Patrimoines d’exception — Église Sainte-Luce

Avec les modernisations successives des lois sur le patrimoine culturel, les églises et autres bâtiments religieux du Québec ont pu bénéficier d’un système de protection de plus en plus sophistiqué dont la portée n’a fait que s’accroître. Ainsi, plusieurs lieux qui bénéficient d’une protection depuis longtemps se démarquent par leur beauté et leur intérêt patrimonial. C’est le cas de l’église Sainte-Luce, au Bas-Saint-Laurent, que l’on peut admirer autant par voie de terre que par mer !

Cette église fait partie du paysage de la région depuis belle lurette. En effet, la paroisse, érigée en 1835, n’a pas tardé à se doter d’une église qui sera construite entre 1838 et 1840. Les paroissiens ont retenu les services de Thomas Baillargé pour la conception des plans de leur lieu de culte. Cet architecte de Québec est reconnu pour les très nombreux ouvrages religieux qu’il a conçus dans l’est de la province ainsi que pour son importance dans l’épanouissement du néoclassicisme au pays. Le site choisi pour la construction du bâtiment est une pointe de terre dégagée à l’extrémité de l’anse aux Coques, en bordure du fleuve Saint-Laurent.

À la demande des paroissiens, Baillargé opta pour le plan rectangulaire à chevet plat plutôt que celui en croix latine qu’il privilégiait habituellement. Un premier clocher, érigé au faîte du toit, fut reconstruit en 1875, puis à nouveau en 1914 lors d’un agrandissement de l’église vers l’avant. La façade-écran, de style éclectique, se distingue par une imposante tour centrale surmontée par un clocher tout aussi massif qui fait de l’église un repère monumental dans le paysage régional, situation qui est accentuée par son emplacement même. Enfin, une statue de sainte Luce en bois, recouverte de plomb doré et produite par le sculpteur Louis Jobin, est ajoutée à l’ensemble en 1915.

Le décor intérieur fut lui aussi conçu par Baillargé et réalisé par les menuisiers Louis-Adolphe et Pierre Dion ainsi que par le sculpteur Édouard Guy. Il se distingue par la qualité de sa manufacture ainsi que par la présence de plusieurs œuvres d’art, dont une statue de la Vierge à l’Enfant de Michele Rigali ainsi qu’un tableau qui constitue la première composition religieuse originale du peintre Antoine Plamondon. Le tout est demeuré presque intact depuis la construction initiale, exception faite de l’ajout de vitraux en 1917 et en 1920.

L’ensemble de ces caractéristiques permit à l’église Sainte-Luce d’être classée comme bâtiment patrimonial dès 1957. D’autres éléments du complexe religieux qu’elle constitue avec un cimetière, un presbytère et l’ancienne maison du sacristain (qui est maintenant reconvertie en restaurant) sont maintenant eux aussi couverts par une citation municipale.

À plusieurs égards, l’église Sainte-Luce présente une sorte de parcours sans faute de protection patrimoniale. Celui-ci peut s’expliquer entre autres par la beauté du lieu, mais aussi par son ancrage très fort dans la communauté qui l’occupe ainsi que dans le paysage de la région. Il ne faut donc pas sous-estimer l’importance des églises comme marqueurs de notre environnement qui fait que plus d’un non-pratiquant reste attaché à ces lieux au-delà de son utilité liturgique ou communautaire. À nous de les mettre en valeur et de nous assurer qu’ils restent vivants.

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec, Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : Hans Raffelt, A distant view of L’Église Sainte-Luce (built 1838-1840) in Sainte-Luce-sur-Mer, Quebec (2016)

Laisser un commentaire