Présentisme, patrimoine et avenir

Difficile de l’ignorer tant les médias nous inondent d’informations à ce sujet, mais il parait que la ville de Montréal fête ses 375 ans de fondation cette année. Ironiquement, plusieurs voix se sont déjà élevées sur le manque de perspective historique des festivités organisées à l’occasion et qui donnent presque l’impression d’une génération spontanée de la métropole.

Les amateurs d’histoire et de patrimoine pourront néanmoins saluer l’initiative, initialement refusée par la Société des célébrations du 375e, du Regroupement des musées d’histoire de Montréal d’organiser un OFF 375 qui sera 100 % historique. Mais d’autres organismes ajouteront eux aussi leur pierre à cette entreprise de souligner l’importance du passé de Montréal et c’est le cas notamment de la basilique Notre-Dame de Montréal qui le fera en usant de… technologie !

En effet, depuis la mi-mars, il est possible d’assister à un nouveau spectacle multimédia directement entre les murs de ce lieu hautement important dans l’histoire et la vie religieuse de Montréal. Réalisée par la compagnie québécoise de renommée internationale Moment Factory, l’expérience son et lumière est intitulée AURA et a été spécialement conçue pour mettre en valeur les trésors de la basilique plutôt que d’utiliser l’église comme simple support. Le tout sera rehaussé par une œuvre musicale originale interprétée par un orchestre de 32 musiciens et 20 choristes.

Et il ne manque pas de matière à mettre en valeur. Construite entre 1824 et 1829 sur le terrain situé en face de l’église d’origine (qui datait de 1672), la basilique est le premier édifice d’importance de style néogothique à être bâti au Canada. Ce style, inspiré de l’architecture des grandes cathédrales de l’époque médiévale, a connu un franc succès en Amérique du Nord au courant du XIXe siècle et la construction de Notre-Dame de Montréal en a été la pionnière. Le décor intérieur, richement orné, a été rehaussé à la fin du siècle par le travail de l’architecte Victor Bourgeau et par l’ajout d’une chapelle dédiée au Sacré-Cœur.

Ce type de mariage entre technologie et histoire n’est pas étranger à la basilique puisqu’elle offrait déjà dès 2001 un spectacle son et lumière intitulé Et la lumière fut ! Mais en filigrane de l’objectif évident de célébrer le 375e anniversaire de Montréal, on retrouve aussi le souci de faire face à la demande grandissante en matière de tourisme religieux qui se perçoit partout au Québec. La basilique elle-même aurait connu une importante hausse de sa fréquentation touristique au cours de la dernière année et elle fait toujours partie des lieux de culte les plus visités au Québec aux côtés de l’oratoire Saint-Joseph et de la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré.

Ce regain d’intérêt pose la question du financement du patrimoine religieux sous un autre angle, car plusieurs se désolent et même dénoncent que l’accès à certains de ces lieux de culte qui nous sont si chers soit maintenant payant. Leurs besoins financiers en matière de préservation et de mise en valeur sont évidents afin de construire leur avenir, mais quelle est la ligne à ne pas franchir pour ne pas marchander indûment l’accès à ces églises ?

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec, Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : Eric Flexyourhead, Basilique Notre-Dame de Montréal, twilight (2014)

2 Comments

  1. On ne donne qu’aux riches…

    L’Église catholique qui, pourtant, prétend à l’universalité, contrecarre ses principes d’ouverture et d’inclusion en tarifant l’entrée à la basilique, une mesure censitaire qui exclut les plus pauvres, prive les moins nantis. Il est vrai que l’ombre des clochers de Notre-Dame ne s’étire pas jusqu’à la façade de l’Accueil Bonneau, bloquée qu’elle est par les commerces et la richesse des appartements du Vieux-Montréal, comme un fossé entre la misère et les stigmates de l’Église triomphante. Car la mise en valeur de toutes ces dorures, ces boiseries, les bronzes et les vitraux représente autant de blessures infligées à l’amour des pauvres qu’incarnait le Christ, à cette humilité qui demeure devant les portes de la basilique, incapable de s’offrir un billet afin de participer aux fastes du divin projetés par ses représentants sur terre. Dès lors, Notre-Dame n’est plus à nous tous mais qu’à eux seuls, les plus riches.

    Désolant.

    • Bonjour monsieur Lalonde!

      Et pourtant, au-delà de son apparence extérieure et de sa richesse désolante lorsqu’on pense à la pauvreté qui sévit toujours dans notre société, Notre-Dame de Montréal est aussi le lieu d’accueil d’une communauté de croyants qui s’y réunissent chaque semaine afin d’apprendre ensemble toujours un peu plus comment marcher sur les traces du Christ. Une église est composée de bien plus que ses murs, ses meubles et ses ornements. C’est aussi un symbole unifiant pour plusieurs communautés qui ont des natures très diverses (croyants, intellectuels, passants, touristes, etc.). Une question qu’il vaut la peine d’être posée est de savoir si les fonds amassés ne serviront qu’à entretenir le bâtiment où s’ils seront réinvestis dans la communauté et dans des oeuvres charitables.

      Au plaisir!

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