pouvoir envoyer son message. Internet me semble un outil aussi valable que bien d’autre.

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