Que faire de la violence des textes bibliques?

four horsemen

COLLABORATION SPÉCIALE: Chronique biblique par Sébastien Doane, auteur du tout nouveau Zombies, licornes, cannibales…Les récits insolites de la Bible (Novalis, 2015)

Josué et sa guerre sainte

Depuis le 11 septembre 2001, l’actualité fait ressortir les liens entre les religions et la violence. Récemment, il y a eu l’attaque du Charlie Hebdo, l’attentat à St-Jean sur le Richelieu et les jeunes radicaux qui ont quitté le Québec pour se battre en Syrie. Ces événements nous interpellent à comprendre le lien entre religion et violence. Il est tentant de pointer le doigt vers l’Islam, mais le judaïsme avec les tensions en Israël et le christianisme avec des groupes extrémistes comme l’armée de résistance du Seigneur en Ouganda doivent aussi réfléchir sur leur propre rapport à la violence. Dans cette chronique, je vous propose donc de regarder vers Josué, une figure de la tradition judéo-chrétienne qui montre bien la violence portée par notre propre tradition religieuse.

Le récit de Josué

Le livre de Josué présente la conquête de la terre promise. Les Hébreux, libérés de l’Égypte, ont traversé le désert pour entrer au pays de Canaan. C’est Josué qui prend la relève de Moïse et mène le peuple en Terre promise. Or, il y a des personnes qui habitent déjà ce lieu. Que faire? Ainsi le Seigneur annonce à Josué : « Tout lieu que foulera vos pieds, je vous l’ai donné… personne ne pourra te résister tout au long de ta vie. » (Josué 1,4-5) En termes contemporains (et anachronique), Josué pourrait être présenté comme un individu qui s’accroche à une idéologie et se radicalise au point de voir que son combat est celui de Dieu. La Bible présente Josué comme un héros d’une guerre voulu par Dieu. Faut-il encore louanger ses actions?

La présence d’autres nations sur cette terre est présentée comme une menace pour l’alliance entre Dieu et son peuple. La solution proposée est radicale : l’extermination complète des peuples qui habitent Canaan. Il s’agit d’un génocide! Par exemple, Josué 6, 21 raconte que lors de la prise de Jéricho tout ce qui se trouvait dans la ville a été tué ou détruit : les hommes comme les femmes, les jeunes comme les vieux et même les taureaux, les moutons et les ânes.

Une conquête historique?

De nombreuses fouilles archéologiques ont été faites à Jéricho. Les résultats montrent que la destruction des murailles n’a pas eu lieu. En effet, à l’époque de Josué, Jéricho était une ville abandonnée. Personne n’y vivait. De plus, d’autres textes de l’Ancien Testament montrent que les divers peuples cananéens n’ont pas été exterminés.

On peut se réjouir que la violence du livre de Josué n’ait pas d’ancrage historique. Pourtant, ces récits ont été utilisés pour légitimer la violence nécessaire pour conquérir la Terre sainte. Ainsi, les croisades étaient justifiées par ces récits du don divin de cette terre. Aujourd’hui encore, l’État d’Israël s’appuie sur l’idée qu’il doit posséder la « terre promise », ce pays que le Dieu de la Bible a promis à son peuple élu. Donc même si la conquête de Josué n’est pas historique, elle engendre encore une violence réelle.

Que faire avec la violence de nos textes sacrés?

Dans une conférence à laquelle j’ai récemment assisté, André Gagné, professeur aux Départements d’études théologiques et des sciences des religions à l’Université Concordia, a affirmé que la Bible est plus violente que Mein kampf d’Adolf Hitler. L’image est forte. En effet, on retrouve dans la Bible des génocides et d’autres formes de violence. Que faire avec les textes bibliques violents comme celui de Josué? Voici quelques pistes de solution :

  • La censure

Certains proposent carrément d’exclure de la Bible les livres ou passages violents. D’autres cessent de les lire. La liturgie catholique emprunte cette voie puisqu’elle ne reprend pas beaucoup de textes violents.

  • L’allégorie

La stratégie de l’allégorie est de donner un sens spirituel ou métaphorique aux passages problématiques. Même si dans leurs contextes d’origine, ils incitaient à la violence, les lecteurs choisissent de les interpréter autrement aujourd’hui.

  • L’Ancien Testament est dépassé

On pourrait penser que le Nouveau Testament est moins violent et qu’il remplace une image dépassée du Dieu de l’Ancien Testament. Pourtant, le Nouveau Testament porte aussi des images très violentes comme celle du châtiment du feu éternel en Mt 25, 41.46. Puis, la foi chrétienne a toujours voulu garder le lien entre les deux parties de la Bible. La révocation de l’Ancien Testament et de son Dieu violent était le projet de Marcion. Il a été jugé hérétique par l’Église.

  • En parler

À l’inverse de la censure, on peut choisir de parler des passages violents de la Bible. La violence fait partie de la Bible parce qu’elle fait partie de la vie. Pourquoi ne pas prendre nos textes sacrés pour discuter de la violence, ses causes et ses effets pour lutter contre toute forme de violence?

Des actes violents sont souvent justifiés par la religion. Toutes les religions doivent regarder comment elles interprètent la violence contenue dans leurs textes sacrés. Nous sommes responsables de nos interprétations. C’est à nous de développer un regard critique par rapport aux textes sacrés. Nous devons dénoncer ce qui mène à la violence. St-Augustin suggère un critère interprétatif très simple : l’amour. Pour lui, l’ensemble de la Bible mène à l’amour et nos interprétations doivent y mener également.

Parution originale : Revue Notre-Dame-du-Cap, septembre 2015

Photo: Waiting for the Word, Four Horsemen (2011)

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