Patrimoines d’exception – Église Saint-Venant-de-Paquette

C’est bien connu, la région de l’Estrie (ou les « Cantons de l’Est », comme on l’appelle bien souvent) se distingue au Québec pour l’importance de l’implantation anglophone et protestante de la fin du 18e siècle. Cependant, on parle plus rarement de la seconde vague de colonisation de la région, celle de la deuxième moitié du 19e siècle, qui amena de nombreux catholiques francophones à s’y établir. L’Église de Saint-Venant-de-Paquette est un témoin de premier ordre de cette histoire.

Située loin des grands centres du Québec, la région de Saint-Venant-de-Paquette est au cœur des Appalaches, tout près de la frontière avec l’état du New Hampshire. Les premiers arrivants francophones, menés par le prêtre-colonisateur Jean-Baptiste Champeaux et ses deux demi-frères, s’y établirent vers 1861 et y construisirent une première chapelle dès 1863. La paroisse, officiellement érigée en 1872, décida rapidement de se doter d’une plus grande église et déménagea la première chapelle qui sera intégrée au Couvent de Saint-Venant-de-Hereford, malheureusement détruit par les flammes en 2003.

L’église, construite entre 1875 et 1877, trône au cœur du noyau villageois. Dès le départ, sa construction fut conçue comme un projet communautaire. En effet, les paroissiens furent mis à contribution autant pour la construction du clocher que pour celle du décor intérieur. L’église, complètement en bois, est d’inspiration néo-gothique. Son extérieur est relativement simple, mais a bénéficié d’un traitement soigné, particulièrement le clocher qui présente une très belle flèche gothique qui s’insère bien dans les alentours.

L’intérieur témoigne lui aussi de l’importance de l’église pour les habitants, notamment par l’utilisation du bois verni — fourni par les paroissiens — et par son maître-autel sculpté par Joseph Villeneuve selon les plans de l’architecte du projet, Jean-Baptiste Verret. Elle est aussi la seule église de la région dont toutes les tribunes — latérales, arrière et celle du chœur — sont reliées, ce qui permet de faire le tour de l’église sans les quitter. Si l’on ajoute à cela l’entretien régulier dont elle a fait l’objet et l’installation d’un musée d’art et d’objets religieux dans ses tribunes, l’église de Saint-Venant-de-Paquette a tout pour se distinguer.

Le destin de cette église exceptionnelle aurait pu être compromis lorsqu’elle fut mise en vente à fin des années 1990, mais c’est tout le contraire qui se produisit. Un organisme à but non lucratif, « Les Amis du patrimoine de Saint-Venant-de-Paquette », a été formé afin de la protéger et de la mettre en valeur. Elle a été convertie en église-musée et des offices y sont encore donnés. De plus, le site sur lequel se trouve l’église est aussi maintenant protégé depuis 2004 et sert de point de départ à un « sentier poétique » au cœur du village. On a même restauré l’ancienne façade qui avait été cachée lors de travaux effectués en 1947.

Cette église présente admirablement toute l’importance que peut avoir une église pour une communauté, mais elle est aussi un exemple frappant des merveilles qui peuvent être accomplies lorsqu’un réel effort communautaire est déployé pour la sauvegarde du patrimoine. De quoi donner l’envie de voir se multiplier de telles initiatives !

Appel à tous : N’hésitez pas à m’écrire au simon.maltais@novalis.ca afin de me suggérer d’autres lieux exceptionnels du patrimoine religieux québécois ou canadien.

Source : Conseil du patrimoine religieux du Québec, Inventaire des lieux de culte du Québec (2003)

Image : 150713 Musé-Église St-Venant-de-Paquette-1050, Serge Léonard (2015)

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